CHAPITRE DIXIElfK. ZW
prétexte aux délais mis par le général rosse à Touverlure de la campagne ea Asie alors que tout se disposait pour celle du Danube.
L'honneur de la diriger fat accordé au général d'infanterie coDQte Diebitsch, en remplaceinent du feld-maréchai comte de Wittgenstein^ dont le Csar venait d'accepter h démission motivée sur son grand âge , les fatigues de quarante années de service actif, ei sur le mauvais état de sa sanlé. Le rescrit impérial , à la date du 18 février, qui légalisait sa nomination , lui assnrait tous les droits, pouvoirs et prérogatives attachés au commandement suprême et reconnus par les règlements ayant trait aux grandes années en campagne.
Le général comte Diebitsch, né en 1785, dans la Siléûe prussienne, avait appris la guerre à la grande école de Tempire. Son énergie, son courage, sa spontanéité dans l'action, ainsi que sa rare intelligence des choses de la guerre , l'avaient fait remarquer de l'empereur Alexandre, qui Je considérait avec raison comme l'un de ses meilleurs généraux. Nicolas, témoin de sa mâle aUilode dans les événements qui signalèrent son avènement au trône , lui accorda sa confiance et l'attacha p/os particulièrement à sa personne. Avec des qualités non moins brillantes, la Russie trouvait en lui l'émule de la gloire et du bonheur de Paskevitch : tous deux semblaient nés sous la même étoile.
Arrivé le 24 février à Jassy, il reçut, le 27, le commandement que remit en ses mains son prédécesseur en prenant congé de l'armée par un ordre dû jour adressé à ses vieux compagnons d'armes.
« Mon âge avancé me force à me séparer de vous, leur diiait-il en terminant, mais je me consolerai de la douleur de notre séparation par le récit de vos exploits sous
la direction de mon digne successeur. Par vos hauts faits, vous prouverez au monde votre ardent amour pour l'Empereur et pour la patrie. 7>
Le vieux général se retira dans ses terres y près de Kaminieck-Podolsky, pour y terminer ses jours.
Diebitsch prit le commandement par un ordre du jour qui y tout en étant pour son prédécesseur un juste trji>ut d'hommages, était pour ses soldats un présage de nouveaux succès, a Avec les braves guerriers de Vannée russe, leur disait-il, rien ne me semble impossible, puisqu'ils combattent pour leur foi, leur empereur el leur patrie '.
L'armée active d'opérations , renforcée sur la Gn de l'hiver par 120,000 hommes tirés des réserves de l'armée du sud et par 20,000 Cosaques, formait à Ventrée de la campagne un effectif d'environ 240,000 combattants. Le feld-maréchal de Wittgenstein avait remonté le matériel de cette nouvelle armée avec intelligence el avec cette rapidité de coup d'œil que possèdent les grands organisateurs, mais pas toujours les grands capitaines. Pour remédier à l'insuffisance des moyens de transport dans l'ordre des convois, il avait formé un train de plusieurs milliers de chariots attelés de bœufs, qui, tout en faisant le service des magasins ambulants, pouvaient servir, en cas de besoin, de subsistance à l'armée.
On estimait à près de 200,000 hommes l'armée ottomane, renforcée également par les hordes asiatiques, les contingents de Servie, de Roumélie, de Bosnie et les réserves de Constantinople. La partie active de ces forces était distribuée sur le haut Danube dans Silistrie et devant Choumia.
Quant aux forces maritimes qui devaient jouer un rôle
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important dans les opérations de cette campagne, elles étaient encore plus disproportionnées : aux quarantedeux vaisseaux armés de la Russie , le Divan ne pouvait guère opposer que les débris de sa flotte échappés au désastre de Navarin et la flotte égyptienne, bloquée dans le port d\^Iexandrie par Tescadre du vice-amiral Heiden. Le mois de mars se passa tout entier des deux côtés à concentrer les troupes. Reschid-Pacha , nommé récemment grand vizir, se rendit à Constantinople pour y soumettre son plan de campagne. Il ne fut de retour au camp de Ghoumia qu'à la fin de mars. Pendant ce temps, la marine russe avait fait une conquête dont les conséquences devaient avoir une influence heureuse pour la campagne. Le contre-amiral Koumani, sorti du port de Sébastopol , s'était emparé sur les côtes de la Roumélie de la place de Siseboli, position militaire et maritime fort importante située à l'extrémité sud-est du golfe de Bourgas.
Hussein-Pacha, qui se trouvait alors au camp d'Aïdos , sentant la nécessité de la reprendre aux Russes, parut le 9 avril devant une redoute avancée de la place avec 6,000 hommes. Il s'avança bravement sous le feu de huit canons, et telle fut l'impétuosité de son attaque, que plusieurs de ses officiers, parmi lesquels se trouvait un de ses aides de camp , parvinrent à escalader le parapet et à s'élancer dans la redoute, où ils trouvèrent une mort glorieuse. Les Turcs, attaqués bientôt euxmêmes par des forces supérieures, se retirèrent en désordre, en laissant un grand nombre des leurs sur le champ de bataille.
Le Sultan , inquiet de voir l'établissement d'un port russe à vingt-cinq lieues de sa capitale , donna l'ordre au capitan-pacha de sortir avec tout ce qui restait de
as» HISTOIRE »K L'KMfKKKirft NICOLAS.
MMifli^iite dupoaiMeSy 4e «e porter k H rencootre é» RvBMS, et ée nettoyer les cAlee de la Rounoélie.
L'amiral tore mit à la voile le 20 mai avec an rmseam de ligne, deax frégates, deux corvettes et trois bricks. Après avoir longé pendant qoelqne temps les oéles d^Eorope sans rencontrer Tescadre russe, il apprit qQ*ane frégate et trois bricks croisaient snr les edfes de kl Natolie. Il réaohit aussitdt de leor donner h chasse. Lorsqne le capitaine de la frégate V Étendard ent aperço rapproche de Temiemi et reconnu Timpossibilité de résister à la sopériorité da nombre, il fit signal k ses croiseurs de cingler dans la direction la pins propre à favoriser sa marche de retraite. Le brick le hlercmt, ayant la flotte furqne par snd-snd-est, mit immédiate* ment te cap au nord-nord-ouest et tontes voiles dehors. Ge changement de direction ne pal toutefois Félorgner suffisamment des deux plus fins voiliers de la flotte ennemie qui lui donnaient la chasse. L'un d'eux, de cent dix canons, portait le pavillon du capilan-pacha; Tautre, sous pavillon amiral, était de soixante-quaforse. Tous denx arrivaient sensiblement sur le brick msse. A denx heures et demie, ils le tenaient k une portée et demie de lenrs boulets. En ce moment, le vent qui s'était ahatta ralentissant davantage encore la marche dn brick, son capitaine-lieutenant Koxarsky eut recours k ses avirons, espérant pouvoir par ce moyen échapper k la poarsoile de Tennemi; mais vaine espérance t a trois heures et demie, le vent fratcbit de nouveau, et les vaisseaux turcs, gagnant toujours du terrain snr le brick, commencèrent à lui envoyer quelques coups de canoa.
Se voyant dans Timpossibilité d'éviter un combat si disproportionné, le capitatne-iieotenaat Koearsky rémitt tous ses officiers en conseil de ^guerre , et fenr adressa
GHAnnc mxième. vsh
^dqves paraks iigoes du cmnige mme et ée la pmfr- IM» criiiqse où ii se Irowait. Le Ke^tenml Prekoffieff^ du eorp« des pibles, ouvrit h prmiier Tatis de foire SMÉor le briciu Cette prafctitmi déeespérée ayant été ideplée avec entlioaaiasrae, il fut décidé que Ton se âéfeaénât jMqa'a la denîèrt «itrémité, que lorsque loDs les moyens de salut auraient été épuisés Ton s'ae^ onociwrait à Tim des vaissenut , et q«ie celui des offici«s qui serait eocore "rivaat ferait de nobles funérailles à tes frères Morts en snettant le feu à la saiBte4mrbe. Un ptslo\el chargé fai placé à cet effet sur le cabestan. Alors Konrsky, mentant sur le pont , faaraoïsM les matelots et leur rappela kuiv devoirs envers l'Empereur et la pa^ trie, s Braves nNurkis> leur dî^il y j'estime trop votre coaru4fe et votre dévouement pour vous laisser ignorer la résoMoB que viennent de prendre vos officiers , et hésiter 4 vous ofifrir la part qui doit vous revenir dims raeromplisseaient d'm héroïque dessein.*., n Dans ce moment, un boulet siffla dans les cordages. Kmarsky, tendant k main dai» la directiett des vaisseamt ennemis , reprit : k Nom vous oft-ens donc un combat inégal d'abord^ puis, à défaut d'une victoire impossible, une mort digne de vous. Plutôt que d'amener notre pavillon, nous avons juré de nous faire sauter. Braves marins, il vous aéra beau de ratifier notre serment. » Les mate*» lots rq[>oiidîrent à cette énergique allocutioia par d'rm* raensos bourras^ « l'en étais sàr, ajouta Kosarsky. C'est bien, mes anus; je suis content et fier de vous.... 1Vfain«tenant^ cannonniers , ^ vos pièces L .« ^ Al<»*s il commanda le branle-bas de combat.
Peu d'inslaMis après, le vaisseau turc de cent dix ca^ DODs mmMeuvm de manière à prendre le brick à tribord pour lui envoyer une bordée d'enfilade. Le Uereure èé^
d5t HISTOIRE DE L'EMPEREUR XIGOLAS.
joua ce mouvement en revirant au- nord ; mais il ne tarda pas à se trouver placé entre le feu des deux vaisseaux ennemis ; il était même si près du bord du capi(an*pacha, qu'il entendit distinctement ces mois : « Carguex vos voiies et rendez-vous.... » Mais la réponse à cette proposition fut une décharge générale accompagnée des cris de Vive l'Empereur I
Les deux vaisseaux se laissèrent dériver un peu en arrière de la poupe du brick, et ne cessèrent jusqu'à quatre heures et demie de lui envoyer une pluie de projectiles, dont un mit le feu à son bord. On parvint heureusement à l'éteindre en peu d'instants. Le Mercure, prêtant le flanc autant que possible afin d'éviter les bordées d'enfilade, soutenait le feu avec opiniâtreté. Sa batterie de tribord , qui jouait sur le vaisseau de cent dii canons , ayant abimé les étais et endommagé le grand mât du capitan-pacha, celui-ci serra son tréou, son grand catacois, sa voile de perroquet, lâcha une dernière bordée au Mercure, et se laissa dériver. Cependant le vaisseau de soixante-quatorze continuait le combat : ayant changé d'armures sous la poupe du brick, il le battit d'enfilade , sans qu'il fût possible au Mercure d'éviter ses bordées destructives.
r Cette position désespérée ne put toutefois affaiblir l'intrépidité de Kozarsky et le courage de son indomptable équipage, a Courage, mes enfants, criait le capitaine-lieutenant, courage, la Russie vous contemple et vous admire I » Les matelots russes, qui tous ce jour-là s'élevèrent à la taille des héros les plus fameux, soutinrent le feu avec tant de persévérance , et ils entretin* rent le leur avec tant d'habileté, qu'à cinq heures ils parvinrent à endommager une partie du bordage da vaisseau ennemi, et à briser la vergue de son petit per-