‹ Histoire de l'Empereur Nicolas (trente années de règne)Chapitre 108 sur 331 · CHAPITRE DIXIÈME. 3S»I · texte numérisé non relu

CHAPITRE DIXIÈME. 3S»I

roquet, ainsi que le bout de bâbord du petit huuîer, donl la chute entraîna les bonnettes. Alors le vaisseau de soixante-quatorze se laissa aller à la bouline. Il était six heures moins un quart.

C'est ainsi qn'nn brick russe de dix-huit canons, monté par cent trois hommes, s'est battu pendant près de trois heores contre deux vaisseaux de ligne turcs, commandés par le capitan-pacha en personne, et qu'il est parvenu à les mettre en fuite , malgré la supériorité de leurs forces trente fois plus grandes que les siennes. Cette action mémorable, inouïe dans les annales de la marine militaire, prouve tout ce que peuvent produire en fait d'héroïsme des hommes résolus à mourir pour sauvegarder l'honneur de leur pavillon. La bravoure , l'intrépidité et la résignation dont le capitaine, les officiers et les matelots ont fait preuve dans cette affaire , les couvrent à jamais de gloire... Leurs noms méritent d'être conservés ^

La nouvelle de ce brillant exploit parvint rapidement à l'Empereur, qui s'empressa de la porter à la connaissance de ses armées de terre et de mer, et voulut en même temps témoigner sa vive satisfaction aux braves qui en avaient été les héros. Entre autres récompenses accordées aux officiers du MercurCj il les autorisa à joindre à leurs armoiries un pistolet, pour rappeler à leurs descendants l'arme qu'ils avaient choisie pour exécuter, à la- dernière extrémité, leur héroïque résolution. Il fit plus, il voulut récompenser en quelque sorte le Mercure lui-même en transmettant à la postérité la plus reculée le souvenir de la brillante conduite de son équipage. Il ordonna qu'un brick de la même force et des mêmes dimensions que le Mercure existerait sous le

1 Voyez les Documents historîqacs, vf* 14.

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mèak% nmn jusqu'à la fin des siècles dans les escadres de la marine russe. A cet effet , il adressa au minbtre de la marine on oukase qui fut accueilli avec faveur par la niarine tout entière ^

La joie causée par le beau fait d'aroies du Mercure fol assombrie par ia conduite moins bonorable de réqnipage de la frégate» le Raphaël, commandée par le capi* faine Slroioikoff. Ce bâtiment , quoique placé dans des conditions meilleures pour combattre, s^était rendu sans résistance et avait été conduit à la remorque dans le port deConstanlinople. L'orgueil ottoman parut comme enivré de ce triomphe auquel ses armes ne l'avaient point ac* coutume; le Grand Seigneur alla lui-même en féliciter l'amiral à bord de son vaisseau.

L'amJral Greigh, établissant alors ses croisières à l'entrée du Bosphore, fit des prises nombreuses, et ne cessa de tenir la mer, d'inquiéter les côtes de Tem* pire, d'intercepter ses transports et ses convois. Le vice-amiral Heiden en fit autant dans les Dardanelles, de sorte que la marine turque, condamnée à l'inaction la plus complète, ne donna plus signe d'existence. Dans les derniers jours d'avril, le général Diebitsch avait porté son quartier- général à Czernowody. De là, après y avoir concentré ses troupes, il se porta à la tête de vingt et un bataillons, sept escadrons de cavalerie et cinq régiments de Cosaques, sur Silistrie par Kouxquoun. Arrivée le 17 mai à une journée de Silistrie, malgré les obstacles répandus sur la route par le dé^ bordement du Danube, son avant-garde y fut attaquée par un corps d'armée sorti de la place sous les ordres' du pacha Achmet. Les Russes, après une action fort vive qui leur coûta deu.x cent cinquante hommes, les

1 Voycs les Docaments historiqaes, n* iS.

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ref(Niièrenl dans la place ^ dont ils firent aussitôt FinvesiineiDeBt.

Sar n aatre point, le noorean grand vizir Rescbid*

fêtkMy arrivé dan les derniers jonrs de mars àChoumIa,

OB il avait réuni environ qnatre mille hommes de troupes

régBiîèrea> sortit vers le 10 mai à la tète d^un corps de

vingt mille combattants dans le dessein de couper aux

Rosses leurs communications avec Tannée qui mena-

^Silislrie. Le général Roth, occupé dans ce moment à

concentrer mb corps à cinq kilomètres de Pravady^ jr

ÙX attaqué avec un élan et un ensemble que les troupes

régulières de la Porte avaient rarement montrés jusqu'à

ce jour. Le combat engagé avec un égal acharnement

de part et d'autre dura sept heures, pendant lesquelles

les iMiaiiions russes plusieurs fois enfoncés durent se

' reformer sur un terrain jonché de cadavres. Ce ne fut

que sur les huit heures du soir que le grand vizir,

cédant à la résistance du général Roth , donna le signal

de la retraite et se replia sur la vallée de Newozo. Les

pertes des deux côtés furent considérables. Celles des

Turcs sont évaluées à deux mille morts, celles des Russes

à mille, parmi lesquels figure le général-major Rinden ,

tué dans les retranchements en avant de ses bataillons.

Le grand vizir retourna par Jeni-Brozav à Choumla, d'où il envoya Hussein-Pacha avec un corps d'armée à Aoofscliouk pour inquiéter les Russes campés devant Silisfrie. Cette place , l'un des plus forts boulevards de l'empire ottoman sur le Danube, avait une population de seize mille habitants et une garnison de douze mille iiommes déterminés, suivant les ordres qu'ils avaient reçus, à la défendre jusqu'à la dernière extrémité contre les quarante mille Russes qui l'assiégeaient. Aux premières sommations qui lui furent faites , son commandant

as.

AchmeUPacha répondit par des sorties qui coûtèrent du monde à Faraiée rosse, notamment le général prioce Prosorowskiy emporté par un boulet aux avant*po8tes. Pendant le cours de ces diverses opérations, les regards de TEurope furent détournés du théâtre de la guerre pour se porter sur la Pologne, où se passait alors un événement dont nous devons rendre compte pour ne pas intervertir Tordre chronologique des faits.

L'empereur Nicolas, dont le couronnement comme roi de Pologne avait été fixé au 24 mai , venait de quitter Saint-Pétersbourg pour se rendre à Varsovie avec Tlmpératrice. Le plus grand éclat avait été déployé pour solenniser une cérémonie que la Pologne n'avait point vue depuis 1764. Les ornements royaux envoyés de Saint-Pétersbourg étaient de la plus grande magnificence ; la nouvelle couronne , faite pour remplacer celle des anciens rois de Pologne disparue dans les derniers troubles, avait coûté 4 millions de francs. L'élite de l'armée polonaise était rassemblé dans les environs de Varsovie, où les sénateurs, les nonces et les députés avaient été invités à se rendre. Le peuple polonais, fidèle à ses traditions de nationalité , attendait cette so^ lennité moins par un sentiment de curiosité que par l'espérance des changements qu'elle devait opérer dans sa vie politique. L'empereur Nicolas , dont on connaissait la loyauté , venait renouveler au pied des autels le serment prescrit par la charte, et que dès son avènement au trône il avait prêté dans un manifeste : donc, le peuple polonais espérait voir la Pologne agrandie des provinces qui réclamaient leur ancienne patrie, et le recouvrement des droits que le pouvoir discrétionnaire, remis aux mains du commandant de l'armée le Césarcwilsch Constantin, avait complètement absorbés. Le

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