‹ Histoire de l'Empereur Nicolas (trente années de règne)Chapitre 109 sur 331 · CHAPITRE DIXIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DIXIEME

conronoemenl de Tempereur Nicolas comme roi de Pol<^e semblait devoir ouvrir une ère nouvelle à la prospérité, à la gloire, à raffranchissement de ce pays déshérité. Anssi fous les cœurs volaient-ils au-devanl du jeune monarque qui, disait-on, rapportait à Tarcfae saiole de la Pologne le symbolique rameau d'olivier.

L'entrée solennelle de TEmpereur et de l'Impératrice à Varsovie fut un véritable triomphe. Le grand-duc héritier et les deux grands-ducs Constantin et Michel étaient à cheval aux côtés de l'Empereur et précédaient l'Impératrice, traînée par une voiture à huit chevaux. Le cortège, entouré d'une grande pompe , souleva partout sur son passage des acclamations qui suivirent Leurs Majestés jusqu'au château royal préparé pour les recevoir. Ce joor-/à, la voix joyeuse du peuple polonais vibra dans tous les cœurs comme un écho de la voix de Dieu.

Malgré les germes de mécontentements profonds semés par les habiles d'un parti qui rêvait déjà les événements déplorables dont l'année suivante l'Europe fut le théâtre, malgré les rancunes nationales motivées en quelque sorte par une longue interruption de la diète polonaise et l'omnipotence du pouvoir militaire, l'esprit polonais s'était singulièrement modifié depuis sa réunion à l'empire russe. A ceux qui reprochaient au gouvernement une tyrannie absorbante et rétrograde, des grandes rootes correspondant de Varsovie à toutes les villes du royaume, la capitale embellie de toutes les richesses, éclairée de toutes les lumières connues dans les grands centres de l'Europe constitutionnelle , trente journaux publiés chaque jour, malgré les prétendues rigueurs de la censure, répondaient : Progrès et civilisation ! Le couronnement, annoncé suivant ^l'usage dans les différents quartiers de la ville avec un grand apparat et pen-

3M HISTOIRE DE L'ElfPKREUft NICOLAS.

dâot trois jours, eut Uea le josr indiqué eo préscace des membres de la IkmiUe impériale, des mimstres, des grands officiers de la couronne, des palatins, des ambassadeurs étrangers et des principaux personnages da royaume, dans la salle du eùHromtÊement du cfaâtean. Dans cette salle, on atait dressé un autel et une table, sur laquelle on avait placé les ornements impémax. Tordre de T Aigle blanc, le sceau du royaume, la ban* nière, le gkdte, le manteau royal, le globe, le sceptre et la oouronne bénits la veille par le primai.

Le Roi ayant pris la place qui lui était préparée, k primat fit une prière pour appeler les bénédictions de Dieu sur Sa Majesté, et lui présenta le manteau royaL Alors le Roi demanda la couronne, que le primat lui remit en disant : « Au nom du Père, du Fils et du Salnl- Esprit... » Nicolas, Tayaut placée sur sa tête, le primat lui présenta le collier de TOrdre blanc, attaché ensuite au manteau de la Reine par deux dames d'bonneur. Celte formalité remplie , le Roi demanda le manteau et la couronne, qui lui furent présentés par le primat, prononçant une seconde fois les paroles sacramentelles : a Ao nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit, » suivies de cette formule répétée trois fois : Vival rex in œUrmuml Au même instant les cloches de toutes les églises unirent leurs joyeuses sonneries à une salve de cent un coups de canon. Lorsque le son des cloches et le bruit des salves eurent cessé, le Roi rendit le sceptre et le globe au primat, et se mit à genoux pour lire à haute voix, dans un livre que lui présenta le ministre des cultes , cette poétique prière imprimée dans son cœur :

tt Dieu tout-puissant , Dieu de mes pères, roi des rois, ^ toi qui créas Tunivers par ta divine parole, et dont la sagesse infinie forma Thomme pour gouverner le monde

CHAFITIE DIXitMB. Mê

d«M U voie de la vérité^ tu m'as appelé pour ètte Mi et juge de la valeureuse natioo polonaise. Je recoooais avec UD saint respect les effets de ta céleste bonté envers moi; et en te rendant grâce de tes bienfaits, je m'iiii» milie en même temps devant ta divine majesté.

» Daigne, ô mon maître et mon Dâeni éclairer met pas dans cefle carrière suprême, et les diriger ponr Taceomplissement de cette haute vocation 1 Fais qot la sagesse qui environne ton nom soit avec moil Fais-la descendre des cieux pour que je sois pénétré de tes vo« lontés souveraines et de la vérité de tes commandements I Fais que mon cœnr soit dans ta main, et que je puisse régner pour le bonheur de mes peuples et pour la gloire de ton saint nom ^ d'après la charte octroyée par moA auguste prédécesseur et déjà jurée par moi, afin que je ne redoute pas de comparaître devant foi an jour de ton jugement éternel Par la gloire et la miséricorde de ton divin fils Jésus-Christ, avec lequel tu es béni, ainsi qu'avec le très^dément, très-vivifiant Saint-Esprit jus* qu'à la fin des siècles. Ainsi soit-il. •

Après cette prière, le Roi se rendit avec le même cor*' tége à l'église Saint-Jean, où le chant do Te Deum fui annoncé par une nouvelle salve de cent un coups de canon* Les jours qui suivirent cette cérémonie furent des Jours de fêtes et de réjouissances publiques, célébrées par le peuple avec plus de curiosité que de joie vérita^ hle^ car la déception succédait à l'espérance. La publia cation des actes tant désirés par toute la nation polonaise , tels que la cessation du dictatorial militaire , la mise en activité de la constitution, la convocation pro* cbaine de la diète, une amnistie générale, etc., etc., avait été i^ournée sous difiérents prétextes. Le graoddae Coostantm, à qui Nicolas témoignait en tonte oeea-

sion l'affection la plus tendre et les plus grands égards, resta donc chargé da commandement de l'armée et de l'autorité civile , exercée au nom du conseil administratif même durant le séjour du Roi. L'amnistie ne s'élendif qu'à des délits insigni6ants , mais il y eut en revanche prodigalité de promotions, de faveurs, de récompenses et d'encouragements pour le mérite civil et militaire.

Au milieu de ces fêtes et des revues militaires où l'armée polonaise, fatiguée de sa vie paisible de garnison, exprima le désir de prendre part à la guerre contre les Turcs, il était question à la cour d'un voyage que Nicolas devait faire à Sybillenort, petite ville de Silésie, pour s'y rencontrer avec l'empereur d'Autriche et le roi de Prusse. Cette entrevue, à laquelle les politiques d'antichambre rattachaient une question de principes, n'eut pas lieu. L'empereur Nicolas et l'Impératrice entreprirent le voyage de Berlin, non dans un bat politique, mais uniquement pour satisfaire à des affections de famille. Le roi de Prusse et tous les membres de la famille royale se rendirent à plusieurs lieues de la ville pour recevoir les augustes voyageurs, dont l'entrée à Berlin fut moins remarquable par les pompes du cortège que par l'enthousiasme de la population , reflétant pour ainsi dire la joie de son souverain et partageant l'émotion visible de l'Impératrice, qui revoyait avec bonheur le palais de ses pères, et saluait avec amour les habitants de la ville qui l'avait vue naître.

Une foule immense remplissait les avenues et les abords du palais, où les illustres couronnés étaient descendus. Des corps de musique essayèrent plusieurs fois de se faire entendre , mais ce fut en vain , l'harmonie des chœurs se perdit dans celle des voix, acclamant avec enthousiasme l'heureuse arrivée de leur belle princesse.

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