‹ Histoire de l'Empereur Nicolas (trente années de règne)Chapitre 110 sur 331 · CHAPITRE DIXIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DIXIEME

L'enthousiasme devint général lorsque l'impératrice de Russie, tenant son fils par la main, parât sur le balcon ; mais il éclata dans tous ses transports quand toute la famille se montra réunie. L'enthousiasme devint du délire a la vue de l'empereur de Russie baisant la main de son royal beau-père, et de celui-ci pressant sur son cœur le grand-duc héritier, qui , avec les grâces charmantes de son âge, se penchait de tous les côtés vers le peuple comme pour lui envoyer ses lèvres pleines de baisers.

L'empereur Nicolas resta peu de jours à Berlin. Après avoir assisté au mariage du prince Guillaume de Prusse avec la princesse Augusta de Saxe-Weimar, il repartit, le 14 juin, pour Varsovie, mais il laissa l'Impératrice, dont le séjour à Berlin donna lieu à une série de fêtes plus remarquables les unes que les autres , notamment à uo toamoi donné pour célébrer l'anniversaire de la Daissaoce de son auguste compagne \

Le retour de Nicolas à Varsovie renouvela les bruits qui avaient couru au sujet de la réunion prochaine de la diète, et surtout de l'éloignement du grand-duc Constantin, dont le pouvoir dictatorial semblait aux yeux des partis avancés incompatible avec l'établissement du régime constitutionnel ; mais ces bruits n'avaient d'autre fondement que des espérances stériles.

Tandis qaeDiebitsch poussait avec vigueur les travaux do siège de Silistrie, le général baron Geismar, obseri^ant les autres places du Danube , attendait des ordres poDf fiire une pointe dans la Servie. De son côté le général Roth concentrait son corps aux environs de Pravady, et maintenait ses communications avec le quartier général et le littoral de la mer Noire , communicatioos que Reschid-Pacba se disposait à couper, dans

' Vofez les Documenh hittori^pies , n** 16.

U% HISTOIRE »fi L*UfPEEEUR NICOLAS.

Tespéraiice de bire lever le siège de Silistrie. A cet eCEet, il partit le ^ mai de Chooinla ei se porta avec qimaaie mille hommes vers Kaoslondji, oit Roth avait réuni vingt-quatre bataillons et trente-six escadrons; mais^ soit qu'il fût intimidé par le déplMement de ces forées considérables y soit qu'il crut plus facile de s'emparer d'abord de Pravady, il se dirigea vers cette place ei a'é» tablit le 1^' juin sur les hauteurs de Kérivna, en face d'un ouvrage qui couvrait la place du côté de Chonmla.

Pravady était canonnée depuis plusieurs jours, lorsque le comte Diebitscfa, informé du mouvement des Turcs, résolut de rejoindre avec une partie de ses troupes le général Roth , pour délivrer Pravady et offrir ao grand vizir une bataille dont le succès ne lui paraissait pas douteux ; mais il lui importait pour atteindre ce double but de cacher sa marche aux ennemis; il l'opéra par Kaourga avec tant de bonheur, que le grand viair ne reçut le premier avis de son approche et de sa jonction avec le général Roth que lorsqu'il eut occupé sur son flanc les défilés de Marda. De ce point l'armée russe , forte de qoaranle^qualre bataillons et de cinquante escadrons, se trouvait maîtresse des principaux passages qui conduisaient à Choumla.

Le grand vizir croyant avoir affaire à un corps d'e»viron dix mille hommes détachés de l'armée du général Roth, et se croyant certain d'une victoire facile, suspendît brusquement le siège de Pravady, et s'avança à la lèle de ses quarante mille hommes par les défilés de Koolavtcha. C'était ce que désirait Diebîtsck Le grand viiir donnait tête baissée dans le piège qu'il lendaît aux Russes. En effet, à l'avant-garde des troapes nnpériales il n'opposa d'abord qu'un détachement de trois mille hommes; mais à mesure que les colonnes russes avan-

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{lient, il développait les siennes en carrés d^iafonterie régoliàie et en divisions de cavaierie sonlemies par une imposante artillerie. Là s'engagea un comt>at terrible; Tardeor de Tavant-garde russe à se rapprocher de l'enoeœi le rendit si meurtrier d'abord , et si périlleux en* snile pour eUe , qae le général Diebiisch dut à TinsCant même la iabre soutenir par deux brigades d*in&»ierie , de rartillerie et une brigade de cavalerie sous le co»mandement du ^néral ArnoldL Ce renfort ^ habilement dirigé, parvint à paralyser l'élan des Turcs. On se battit néanmoios encore avec un acbamement égal pendant quatre heures , au bout desquelles les Russes reprirent ie dessus non sans avoir éprouvé de grandes pertes. Us ne purent cependant empêcher le grand visir de se frayer on passage sur la route de Choumla, et de se retrancher avec de l'artillerie dans une forte position coaverte par on bois.

Le ka ayant cessé de part et d'autre par suite de Talrènie lassitude des combattants^ le général profita de ce temps d'arrêt pour faire les dispositions d'une attaque décisive au moyeu de troupes fraîches.

A dûq heures du soir les colonnes russes s'ébranle* rent de nouveau, et s'avancèrent en bon ordre de bataille contre les troupes du grand vizir, au moment oii celuici avait réuni un conseil de guerre pour aviser ans moyens de sortir de la position critique dans laquelle il se trottiaîL L'artillerie impériale avait à peine ouvert son feu, que ses premiers boulets firent sauter plusieurs <^oos turcs , et provoquèrent nu ébranlement général dansleslignesennemieSy affaiblies par les p^tesdn dernier ^f^aibêL Le grand visir, après une décharge générale de ^ batteries contre les colonnes russes qui s'avançaient ^ pas de course sur ks retranchements , se retira à

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travers bois , protégeant sa retraite sur un chemin difficile par un encombrement de canons encloués et de bagages.

tt Ainsi, dit un des bulletins du général en chef russe, se termina cette mémorable journée. L'histoire inscrira la bataille de Koulavtcha parmi nos plus belles victoires. L'armée ottomane n'existe plus : elle a perdu quarantetrois bouches à feu , une grande quantité de fusils et de munitions de guerre, quinze cents prisonniers et cinq mille tués. Les fuyards qui ont échappé à ce grand désastre sont sans armes et sans organisation, n

La, victoire du 11 juin, quoiqu'elle n'eût pas entièrement atteint le but que s'était proposé Diebîtsch, celui de couper la retraite du grand visir, était cependant d'une importance décisive, en ce sens qu'elle avait déii vrc Pravady, dégagé la Bulgarie orientale, forcé les Turcs à se renfermer dans leurs places, et mis les Russes en position de poursuivre le siège de Silistrie sans être inquiétés.

Dès le commencement du mois de juin, fous les ouvrages extérieurs de cette place étaient détruits malgré les efforts désespérés et les nombreuses sorties de la garnison , dont l'effectif, en y comprenant les habitants armés, égalait celui des assiégeants. Dans la nuit du 10 au 1 1, les batteries de la troisième parallèle démontèrent complètement l'artillerie des bastions, et permirent la nuit suivante de pousser des sapes jusqu'au glacis. Sur ces entrefaites, plusieurs transfuges annoncèrent que les habitants n'avaient plus aucun espoir d'être secourus, que l'artillerie des remparts était hors de service, que les vivres et les munitions commençaient à manquer, enfin que la nouvelle de la bataille de Koulavtcha avait abattu le courage de la garnison. Aussi ce fut sous l'impression d'un sentiment de désespoir qu'elle tenta le 19,

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