CHAPITRE DIXIÈME
à la poiofe da jour, une sortie acharnée qui dura jusqu'à midi, et força les assiégeants à se retirer derrière leurs batteries. Le retour du général en chef répara bientôt ce léger échec ; les Russes reprirent Favantage et jetèrent la nuit suivante dans la place une grande qoantité de fusées à la Congrève, qui provoquèrent an cœur des assiégés le désir d'une prompte reddition.
Le 30 juin «u matin , le jeu d'une mine ayant ounrert uoe brèche praticable jusque dans le cœur de la forteresse, les deux pachas, Sert-Mahmoud et Hadji-Achmet, consentirent après biep des difficultés à entrer en pourparlers au sojet de la reddition de la place. Pendant que leurs délégués traitaient cette question avec les généraux rosses et que ceux-ci dictaient leurs conditions, les travaux dans les ouvertures des brèches se poursuivaient avec uoe grande activité sous la protection d'un feu de moosqueterie et de mitraille. Les parlementaires tnrcs réglant leurs prétentions sur le succès de ces travaux , demandèrent avec les plus vives instances, au nom de l'humanité , la capitulation sur les bases proposées par le comte Diebitsch avant son mouvement contre le grand vizir.
V Toutes les troupes formant la garnison de Silisirie se rendront prisonnières de guerre avec leurs armes et bagages, leur artillerie, leur flottille et généralement tout ce qui appartient à la couronne ; les propriétés particulières seules seront exceptées ;
2* Tons les habitants mahométans peuvent sortir de la place avec leurs familles et leurs propriétés, mais sans araies ; ils auront la faculté de se rendre où bon leur semblera ;
3* Toute facilité sera accordée à ceux qui voudront passer en Russie ou rester à Silistrie ;
Uê HISTOIRE DE LinFElEVH ITIGOLAS.
4"" Il sera fourni des barques à ceux qui désiraroot se rendre par eau à RoulsdMHik, et on Bombre cMrvenabfe de diariols à ceux q«i préftreraot la voie de ferre ;
S* Des barques et chariots serant également fonniîs anx prisonniers malades et blessés qui seront envoyés en Russie ;
6* Il est permis anx habitants d'établir près de la forteresse, pendimt quinte jours, un marché pour acheter et vendre aux personnes qui n'appartiennent pas à one nation en guerre avec la Russie.
Telle était l'impatience des parlementaires à conchre cette capitulattmi, que malgré l'obscurité de la nuit ils obligèrent le pacha Sert-Mahmoud, vieillard de soixantedix ans , à sortir de la place à dix heures do soir, pour se rendre au camp des assiégeants comme prisonnier de guerre , et comme garant de Texécution des cotÊdiiion^ stipulées. Cette capitulation ratifiée par le général en chef, cinq bataillons et huit pièces d'artillerie légère, sous le commandement du général major Froloff , entrèrent dans la forteresse le 1'' juillet à sept heures dn soir par deux brèches, enseignes déployées, tambour battant, et occupèrent les bastions , les portes , ainsi qne tonte la ville. Huit mille prisonniers de guerre , deux coït trentehuit pièces d'artillerie, la flottille avec ses trente et une pièces, trente-huit drapeaux et cent quatre-vingt-cinq petits étendards, furent les premiers résultats de ceiîe victoire, achetée par une perte de douze cents hommes, tant tués que blessés.
L'empereur Nicolas parti de Varsovie dans les dei^ niers jours de juin, reçut l'heureuse nouvelle de la prise de Silistrie à Tuischin , où il passait l'inspectioD de la réserve de ses gardes , destinée à prendre part aux opérations de la seconde partie de la campagne. Il ne
CIAPITIB DIXIRME. MT
ont point devoir se rendre eomme Fannée prëoédeate sor le tbéilre de la ^erre , pour oe pas entraver par m présence l'aoiorité du général en chef ^ et pour lui laisser Uni l'honneur dn suecès. Avant de rentrer dans sa capitale, il inspecta on dépôt de prisonniers tenn à Tscberoigov, leur rendit l'hommage dû an conrage malheu* reiu, et lenr fit donner tons les soins que réclamait leur poffifftfp.
Pendant ee temps, le général Paskevitcli eondnisait arec on succès égal les opérations militaires de l'armée rosse en Asie. Bassoré sur les dispositions de la Perse, cet benroM capitaine avait ouvert la campagne au eommencemenl de juin à la tête d'nne armée de vingl-cinq mille hommes, où figuraient quatre régiments musol* mans formés psr ses soins dans la province de Karabag. Infonné qœ Je séraskier d'Eraeroom, parti de cette place avec trente mille combattants, avait Tintention de se joindre, pour agir de concert avec elle , à une autre armée de vingt mille hommes, levée dans les padialiks voisias par Hagki-Pacha, l'un des officiers les plus renommés dans la Turquie d'Asie, Paskevitcfa comprit qu'il importait d'empêcher leur jonction , afin de les baltre séparément. Pour arriver à ce bot, il effectua le 26 juin un mouvement des plus difficiles à travers les hauteurs escarpées du Saganlou , occupées en partie déjà par Hagki-Pacha: profitant d'une fausse attaque que Faile gauche exécutait sur le camp turc, le gros de Tarmée russe opéra son passage par la droite , et vint prendre position sur le flanc gauche de l'ennemi.
Le 1^ juillet toutes ses mesures étaient prises pour attaquer séparément Tune après l'autre les deux armées torques qu'il allait avoir sur les bras. En effet, ce jourlà, étant arrivé à la descente principale de la crête, au
bas de laquelle s'étend une vallée pilloresqne, il aperçiii une armée turque qui débouchait du ravin à Textréniilc de la vallée ; c'était celle du séraskier qui marchait au secours de Hagki-Pacha« Paskevitch divisa aussitôt son armée en quatre colonnes , dont la première confiée au général major Pankratieff, était chargée d'observer les mouvements de l'ennemi pour l'empêcher d'ioquiéler le flanc gauche de l'armée impériale. Le général en chel se mit à la tète des trois autres , et les conduisit en personne à l'ennemi, qui s'était formé en bataille le long du ravin. La cavalerie turque le prévint en attaquant ia première sur la droite avec une audace inconcevable. Les tirailleurs musulmans pénétrèrent plusieurs fois dans la ligne des tirailleurs russes, engageant avec eux une lutte corps à corps, à la baïonnette; ils se précipitèrent même tête baissée sur un bataillon carré, et ne se retirèrent que devant le feu bien nourri des pelotons. L'afiaire fut longue et chaudement disputée; mais par une de ces inspirations subites qui décident du sort des batailles , Paskevitch dirigeant une colonne d'infanterie soutenue par huit pièces de canon sur le centre des Turcs, parvint à le rompre en deux sections, dont Tune fut rejetée dans les ravins, et l'autre culbutée après une sérieuse résistance dans la direction du camp de Hagkt-Pacha.
Sûr désormais de ne pas être inquiété de ce càié par la difficulté des mouvements que Hagki-Pacha pouvait faire dans les montagnes, Paskevitch, concentrant toutes ses forces, marcha droit au séraskier, qui s'était retranché près du village de Kaïnli , sur les hautenrs presque inaccessibles qui couronnent le vallon de Zovine. Par cette marche rapide autant que hardie, il réussit à tourner de nouveau la position des Turcs, qui, craignant d'être