CHAPITRE DIXIEME. 3M
coupés, abandooDèrent précipitamment lears positions , lear artillerie et leurs bagages. De ce moment, leur dé* faite devint une véritable déroute : poursuivis Tépée dans les reins jusqu'à neuf heures du soir dans un rayon de trente kilomètres y ils ne s'arrêtèrent qu'au delà des montagnes de Saganlou.
Le séraskier complètement hors de question, le général russe, cédant à l'enthousiasme de ses troupes animées par le succès, se remit en marche au point du jour à travers les montagnes et les ravins, pour attaquer le camp de Hagki-Pacha. Ce brave capitaine, l'attendant de pied ferme , rangea son armée en bataille au dehors du camp sur un plateau , appuyé par ses deux flancs et par ses derrières à des ravins couverts de bois, protégé sur le front par des abatis d'arbres et de formidables balferies. Le combat s'engagea par une forte canonnade, pendant laquelle les Russes parvinrent encore à toamer les Turcs et à s'emparer d'une hauteur qui dominait leur position. Au même instant, un prisonnier leor annonça la déroute du séraskier,* sur lequel ils avaient fondé une espérance de concours devenu désormais impossible. L'épouvante alors s'empara d'eux , et Hagki-Paeha ne voyant aucun moyen de résistance ou de retraite, demanda à capituler. Paskevitch exigea que tout son corps d'armée mit bas les armes. Le général turc refusa, et ne prenant plus conseil que de son désespoir, il fit continuer le combat. Pendant les pourparlers, deux colonnes russes s'étaient emparées du camp des Turcs, et avaient tourné leurs propres canons contre eox. Ce mouvement décida du sort de la journée. Les Turcs, après avoir éprouvé des pertes immenses, se sauvèrent dans la direction del'Araxe; les plus braves, qui voulurent résister, succombèrent ou tombèrent au
paovoir du vainqueur avec leur chef et tout son étatœa|or.
La soumission immédiate d'Eneroum fut la conséquence de ces deux mémorables batailles gagnées en vingt-cinq heures. Les principaux fonctionnaires de cette place , ayant à leur tête le beglier-bey son gouverneur, en vinrent présenter les clefs au général russe, et Je 9 juillet, jour anniversaire de la fameuse batai//e de Pullavira, le drapeau de Pierre le Grand flotta sur la d.tadelle, oh quatre pachas et le séraskier lui-même furent faits prisonniers.
Erseroum, capitale de la Turcomanie, située à la source de TEuphrate, n'était pas seulement importttile en raison de sa grandeur et de ses richesses, mais aussi parce que les Turcs, la considérant comme la 4Jef de leurs possessions asiatiques, y avaient accumulé Ja plos grande partie de leurs forces et de leurs ressoui-ces. Ces succès couronnèrent dignement cette campagne, dont l'ordre du jour adressé par Paskevitch à son armée donne une idée magnifique. En récompense de ses brillants services, l'empereur Nicolas lui envoya l'ordre de Saint-Georges de première classe, et avec le titre de feld-maréchal une lettre autographe plus honorable encore que ces hautes faveurs.
Malgré leurs avantages, les Russes ne restèrent pas en paisible possession de leurs conquêtes. Les Turcs, tant de fois battus , dispersés , mats non découragés y ne cessèrent de les inquiéter. Nous reviendrons sur ces événements moins importants et surtout moins décisifs que ceux qui se passaient en Bulgarie.
Dans la prévision que Tarmée russe victorieuse à Koolavtcha se porterait devant Choumla pour en faire Je siège et reprendre les opérations avec une énergie mm^
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vde^ le grand vizir s'y était pies fortaoïent reCranehé, et avait appelé à sa défense Télite de l'année musoimaBe, coiiipreDaiit dans ses cadres quarante mille hoaimes de Iroopes régulières et de quinze à vingt mille hommes d'infanterie. Mais le plan du général Diebitsch n'était point celui sur lequel le grand vizir avait basé sa défense. Le général rosse avait résolu de franchir le Balkan ^pM: les déGlés voisins de la mer Noire, pendant que l'amiral Greigh, dont la flotte était maîtresse de celte mer, jetterait SQF plusieurs points importants de la câte des troupes de débarquement pour concourir au succès de ses opérations. Tandis que les généraux Kisseleff et Geismar ob*servaient, l'un Routschouk, l'autre les garnisons 4e Widdin et de Nicopoli, le général Krasowsky reçnt l'ordre de rejoindre avec le gros du 3' corps l'armée reume devant Choumla, moins pour aider à fonder ces redoutables retranchements, que pour couvrir la ligne d'opération dee troupes destinées au passage du Balkaa. Tout réussit à souhait, et rien ne put détourner l'at^ fention du grand vizir, exclusivement fixée sur la défense de Cboumia. Le dépari des troupes expéditiour naires ne s'effectuait que la nuit, et seulement après l'arrivée de celles appelées pour les remplacer et remplir les vides du camp. C'est ainsi que le grand vizir ne soupçonna même pas les mouvements des généraux Roiby Rudiger et Pahlen, quittant avec leurs corps successivement leurs positions dans les nuits des 14, 16 et 17 juillet; ils avaient été immédiatement remplacés par les troupes de Krasowsky.
Les trois corps qui, sous les ordres du comte Diebitsch, devaient franchir les ééfilés si redoutés du Balkan, ne comptaient guère que quarante mille hommes d'infanterie et six mille cinq cents chevaux, avec une artillerie
proportionnée à ces forces. Elles devaient pénétrer dans les montagnes sur deux colonnes.
Le Kamtchick, torrent plutôt que rivière, et n'ayant que des gués rares et dangereux, était le premier obstacle que les Russes avaient à surmonter pour arriver au Balkan. Les avant-gardes, commandées par Rudiger et Roth, délogeant partout Tennemi, enlevèrent de force les passages du Kamtchick, et le traversèrent sans difficulté. Diebitsch les suivait. Ces mouvements des corps expéditionnaires avaient été si parfaitement dérobés au grand vizir, que ce ne fut que quatre jours après leur départ de Choumia qu'il détacha pour les arrêter un corps d'armée sous les ordres d'Ibrahim, pacha à trois queues, et de Méhémet, pacha à deux queues, venus récemment de Constantinople. Mais ces deux chefs, arrivés sur le Kamtchick, apprenant que les Russes avaient déjà franchi le Balkan et battu tous les corps qui s'étaient opposés à leur passage , se portèrent sur Aïdos , où ils parvinrent dans la soirée du 24 juillet.
Pendant ce temps, les forces navales russes qui se trouvaient dans les eaux de la mer Noire, se conformant aux ordres du général en chef, établissaient des communications avec l'armée de terre par la prise des forteresses maritimes Jnada et Eno en Roumélie. Une brillante affaire, qui mit la place d'Aïdos aiî pouvoir du général Rudiger, termina, après dé nombreux combats livrés avec un rare bonheur, le passage des défilés du Balkan. Tous les corps avaient fait preuve de cette persévérance constante qui caractérise le soldat russe. Rien ne pouvait plus s'opposer à la marche des troupes Impériales vers la capitale de l'empire ottoman ; elles occupaient toutes les places maritimes depuis Hésembria jusqu'à Siseboli. Chaque pas en avant du général