CHAPITRE DIXIÈME
IKebitech dans les riches vallées de la Roumélie resseiidilait à on triompbe. Les populations musulmanes de ces conirées, qu'on avait cherché à fanatiser en leur faisant considérer cette guerre comme une guerre de principe religieux, se dispersaient partout à l'approche des Russes quand elles ne se rendaient pas volontairement à la puissance de leurs armes. Une proclamation du général Diebilsch produisit un effet immense sur Fesprit de ces populations. Tout en déplorant Taveugle obstination du gouvernement ottoman à rejeter les propositions modérées faites au nom de l'Empereur son maître 9 il déclarait la résolution de poursuivre ses succès, d'occuper le pays, et d'avancer aussi loin qu'il plairût à Dieu de le condoii^, pour forcer le Sultan à céder à la voix de la raison et de l'humanité. Mais voulaot et désirant éviter aux habitants paisibles les malheurs d'une occupation militaire et prévenir leur ruine inévitable, si, effrayés à l'approche de l'armée, ils prenaient la funeste résolution d'abandonner leurs foyers , il engageait tous les habitants et même les autorités du pays à rester paisiblement dans leurs demeures avec leurs familles, leurs biens et leurs propriétés, sans crainte d'être inquiétés, et avec l'assurance d'être protégés dans la jouissance de leur religion , de leur fortune, d'être considérés en tout comme sujets du Sultan, sous la seule obligation de livrer leurs armes, qui seraient déposées en un lieu de sûreté pour leur être rendues à la paix. Ils étaient même invités à faire en toute sécurité la récohe de leurs grains, avec la promesse que tout ce qui ne serait pas nécessaire à la consommation du pays pourrait être vendu par eux à l'armée russe, qui payerait comptant d'après les prix fixés préalablement. Cette proclamation , justifiée par la discipline sévère
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de rarmée russe, fit perdre à la guerre le caractère de fuialisme qu'elle avait eu jusqu'à ce jour. Le 12 acièt , les Russes étaient maîtres de tous les passages du BallUm; le 13, un 7> Dernn solennel fut chanté devant Famée et en présence de la population bulgare , heoleuae de jouir d'un moment de repos après tant de sièdes d'oppression et d'esclavage.
Le 19, les habitants d'Andrinople purent voir les erionnes russes descendre en bon ordre les pentes de Beujouk-Derbent, et le général en chef prenant position avec le deuxième corps en vue du vieux sérail (Kski- Sara'i), et appuyant, ainsi que les deux autres, son fane droit à la Toundgea; les Cosaques couronnaient toutes les hauteurs voisines.
La population d'Andrinople, seconde ville de l'empire ottoman, comprenait à cette époque quatre-vingt mille habitants, moilîé musulmans, dont douce è quinze nûHe étaient bien armés. Le corps des troupes turques char* gées de la défense de cette place se composait de dix mille hooMnes d'infanterie régulière, de mille cavaliers et de deux mille miliciens levés dans les environsw La position topograpbique de ses approches coupées par de profonds ravins, couvertes de vignobles et entourées de revêtements de terre défendus par une nombreuse artil* lerie , se prétait à une défense opiniâtre ; mais les points sur lesquels les Turcs avaient établi leurs batteries présentaient un cAté faible. Les batteries armées à la faàte étaient pour la plupart inachevées, car on n'avait jaoMÛs cru à Andrinople à la possibilité d'une atlaquf . Plusieurs siècles d'une tranquillité profonde rassuraient les esprits, à ce point que les chefs eux-mêmes avaient repoussé jusqu'à la pensée de voir un jour les drapeaux russes flotter aux portes de leur antique capitate. Telle fut la
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e^mternatioii que rép^idireDt la marche rapUle ei Tap^ pariUoD subite de l'amiée impériaie^ tel fui le déeoonr gement qui s'empara des troupes et des habitants, que Halil-Pacba et Un*abîm-Paeha ne songèrent qu'à de^ mander «ne capitulation, quoique trois grandes routes IHves encore le«nr offrissent des voies de retraite.
Dlebitseh, désîrenx d'épargner Teffusion du sang, se moDtra généreux; il accordait aux pachas et à leurs troupes la faculté de se retirer, non du eôlé de Con^ stantinople , mais vers Philippopoli ou Démottka. — •* Us devaient préalablement remettre leurs armes , leor artillerie, leurs drapeaux, leurs magasins de vivres et de munitions. Diehitsch promettait en outre aux habitants une sûreté absolue pe«ir leurs personnes, leurs propriétés et Fezercice de leur religion : toutefois il ne donnait aux pachas, pour accepter ou refuser ces conditions, qu'un délai de quatorze heures, et déclarait que si les termes de la capitulation proposée n'étaient pas signés le lei^ demain 8 ••20 août, à neuf heures du matin, il livrerait un assaut général.
Dès Taube do jour en effet, l'armée russe, formée sur deux colonnes, s'ébranla par le flanc gauche, l'une composée des corps des généraux Roth et Pahlen , s'avança dirigée par le général en chef en personne sur le centre de la place ; — l'autre , formée en grande partie de cavalerie et d'artillerie légère , alla prendre position sur les routes de Kirk-Kilissia et de Constantinople , pour cooper à l'ennemi toute retraite sur le Bosphore.
Ce mouvement général ne pouvait être dérobé à l'es-
^nemi, qui l'aperçut de sa position -sur les hauteurs, et en
fut tellement épouvanté que sans attendre l'expiration
du délai, fixé à neuf heures, il envoya dès sept heures
des parlementaires dans l'espoir d'obtenir des conditioiis
pins avantageuses. Diebitsch leur fil répandre qaMl ne pouvait rien changer à ses propositions.
Ces pourparlers duraient encore , lorsqu^à la vue des troupes s'approchant des murs de la ville, un <prand nombre d'habitants, chrétiens en grande partie, vinrent au-devant d'elles avec de grandes démonstrations de joie. Pendant ce temps, les Turcs jetaient leurs armes, désertaient leurs batteries et abandonnaient le camp avani même que les signatures apposées au bas de l'acte de capitulation l'eussent régularisé.
' L'heureux général qui, suivant l'expression pittoresque d'Ibrahim-Pacha, portait la victoire dans un des plis de son écharpe, entra dans Andrinople comme dans une ville amie, et il n'y trouva rien de changé que la garnison et le drapeau.
Cette nouvelle, parvenue à Saint-Pétersbourg et à Constantinople, y produisit deux effets contraires. Dans la première de ces capitales elle répandit l'enthousiasme d'un grand triomphe; dans l'autre, l'épouvante d'un immense désastre. La supériorité incontestable des Russes, les efforts tentés inutilement par le fanatisme mabométan pour soulever contre eux les populations, les disposi* tions séditieuses qui se manifestaient au sein même de Constantinople, ouvrirent enfin les yeux au Sultan, et le décidèrent à prendre en considération les instances du corps diplomatique et les ouvertures de paix repoussées jusqu'à ce jour avec un déplorable entêtement.
Personne ne contribua davantage à ces heureuses dispositions que le général prussien de Muffling, envoyé à Constantinople avec des instructions particulières à la suite du voyage de l'empereur Nicolas à Berlin.
Malgré les ouvertures pacifiques du Divan et la soumission des populations mahométanes , Diebitsch se dis-