CHAPITRE ONZIEME
Dëpatation ottomane à Saint -Pétenbovi^. — OnveHare de la «liète & Vut&rie. — Premièrei avances. — Symptômes d'opposition. — If ëcontentemenf de rSmperear. — Priie d'Alger. — Rëvointion de 1830. — L'emperenr Nicolas et le charge d'affaires de France. — Le général Athalin. — Lettre de Lonis-Phîlippe à Nicolas. — Réponse de Nicolas. — Le choléra. — Dévouement et courage de Nicolas. — Il part ponr Moscon. — Entrée triomphale. — Noble émulation. ^ Insnnection polonaise. — Causes de l'insurrection. — Déplorables excès. — Situatioa critique. — Colère de Nicolas. — Mesures pour combattre la révolution. — Procbmatlon aux Polonais. — Fidélité des armées russes. — Chlopitihi didatenr de Pologne. — Manifeste polonais & l'Europe. — Les RomanofT déclarés déchus du trône de Pologne. — Le nombre treiic. — Commencement des hostilités. — Lt victoire sourit d'abord ans Polonais. — Bataille d'Ostrolenka. — Mort de Diebitsch. ~~ Mort du grand-doc Constantin. — Paskevitch nommé général en chef.
Dans les premiers jours de février 1830, deux personnages des plus distingués de Tempire oiloman, Mohammed -Halil -Riphal-Pacha et Suieiman -Nedjib- Effendi, arrivèrent à Saint-Pétersbourg pour présenter à l'emperenr Nicolas les assurances amicales et pacifiques du Sultan ; mais le principal but de leur mission était de négocier un adoucissement aux clauses rigoareuses du traité d'AndrinopIe. La Porte vaincue espérait de la modération du vainqueur qu'il modifierait certaines stipulations qui blessaient plus particulièrement l'orgueil et les intérêts ottomans. Mahmoud réclamait surtout contre la cession des districts et des forteresses exigées en Asie, contre la démolition des fortifications de Giurgewo, contre les indemnités et les frais de guerre, dont l'acquittement aux époques convenues présentait des difficultés insurmontables. Les dépenses faites depuis six ans avaient épuisé le trésor ottoman , et
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le Solfan ne pouvait demander de nouveaux impôts sans ' eiposer la paix et la sûreté de ses provinces , placées fiitalement sons la menace d'une insurrection*
Ces députés furent reçus avec tous les honneurs dus à leur rang : l'Empereur et l'Impératrice leur accor* dèrent des audiences particulières : ils reçurent et offrirent des présents magnifiques , assistèrent à toutes les (êtes de la cour, et furent décorés à leur audience de congé de Tordre de l'Aigle blanc de Pologne ; enfin ils obtinrent une réduction de 300,000 ducats sur la con* tnbntion de guerre. Nicolas prouvait ainsi que la générosité est la compagne de la force.
En même temps que ces ambassadeurs reprenaient la route de Constantinople , Nicolas se rendait à Varsovie pour ouvrir en personne la diète de Pologne , qu'après cinq années d'attente il avait convoquée pour le 16- 28 mai par un décret, dont lé style impérieux annonçait aox Polonais que la durée de leur constitution dépendait du bon usage qu'ils feraient des bienfaits de l'imr mortel resiauratetir de leur pairie.
« Trois diètes vous ont déjà fait assez connaître et le but vers lequel doivent tendre tons vos efibrts et les écoeîls que vous devez éviter. L'expérience a démontré les avantages des discussions calmes et tranquilles, de même que les conséquences funestes de la discorde. fespère que cette expérience ne sera pas perdue pour vous. Dans vos délibérations, vous agirez, nous n'en doutons pas , avec cet amour du bien public qui vous a toujours animés, avec cet esprit d'ordre et d'union qui a présidé pendant le cours de votre dernière session.
n A ces causes. Nous vous assurons de Notre bienveillance royale.... »
L'arrivée de l'empereur Nicolas à Varsovie excita moins
ie joie q«e d'inqviétudes. Le Giar préluda à Tonvertare de la Diète par des manœuvree milîtaîres , où Taraiée , commaDdée par le Césaréwilseb graiid*duc CûBsAanlin, ae montra digne de sa vailhate renomaée , et témoigna même àm déveuemeat au souverain que qudques mois plus tard elle devait combattre.
Le 16*28 mai , après avoir assisèé à Toffioe divin ^ les aénaieors, aooces et députés se réunireot dans la salle du Sénat, où le Roi , accompagné de la Reine et entooré d'un pompeux cortège formé des ministres ^ du conseU d'Etat, de toute sa saite, prononça du haut du trône en langue française le discours d'onveriure , répété ensuite en langue polonaise par le ministre secrétaire d'Etat
Il commençait par s'excuser du retard mis à la convocation de la Diète et des moU& indépendants de sa volonté qui l'avaient empêché d'appeler l'armée polonaise à prendre une part active ans deux dernières guerres*». Les applaudissements que provoqua ce paragraphe semblaient une protestatûm contre l'influence dont le Césaréwitsch s'était servi pour réduire à l'élat de vaine espérance cette co<^péralion sidlicitée par l'armée et désirée par l'Empereur lui-mâme... En retenant dans les bornes étroites de la vie de garnison les impatiences ^'une ardeur belliqueuse qui ne demandait qu'use prodvire au dehors, le grand«4uc ConsUmtin a oonmûs une erreur dont plus tard il devait subir les conséquences. L'insorrection dont le feu couvait déjà sous les cendres révolu tiennaires n'aurait pent«étre poiat éclaté si la Pologne et la Russie, apprenant à se connaiire et à s'estioAer les armes à la main devant un ennemi commun , avaient fraternisé sur les mêmes champs de bataille. Nicolas l'avait compris ; est-il coupable d'avoir sacrifié sa voloaté au désir d'un frère qui lui avait fait le sacrifice d'nne
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\ ? Dans les grandes qaeeliODBy fat peRti^fse éa otBur^ eo détaeeori awe celle 4e ia riieeo y tO, «MPfours une faute. Quoi qu'il en soit, il la répara noblement dans le {M-enier paragraphe ée ^sok •discosrs ##« veriure.
H annooeait enaaile tes améliorailioiis lAitenaes, en oeeis 4^0sée«tioii €< méditées dans radaiiiaistratîon du fÊfSj les prejets de loi qm devaient être somnîs à b Bièle, el il leronnait en invoquant le ealme dans les dé« ibénfim», Tnaîon dans les desseins, et en rappelant ans royiéacaiants da penple qu'à eux senh il apparienui è'fdfsrmir Taenvre dn restavraleur de leur patrie par Posage sage et mod^é des draHs qu'il avait accordés àlsMogne.
Un des principaux griefe dn reyanme portait sur la prsIeetiQn eiduaive qne le pouvoir central accordait nu rite grec au détriment de la communion catholiqne. h^ kodeBani de Ponvertura de (a Diète, le ministre de l'intérienr, comte Moslowdki, cfaerdiant k démontrer ce qi'il y avait d'mjnste dans ce reproche fait au gouvernement, exposa les avantages accordés à la population catiioKqae dn royaume, évaluée à 3,471,282 hidividus, et an defgé, dont les revenus annoels s'élevaient à 4 miMJons de francs; qnant à l'instruction primaire, dotft il «entttt toote rnnp#rtanee, le ministre assurait qu'on avait «agnwnté et amétioré les écoles catholiques au poi'nl de piMVoir procurer à vingt- huit mille quatre cents enfi^its les bienfaits d'une éducation suffisante et gratuite.
«S^ eat vrai, dit le ministre en terminant son disconra, que l'extension irrégulière des connaissances, en augmentant la sûreté des personnes, tend à diminuer celle des propriétés par les nouveaux désirs qu'elle excite, le moyen le jdus simple d'écarter l'appât des jouîs-
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saDces illicites se (rouveraîl dans les faciUlés accordées à chaque état pour recevoir l'iDstructioa limitée qui loi convient. »
Le caractère de la session fut calme et digne; sa courte durée, bornée à un mois, n'ouvrait pas de grands borisons aux discussions ; néanmoins la plupart des projets présentés par le gouvernement reçurent des modifications importantes, dont l'Empereur, qui assista à plu* sieurs séances , reconnut la sagesse. Un seul cependant, et celui auquel le Czar attachait le plus d'importance, tut rejeté par la chambre des députés à une majorité de 93 voix contre 22. En apprenant le rejet de ce projet ayant trait au divorce, Nicolas s'écria : a Le chiffre 93 <st un nombre révolutionnaire. » A ce sujet, il s'exprima avec une certaine amertume dans son discours de clôture.
Au résumé, pendant tout le cours de celte sesûon, les membres les plus influents de la Diète s'imposèrent une grande réserve et beaucoup de modération, ce qui ne les empêcha pas toutefois de formuler des plaintes vagues contre les violations de la loi fondamentale, et des vœux pour le renvoi du ministère, ainsi que pour la réunion de la Lithuanie. L'Empereur ne s'en montra point offensé ; il promit même de prendre en considération les vœux de la Diète , et de faire droit aux propositions dont il reconnaîtrait la justice et l'opportunité.
La clôture des séances de la Diète eut lieu le 10- 28 juin.
Dans son discours, l'Empereur témoigna amsi sou mécontentement au sujet du projet de loi sur le divorce, rejeté par la chambre des députés :
« Le Sénat, ce premier corps de l'Etat, avait justifié toute ma confiance en accueillant à l'unanimité un projet
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qui obviait à une partie des iQCoAvéoients de la loi décrétée en Ifôo sur la nullité du mariage et sur le divorce. I( e$t k regretter que la chambre des nonces ait cru devoir le rejeter, et maintenir ainsi une disposition qui compromet essentiellement le repos des familles, qui trouble les consciences, et dont la révision est impérieusement réclamée par les plus puissantes considérations. ?>
Ce discours se ressentait de l'impression produite sur ^esprit de Nicolas par la nouvelle d'un événement déplorable dont la ville de Sébastopol venait d'être le théâtre. Malgré les mesures actives du gouvernement pour préserver la Crimée de la peste qui sévissait dans les provinces de la Turquie européenne , le fléau , entrant en Bessarabie, avait frappé aux portes de Sébastopol. Toutefois, les mesures de l'autorité locale pour prévenir et combattre les progrès du mal n'avaient pas tardé à être couronnées de succès. La ville et quelques-uns de ses faubourgs étaient déjà délivrés du cordon sanitaire dont 00 les. avait investis. La slobode nommée Korabelnaïa, habitée en grande partie par des marins retraités et par les marins de la flotte, était la seule localité qui eût encore à purger la quarantaine, dont le terme était rapproché. Peu de jours avant l'expiration de ce terme, plusieurs malades succombèrent sous les atteintes du fléau. D'après les dispositions ordonnées par le lieutenant général Stolypine, gouverneur militaire provisoire de la place, des médecins procédèrent à l'examen et à rinhumatioo du corps d'une femme morte dans la slobode; mais les autres femmes du quartier s'opposèrent à cette opération , et soutenues dans leur résistance par les habitants, elles refusèrent de se rendre dans un camp disposé pour les recevoir pendant qu'on assainirait leurs demeures. Les eflbrts de l'autorité échouèrent de-
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vaut nue force d'ioertie qui «e transforma JkienMt en une rébellion ouverle, iion-«eulement dans la slabode, mais dans ia ville elle-même. Au son da tocsin, ks révoltés, se répandant dans les rues, demandèrent à grands cris la levée de la qnarantaine et Tonvertore des églises. Leur exaspération se portant ^ox dernières extrémités, ils massacrèrent le général Stolypine, Je colonel Vorobieff, commandant de brigade, Stépaooffy commissaire, et Stoulli, inspecteur de la quaranlaîne. Us se livrèrent ensuite aux pins graves excès pendant vingtrquaire heures. Cependant l'amiral Oreigh et te général comte Voronxoff, accourns sur le lieu du sinistre, étaient parvenus à se rendre maîtres de rémeute. Les principaux chefs, arrêtés et livrés à la justice, étaient soumis à une commission d'enquête chargée d'instruire sur les causes et le degré de culpakiMlé de chaque prévenu.
£n proie à de sinistres pressentiments qui ne devaient se réaliser que trop tôt, l'Empereur revint à Saint-Pétersbourg, a Je ne sais, dit-il un jour, sur quelles vagues données j'interroge l'avenir, mais il me semble que nous sommes à la veille de quelque grand événeoaent. Dîen veuille que nous ne nous réveillions pas un de ces matins en face d'une grande catastrophe. «
Ce jour-là même , à neuf heures do soir, la cour se trouvait à cette époque à Yelaguini , l'une des résidences d'été du Czar, un courrier arriva à franc étrier au château impérial, et remit à Nicolas des dépêches que l'on venait de recevoir de Paris. L'Empereur les parcourut ri^pidement, puis, pâle, troublé, profondément ému, il rentra précipitamment dans l'appartement ou se tenait l'Impératrice avec deux dames d'honneur.
tt Mon Dieu I que vous est-il donc arrivé? lui demanda
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rirapéralrJce, troublée elle«méjDe à la vae des tcails allérés de Nicolas.
— La catasirophe dont je mus parlais ce matin, » répondit-il; et à haute voix cette fois il recommenga la kclnre de la dépêche qu'il avait regue. Le trône de Cbaiies X venait de s'écrouler sons les barricades de la révolution de juillet* En trois jours, le souffle d'un feople haletani sous le travail d'une pensée dont il n'était que l'instranieni avait emporté une monarchie de quatorze siècles; le fils de Phîlippe-Egalilé, changeant k bonnet phrygien de son enfance contre une couronne , avait ramMsaé dans le sang et la boue le sceptre du frère de Louis XVL Nicolas , consterné par la nouvelle d'an événement qui j^ouvait ébranler l'Europe , se promenait à grands pas dans le salon, a Louis-Philippe ^ disait-i/, Louis-Philippe ( je comprends aujourd'hui pourquoi je ii'ai jamais aimé cet homme-là... . » Quelques larmes , pieux hommage rendu par un noble cœur au naufrage de trois générations royales^ brillaient dans les jeni de l'Impératrice. Mcolas s'approcha d'elle, et ki prit la main en disant ; a Charles X aurait du se faire
tuer sur la dernière marche de son trône » Au même
insiani, le grandnduc héritier entra dans le salon avec une ligure riante p qui ajoutait par son contraste k la gravité des autres physionomies, a Mon fils, lui dit i'Emperenr^ un jour sans doute vous me remplacerez Mr le tràne de Pierre le Grand; alors vous aurez de grands devoirs à remplir comme père et comme souvexain de vos peuples ; vous vous devrez tout entier à la prospérité y à la gloire de la patrie, au bien-être, au lK>ohear de vos sujets; mais rappelez -vous bien dans cette position suprême que la main qui tient un sceptre el une épée ne doit jamais transiger avec une émeute ,
SOUS peine de voir l'émente se changer en révolution. Le chef d^in grand État doit se faire tuer sur les marches de son trône , plutôt que de le céder à Finsurrection. »
Quelques jours auparavant, Nicolas avait appris le débarquement de l'armée française et la prise d'Alger. Cette nouvelle lui était parvenue au moment oh il passait en revue une division de la garde à Tsarskoé- Sélo. Aussitôt il avait envoyé chercher par une eslafeite M. Bourgoing, chargé d'affaires de France en Russie, et s'était porté lui-même à cheval à sa rencontre. Dès qu'il l'aperçut, il mit pied à terre, et l'embrassant, il lui dit : a Ecrivez au roi Charles X, votre auguste maître, que la prise d'Alger me fait autant de plaisir que si cette importante victoire avait été remportée par mes propres troupes. »
Le noble cœur de Nicolas revendiquait ainsi une partie de la gloire qui rejaillissait sur une monarchie légitime, a J'espère, ajouta-t-il, que ce triomphe consolidera le trône de mon frère bien-aimé Charles X.... rt Quelques jours après , ce trône croulait sous les pavés sanglants de la rue. L'empereur Nicolas considéra l'abdication de Charies X comme un malheur de famille, et l'avènement de Louis-Philippe comme une calamité européenne.
Quoique l'union politique des deux cabinets fût moins intime que sous le ministère la Ferronnays, les relations personnelles du souverain avec le duc de Mortemart entretenaient une harmonie fondée d'ailleurs sur des sympathies communes et sur des intérêts réciproques. Ainsi, le cabinet russe avait reçu les communications relatives à l'expédition d'Alger avec une confiance absolue, avec une satisfaction sans réserve; il avait même exprimé le désir