‹ Histoire de l'Empereur Nicolas (trente années de règne)Chapitre 120 sur 331 · CHAPITRE ONZIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE ONZIÈME

d'y coopérer avec une floUe considérable ^ si le cabinet des Toileries jugeait son concours utile. Mais la France avait répondu qu'elle se trouvait assez forte pour venger FiDJure faite à sa majesté dans la personne de son repré- ^Dtant. Ainsi que la France , la Russie avait désiré l'abo* likion de la piraterie et raffranchissement de la Méditerranée, ilossi peut-on attribuer à son assentiment hautement prononcé le silence et la réserve imposés à la jalousie d'one puissance dont la presse devait en 1856 revendiquer une grande part dans la révolution de 1830. Le cataclysme de juillet devait nécessairement faire disparaître tout rapprochement dans la pensée d'un prince menacé d'une révolte dès son avènement au trône, et inquiété à cette heure par les sourdes agitations de la Pologne. Anx yeux de Nicolas, Louis -Philippe n'était antre chose que le fantôme de la révolution qui, depuis le 14-26 décembre, posait constamment devant lui. Aossi, à la première nouvelle qu'il reçut de son usurpation sanctionnée par la peur et la nécessité du moment , ordonna-t-il une levée de recrues, sous le prétexte spécieux de combler les vides que la guerre avait creusés dans ses armées.

Le soulèvement de la Belgique , copie sanglante de la révolati<Mi de Paris, aggrava encore ces dispositions manifestement hostiles au nouvel ordre de choses établi en Fraoee. Le coup de foudre qui venait de frapper le trooe séculaire de la dynastie des Bourbons avait brisé les affections de famille, les intérêts politiques basés sur la légitimité des monarchies européennes , les principes da droit sanctionnés par les contrats stipulés entre les souverains et les peuples ; il avait tout remis en question, en sanctionnant au profit d'une usurpation le vieil axiome révolutionnaire : L'insurrection est h pbss saint

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:m HISTOIRE I^E L'EMPEREUR NICOLAS.

des devoirs. Les peuples , sédotts par des utopies èécevantes / entraînés par la forée âe l'exemple, fressaillaîent au eri de liberté qui, du sud au nord, se mêlait reCentîssaift an bruil des fla*mes. L^empereur Nicolas prêtant roFeiHe à ees bruits, à ces tressailleaients, échos loin^ tains de la révolution da 26 décembre 183S, mil la main sur la garde àe son épée , et sûr de sa force il attendît.

La première entrevue que Nicolas eut après la nouvelle de la révolution de juillet avec le chargé dWaires de France , paraissant devant lui en grand uniforme avec la cocarde tricolore , fut orageuse et s<4eniiene. L'Empereur parcourail à grands pas son cabtoef. Son regard brillait comme un éclair dans une tempête, et sa voix retentissante éclatait comme un tonnerre. Jetant nn regard de mépris et dModignation sur une cocanfe ^ni représentait à ses yeux la livrée de la révolatiott :

tt Je ne comprends pas, dit-il, qu^un homme qui a le sentiment de sa dignité puisse du jour aa lendemain changer ainsi de couleurs, n Puis abordant csr* rément la question, il déclara qu'il ne voyait dans la personne du duc d'Orléans que le lieutenant général nommé par le roi Charles X. a II me sera impossible, ajouta-4-il , de reconnaître une royauté sans autre principe que celui du vol et de Tastnce. Si vous représealcx en ce moment devant moi ce gonvemement, Ifonsienr, vous pouvez vous retirer et partir immédiatement pour la France. »

M. de Bonrgomg, faisant tête à Torage, répondit nvec calme que tout en déplorant le sort de Charles X, il ne pouvait s'empêcher de considérer Louis-Philippe cmuffl* Fancre de salut de Tordre et de la monarchie, une digoe opposée par la nécessité an torrent des passions révohtionnaires.

CHlFltEE OIéXI&IIE. aW

a Sîie^ coatmua-t-ily j'apprécie vos sympalliîes poar la naifloa de BobtIm» et vos aenttmests de répakiao pour ceUe d'Orléans, mais si voas eomultcc la raiaon qui doU toujours dominer les iasiiiiels da csor, vous recoimaitrez qu'il est une chose plus prâciense que la légîUmifé d'ane monarchie.

— Laquelle, Monsienr? demanda Nicolas.

— C'est la monarchie eUe*«iéme, répliqua de Bom*

— U n'y a point de monarchie sans légitimité,...

— C'est Tordre européen, reprit le diplomate; et ne l'oyez-vous pas, Sire, derrière la conromie de Louis-» Philippe, le bonnet phrygien de la république attendant sonheaie?

— La république 1 s'écria Nicolas, j'aimerais mien ceh.... La république est au moÎ0S un principe qui, seiabisble à l'outre d'Éole, porta en ses flai«s les (empétes.

— Sire, ¥Ous reconnaitrea Louis*Pfailippe, vous le sttbirex du moins , sinon par sympathie , du moins pur nécesailé....

— Uoî, reconnaître Louis-Phflippe , adraettae cet bonne au rang des familles souveraines I... Jamais F répliqua Nicolas en frappant un violenl coup de poiug sur sa table de travail. Kecomnaitre pour rot de France le Gis de Louis-Philippe^galité , serai! me rendre cou»» plice d'une infsniie !. .. Jamais I...

— Jsmais est an mot qui n'a pas encore été écrit dans le dictiunaaire de la politique, répit M. de Boorgoiug. Demandes, Sire, à MU. de Nesselrode et du Ifetlemick

— Ptevre Frmce ! ifouta Nicolas , fav^il qM Tavenr d'oo si beau pays soit de nouveau remis en questîMi....

JIOO HISTOIRE DE L'EMPBREUft NICOLAS.

Qui tire l'épée périra par Fépée, a dit l'Écrilare. . . . Je dis, moi, que celui qui monte au pouvoir par une révolution, en redescend par une révolution. Si Louis-Philippe ne tombe pas sous le poignard d'un assassin, il mourra dans l'exil. Maintenant, allez, Monsieur, je ne vous retiens plus. »

Le chargé d'affaires de France se retira avec le sentiment d'avoir rempli dignement ce qu'il croyait un devoir de circonstance et d'impérieuse nécessité. Quelques heures plus tard , Nicolas revint sur ses premières impressions, et révoqua l'ordre qu'il avait donné de remettre ses passe-ports au chargé d'affaires.

Le général Athalin , mystérieux beau-frère du nouvel élu de la France , fut envoyé à la cour de Russie pour lui notifier l'avènement de Louis-Philippe et remettre an Czar une lettre autographe de son souverain '. Nicolas le reçut avec froideur, la cour l'accueillit avec dédain. La réponse qu'il obtint était une reconnaissance de nécessité politique , la reconnaissance d'un fait fatalement accompli, et qui, dans la pensée de l'Empereur de toutes les Russies, n'impliquait aucune adhésion au principe auquel le gouvernement nouvellement établi en France devait son origine. Nicolas regardait comme à jamais déplorables les événements qui du foyer domestique avaient arraché un excellent père de famille pour lui mettre une couronne au front, et le lancer dans les aventures d'une souveraineté qu'il avait désirée, ambitionnée , préparée , mais qui ne lui appartenait point.

La loyauté chevaleresque de Nicolas avait trop le sentiment des choses justes pour voiler sa pensée sous les hypocrites subtilités du langage diplomatique. H ne voulait point que l'Europe se méprit sur la nature de

' Voyei les Documenls historiques , n» 18.

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