CHAPITRE 0X2IKME
son acceptation ; il recevait avec satisfaction le désir que Louis-Pbilippe exprimait d'entretenir des relations de paix et d'amitié avec les Etais européens, il ne dontail point de ses intentions pacifiques , mais il ne pouvait se faire illusion sur la faiblesse de ses moyens de résistance contre la turbulente initiative des factions.
a Souvenez-vous, Monsieur, dit-il au général Athalin avec l'assurance d'un accent prophétique, que celui qui sème les vents récolte les tempêtes. )i
Le 6-18 septembre il remit à l'ambassadeur du Palais^ Royal la lettre suivante, adressée en langue française à Louis-Philippe :
a J'ai reçu des mains du général Athalin la missive dont il était porteur. Des événements à jamais déplc^ rahles ont placé Votre Majesté dans une cruelle alternative. Votre Majesté a pris une résolution qui seule lui paraissait propre à épargner à la France de plus grands maux. Je ne dirai rien des motifs qui ont inspiré la conduite de Votre Majesté en cette occasion , mais j'adresse les vœox les plus ardents à la divine Providence , pour qu'il lui plaise de bénir les desseins de Votre Majesté , et vos efforts pour le bien-être du peuple français. De concert avec mes alliés , je reçois avec satisfaction le désir exprimé par Votre Majesté ^ d'entretenir des relations de paix et d'amitié avec tous les États européens. 9 Aussi longtemps que ces relations seront fondées sar les traités existants , et sur la ferme volonté de maintenir les droits et les obligations solennellement reconnus par ceux-ci, ainsi que les propriétés territoriales, l'Europe y verra une garantie de la paix qui est si nécessaire même pour le repos de la France.
n Appelé conjointement avec mes alliés à continuer avec la France sous son nouveau gouvernement ces re« Tom I. 26
JIM HISTOIRB B£ L'KMPBtEUR NICOLAS.
lations eonsêrvalricds^ je m'empresserai de mon eàié de mellre non-seuleraenl tout les soios qu'elles exigent, mais je maDifesierai eneere saos eesse les sentiments de la sincérité desquels je me fiûs un plaînr d'asamrer Votre Miyesté^ en échange de ceux qu'elle m'a exprimés. Que Vette Mi^slé veuille agréer, etc. , etc.
« Signé Nicolas. »
Cette lettre, dmt la ferme froide et sétère eaclMit à peine le mautais vouloir de l'empereur de Russie, n'engageait à rien. Elle recmmaissati à la vérité le fait ac^ compli, mais elle ne l'approuvait point. Aux avances de Louis-Philippe, le Cxar répondait en présentant une main année d'un gantelet d'acier. De là cette défiance et ces embarras réciproques, ces négociations céréoMK nieuseS| ces impatiences mal contenues, ces armées l'arme au bras n'attendant qn'un signal pour se heurtor, et cet état de paix au milieu des alarmes de l'Europe, plus ruineux que la guerre*
La Russie ) dont les notes et les courriers dipiomatiques &isaient la chaîne sur les routes de Vienne et de Berlin , ne cessait de pousser la Prosae et l'Autriche à la conclusion d'une nouvelle sainte alliance. Prévoyant dans un avenir rapproché le jour oii la Pologne , sont iée par la France de juillet, répondrait à la réfrfique de la révolution par un appel aux armes pour le compte de son indépendance^ elle paraissail décidée à prendre l'initiative , lorsque deux fléaux suspendirent ou dérangèrent le cours de ses desseinSé
Le choléra-morbus, qu'on croyait endémique «i climat de l'Inde, avait depuis quelques années rat$^ les contrées de l'Europe les plus renommées pour la salubrité du climat et la douceur de la tenspérature. Il avait
eBAPITIE ONZIÈME. MS
emmki dès raiwée 1825 quelques provinces de k Pêne, d'eu bientôt il s'étaii retiré devant les rigueurs de Thi^ ver. On se erojait donc pour toujours à Tabri de ses atteintes, lorsque dans les premiers jours du prînlemps de 1830 il se déclara tout à coup à Tauris et dans la province du Giûlan* De là, cotisant la rive occidentale de la mer Caspienne , il se prolongea k long du Konr jusqu'à Tiflis. La chaleur du climat (on se trouvait alors au milieu du mois d'août), la mauvaise nourriture des liabitants , la situation défavorable de k ville au point de vue hygiénique,, l'inexpérience des médecins qui bravement moururent presque tous à leur poste sous les premiers coups du fléau, lui donnèrent une impulsion désespérante. Telle était la terreur qui s'empara bientôt des popuktions, que les bazars, les caravansérails et tous . les établissements publics furent abandonnés conune des lieux maudits. Les malheureux mourant sans secours étaient jetés dans des fosses communes, sans autre linceul que les vêtements dans lesquels ik avaient été surpris. En moins d'un mois , la population de k Tille, qui comptait trente mille âmes, fut rédnite soit par la mort, soit par l'émigration, à cinq milk habitants. La marche du fléau était rapide , irrésistible ; s' étendant par la mer Caspienne, il suivit les bords du Volga, ravagea Saratow, Simbirsk, Ni{ni-Novgorod, et s^approcba rapidement du cœur de la Russie.
Dans la croyance que l'épidémie était contagieuse, on établissait partout, du côté des pays infectés, des quarantaines et des cordons sanitaires ; sur les limites sudest do gouvernement de Moscou , plus particulièrement menacé, on interceptait toutes les voies de commun!catiim avec les points suspects ; les ponts mêmes étaient enlevés. Par les soins du gouverneur général prince Gar
kOk HISTOIRE DE L*SMPEiEUft .\iGOLAS.
litcio, un conseil de sanlé, dont chaque membre prit sous sa direction ia surveillance spéciale d'un quartier de la ville, fut établi dans la capitale moscovite. U devait au premier rapport du conmiissaire de police se transporter au domicile des cholériques , pour examiner avec un homme de l'art l'état des malades. En outre, uu conseil des médecins se réunissait chaque jour pour rechercher les moyens à prendre contre l'épidémie en cas d'invasion.
Malgré ces alarmes , qui répandaient la stopeur au sein de la cité, jamais l'état sanitaire de Moscou n'avait paru plus satisfaisant. La main chargée d'inscrire les décès sur les registres mortuaires semblait se reposer, lorsque tout à coup, dans le courant du mois de septembre , une nouvelle fatale se répandit à Moscou : le choléra venait d'éclater dans ses murs. Les habitants, consternés, s'enfermèrent dans leurs maisons; ceux qui avaient les moyens de fuir émigraient dans les cam* pagnes, tous savaient que le fléau s'attaquait aux constitutions les plus robustes, n'en épargnait aucune, et enlevait en quelques heures de souffrances horribles les malheureux qu'il frappait.
La science, inhabile à en deviner les causes, avouait son impuissance à en combattre les effets. Partout la maladie présentait les caractères de la contagion-, cependant, dans sa marche mystérieuse et saccadée, elle franchissait parfois d'immenses espaces sans tenir compte des quarantaines. Partout le mal de la terreur frappait au cœur avant le mal lui-même. L'ange exterminateur , semblait avoir déployé ses ailes sur la ville entière.
A la première nouvelle de la calamité qui venait de frapper Moscou , l'empereur Nicolas écrivit au gouverneur général :