‹ Histoire de l'Empereur Nicolas (trente années de règne)Chapitre 122 sur 331 · CHAPITRE OXZlËUe · texte numérisé non relu

CHAPITRE OXZlËUe

« J'ai reçu avec la douleur dans l'âme votre rapport sur la trisle nouvelle qui m'est annoncée. Informez-moi , par ]e moyen d'estafettes , de la marche et des progrès de la maladie. Hon départ dépendra des nouvelles que vous me donnerez; je suis prêt à venir partager avec vous les soins et les dangers. Résignation et espoir en Dieu. 3)

Quelques jours après , l'Empereur reçut du prince Galitzin un message alarmant : le choléra moissonnait les victimes par centaines. Il fit aussitôt ses préparatifs de départ. L'Impératrice, informée de la résolution de sop époux, et redoutant pour lui les atteintes du fléau implacable et aveugle dans ses colères, le supplia de ne point s'y exposer — Les larmes, les prières, tout ce que les craintes et la tendresse d'une femme et d'une mère peuvent employer d'éloquence, échouèrent devant l'inébranlable volonté de Nicolas. Aux prières et aux larmes de l'Impératrice , il répondit :

a Mon devoir m'appelle à Moscou , je dois m'y rendre.

— Mais , Sire, vous êtes père , s'écria l'Impératrice en poussant dans ses bras le grand-duc héritier, la grandeduchesse Marie et son frère Constantin, vous devez vous conserver pour vos enfants, y»

Ce fut alors que Nicolas prononça ces mémorables paroles :

a C^est parce que je suis père que je dois aller à Moscou.... Ici, vous ne me montrez que trois enfants sauvegardés par l'amour d'une mère ; mais à Moscou , j'en ai six cent mille en danger de mort. i>

L'Impératrice comprit alors que sa résignation devait être égale à la grandeur du sacrifice.

tt Vous êtes grand et sublime en tout, dit-elle à l'Empereor, que votre volonté soit faite.

406 HISTOIRE DE LEIfPEREUR NICOLAS.

— La mienne?... non, ajouta Nicolas, maïs celle de Dieu. »

U partit le soir même.

Ce fut le 29 septembre-11 octobre, dans la matinée, qu'il arriva à Moscou. La nouvelle de cet heureux événement se répandit avec la rapidité de Péclair et vola de bouche en bouche. A son entrée au Kremlin, TEmpereur s'arrêta à la porte Iversky et s'agenouilla devant Tîmage de la sainte Vierge. Le peuple n'en croyait pas ses yeux ; cependant , c'était bien le Czar qui venait se jeter au milieu de ses dangers pour les combattre et les partager.

ce C'est lui, c'est l'Empereur! s'écriait la foule en se pressant sur ses pas ; ohl nous savions bien que tu viendrais à nous; tu es partout ou se trouve la souffirance et le péril.... Béni soit notre père! i»

Bientôt le pavillon impérial flotta comme un signe d'espérance sur le château du Kremlin ; les cloches sonnèrent à pleines volées dans les tours des cathédrales, les canons tonnèrent. Une foule immense «icombrait les avenues du Kremlin pour saluer et contempler de plus près l'Empereur s'avançant à pied du palais de ses ancêtres vers l'église de l'Assomption, a II va prier pour nous, disait le peuple; notre père va prier le Seigneur d'avoir pitié de ses enfants, et le Seigneur l'exaucera. » Jamais la présence d'un souverain n'avait excité un parefl eothousiasme : l'Empereur obtenait encore les honnears du triomphe ; la reconnaissance publique le cooromuât une seconde fois.

Philarète, le métropolitain delioscon, l'attendait sur la porte du temple, a Nous sortons au-devant de loi, seigneur, lui dit-il, et nous venons la croix k la maki : puisses-tu apporter avec toi la résurrection et la vie! »

L'arrivée de l'empereur Nicolas à Moscou daw un

CHAPITftE ONZI6IIB. «or

moment ou rélile de la popiilatioo «'apprêtait à la quit« ter rendit l'espérance aux eœara découragés; sa pré» oeiice dans les endroits le plus foriemeat menacés par le fléau inspira le courage aux pusillanimes. Alors la peuple , reprenant avec l'espoir dans la Providence une confiance illimitée dans le gouvernement, se soumit sans réserve à toutes les mesures prises pour combattre efficacement l'épidémie. Chaque pas de l'Empereur, accom* pagne des belles paroles de Philarcte, seoiblait porter avec lui la réswrreetùm et la vie.

L'exemple du monarque stimulant partout l'émulation, on vit les classes privilégiées de la société rivaliser de zèle et de ciiarité ; les ambulances destinées aux cho^ lériques, les établissements de bienfaisance, s'ouvraient comme par enchantement : c'était entre la noblesse et les marchands une lutte de dévouement sans exemple. Les propriétaires cédaient avec empressement leurs maisons pour les convertir en hôpitaux et pourvoyaient euxmêmes aux premiers frais d'installation. Pascfakoff, le prince Dolgorouky, Schelapoukioe , Koznoff, Zaitsoff, Panfik^, Yevdokimoff, Lepeschkine et cent autres prélevaient de larges dknes sur leurs fortunes pour les offrir an conseil de santé. Les fils des seigpieurs brir guaient avec les enfants du peuple le dangereux honneur d'étm mis à la disposition des inspecteurs; les étudiants eux*-mémes, |ie pouvant payer de leur fortune, soUicir taîent la faveur de partager avec les infirmiers le sorw vîee des hôpitaux. La charité publique grandissait apec les séviees de l'épidémie.

L'emperenr Nioolas, bravant le danger, payait aussi largement sa dette à l'humanité; le souverain s'était efiacé dovant le père. U séjourna une semaine entière à Moscou, et après s'éire assuré que fouies les mesures

408 HISTOIRE DE LEifPEREUR NICOLAS.

étaient prises pour conjarer les progrès dn mal, il repartit pour Saint-Pé(ersi>onrg, où sa famille l'altendait avec une inquiétude extrême. U s'arrêta à la quarantaine de Tver le temps fixé par le règlement; il avait donné l'exemple du courage et du dévouement , il donnait ainsi celui de Tobéissance aux lois de la patrie.

Les ravages de l'épidémie s'arrêtèrent bientôt devant les mesures du gouvernement, ravages proportionnellement infimes si l'on considère la mortalité qui avait signalé sa marche dans d'autres localités. A Astrakhan, il avait enlevé le dixième de la population, tandis que le nombre des victimes à Moscou formait à peine le soixantième de ses habitants. Plusieurs autres provinces furent également frappées. C'est à cette première cause que l'on doit attribuer la suspension de la guerre dont la Russie semblait, menacer la France; il s^y enjoignit bientôt une autre non moins douteuse, mais plus décisive : l'insurrection de la Pologne.

Le grand -duché de Varsovie, créé par Napoléon avec les provinces polonaises détachées par son épée de la Prusse en 1807 et de l'Autriche en 1809, avait été réuni à la Russie par le congrès de Vienne , à l'excep* tion des provinces de Posnanie, de Gallicie et de la ville de Gracovie. En laissant à l'empereur Alexandre le droit absolu d'établir en Pologne la forme de gouvernement qu'il jugerait la plus convenable à« ses Etats, le congrès de Vienne lui avait interdit, comme condition expresse, la faculté de l'incorporer à l'empire de Russie. Alexandre , voulant s'assurer le cœur des Polonais par les liens de la reconnaissance , leur accorda une forme de gouvernement réglée par la charte constitutionnelle de 1815. En concentrant dans la personne du souverain les droits de la puissance suprême, il créa deux cham-

Page 1