‹ Histoire de l'Empereur Nicolas (trente années de règne)Chapitre 128 sur 331 · CHAPITRE ONZIÈME. JOi · texte numérisé non relu

CHAPITRE ONZIÈME. JOi

Sénat y lui adressa la parole en ces termes : « En vous oflrant la dictature, les deux chambres vous donnent une preuve de la confiance la plus flatteuse qu'aucun citoyen puisse jamais obtenir de sa nation. Agissez pour le bien de la patrie; il ne peut naître dans nos cœurs tucun doute que toutes vos pensées, vos désirs, n'aient pour but son bonheur. Nous nous abandonnons à vos lumières, à votre prudence, à la fermeté de votre caractère, et à la parole d'un loyal et brave Polonais. La confiance de la nation sera inséparable de votre persooae. Vous avez à attendre dans cette vie la plus belle des récompenses, la gloire,... et les générations futures vous devront leur bonheur. »

Le maréchal de la chambre des nonces prit à son four la parole, et remit le décret de la dictature entre les mains do général , qui le reçut avec une émotion dont se ressentit Tallocution suivante :

tt Messieurs, je n'accepte ce pouvoir qu'avec la ferme iatention de l'employer au bien de la patrie; je m'en serrirai jusqu'à ce que vous jugiez nécessaire de le reprendre. Alors, obéissant aux ordres de la nation, je regagnerai paisiblement mes foyers, riche d'une conscience tranquille, fier d'avoir consacré mes derniers efforts à l'affranchissement de ma patrie. »

L'enthousiasme que provoqua cette scène, dont l'effet n'avait point été calculé, fut immense. Les cris de Vive la Pologne ! Vive l'indépendance ! après avoir ébranlé les voAtes dn palais des rois de Pologne, retentirent au dehors : le cœur de l'assemblée nationale semblait avoir passé dans celui du peuple.

Le même soir, le Dictateur annonça à la Diète par un message qu'elle était prorogée. Elle avait pris elle-même l'initiative de cette importante mesure en la conseillant

«tt HISTOIRE Dfi L'EMPEASUR MGOLAS.

à Ghlopitski ; aais avant de se séparer elk Domma une comaiission qui seraU chargée de rédiger an manifeste ayant pour bat d'exposer aux yeux de TEurope les tmiseSy les principes et les conséquoDces de la révolatîoQ déjà consacrée par la représeotation natioiDale.

Le lendemaiii ^ le Dictateur adressa a la nation nn manifeste rendant compte des motifs qui l'avaient décidé k accepter de nouveau l'autorilé suprême ; il organisa on «Ottseil national en remplacement dû gouveroeoient proiriaeire. Le nom seul était changé, puisque dans ce eoftaeily chargé de l'administration générale, rentrèrent en glande partie les membres du gouvernement dissous.

Dans ce temps, il se manifesta une activité extraordinaire pour l'organisation des forces polonaises et pour la défense de Varsovie. Déjà une formidable tête de pont •ouvrait la Vistule ; des batteries avancées prolégeaient la ville 'y les femmes, les enfants, les vieillards, loni le monde ^ sans distinction d'âge , de sexe ou de rang^ travaillait aux retranchements; les cadres de l'aunée se remplissaient comme par enchantement... Auk menaces de la Russie , la révolution avait jeté le gant de la Po- Ingne.

Au miUett de ces levées d'hommes et de ces bruits de guerre , la commission récemment nommée par la Diète préparait en silence le manifeste dont elle était chargée, mission rendue difficile par Tattitude de Ghlopitxki, qui persistait à respecter 1 autorité de Nicolas et à ne reoonaaitre d'autre Pologne que celle des traités de Vienne, fille termina son eeuvre le 24 décembre 1830-5 jan* vier 1831, malgré les résistances du dictateur. Ce document important se terminait ainsi :

« La nation polonaise s'est relevée de son abaissement et de sa dégradation avec la feone résolution de ne phs

€HAPITA£ ONZIÈME. Jm

se courber sous le foag de fer (}u'eUe vieni de briier, et de oe dé|Ki«er les armes de ses ancêtres qu'après moir reconquis um iodépeadanee et sa puissance , seules garxaBties de ses Jibertés, qu'après s'être assurée de ces aéines libertés qu'elle réclaaie par un double droit comme nu besoin pressant du^ siècle , enfia qu'après 3'4ire réunie à ses frères soumis au joug du cabinet de Saiut-Péiersbourg, les avoir délivrés et les avoir lait participer a ses libertés et à son indépendance.

» Nous n'avons été influencés par aucune hame contre les Russes y qui, comoM nous, sont d'origine slave; au contraire, dans les preauers moments nous nous plaiaions à nous consoler de la perte de notre indépendance en pensant que, bien que notre réunion sous un même sceptre £ut nuisible à nos intérêts, elle pourrait néanmoins £ure participer une population de quarante mil* lions d'âmes à la jouissance ées libertés constitutionnelles qui, dans le monde civilisé, étaient devenues également un besoin pour les gouvernants comme pour les gouvernés.

o Convaincus que notre liberté et notre indépendance, loin d'avoir jamais été bostiles vis-à-vis des États limitrophes, ont an contraire servi dans tous les temps d'équilibre et de bouclier à l'Europe, et peuvent aujourd'hui loi être ^us utiles que jamais, nous comparussons en présence des souverains et des nations avec la certitude qoe la voix de la politique et de l'humanité se fera entendre en noire faveur. Si même dans cette lutte, dont nnoa ne nous dissimulons pas les dangers, nous devions combattre seuls pour les intérêts de tous, pleins de confiance dans la sainteté de notre cause, de notre propre valeur, et en l'assistance de l'Étemel, nous combattrions |oaqn'au dernier soupir pour la liberté * et si la Provi-

dence a destiné cette terre à un asservissement étemel, si dan» cède dernière lude la liberté de la Pologne doit succomber sous les ruines de ses villes et les cadavres de ses défenseurs , notre ennemi ne régnera que sur des déserts, et fout bon Polonais emportera en mourant cette consolation, que si le ciel ne lui a pas permis de sauver sa patrie , il a du moins par ce combat à mort mis à couvert pour un moment les libertés de l'Europe menacée. »

Les accents prophétiques de ce manifeste rappelaient le salut des anciennes victimes traînées aux amphithéâtres de Rome et disant : Morituri te saluiant. Ils furent entendus des nations; mais les cabinets de TEurope étaient trop occupés de leurs propres affaires pour prendre une part active à celles de la Pologne. Les sympathies des peuples pour cette malheureuse nation se réduisirent à des vœux stériles ou à de secrets encouragements, qui pour elle devaient aboutir à d'amères déceptions... En effet, pendant que le Czar se refusait à toute concession, les cabinets européens ne laissaient percer dans les ténèbres de la situation une lueur d'espérance en fait d'intervention qu'autant que la Pologne aurait assuré son indépendance : les Polonais croyant l'obtenir par un coup décisif, proclamèrent la déchéance des cxars au •trône de leur patrie.

Voici l'acte de cette déchéance sanctionnée à Varsovie dans la séance du 13-25 janvier 1831 :

a Les conventions les plus sacrées sont d'autant plus inviolables qu'elles sont fidèlement et mutuellement observées par les deux parties. Nos longues souffrances sont connues du monde entier. Les franchises jurées par deux souverains et violées tant de fois délient en ce jour la nation polonaise de la fidélité qu'elle devait au monarque régnant. Les paroles de l'empereur Nicolas disent

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