CHAPITRE DOUZIEME
prince rouman Sangusyko, déclaré déchu de toutes ses grandeurs , se vit condamné par un ordre suprême à faire à pied la route de la Sibérie. Le pieux chrétien se consola à cette pensée exprimée hautement, que le Sauveur des hommes avait aussi fait à pied la route du Calvaire. Enfin, entre autres oukases spéciaux, celui du 7*19 juillet 1832 assigna, à partir de cette époque, la moitié des églises au culte grec, et ordonna qu'à l'avenir toutes les fois qu'une église catholique tomberait en ruines elle serait immédiatement remplacée par une église grecque. Le peuple catholique se consola comme le prince Sangasyko, en disant : a Nos morts, plus heureux que nous, pourront du moins protester du fond de leurs cercueils contre une pareille profanation. » La légende elle-même prolesta contre une mesure qui frappait le catholicisme polonais dans ses affections les plus sacrées. Le peuple racontait dans sa foi naïve, qu'à certaines heures de certains jours de Tannée les trépassés se relevaient de leurs tombeaux pour pratiquer dans les églises fermées l'exercice d'un culte interdit aux vivants.
Tant d'atteintes portées au cœur de la nation proscrite enfantèrent une douleur profonde ; quelques esprits seulement, plus vigoureusement trempés, ne désespérèrent pas d'affranchir leur pays du joug de fer sous lequel il gémissait; mais leurs tentatives, inspirées par un zèle irréfléchi, n'aboutirent qu'à faire resserrer davantage les liens de la domination en ajoutant de tristes pages au long martyrologe des victimes.
Cette persécution systématique est la première faute que l'empereur Nicolas ait commise depuis son avènement au trône; elle peut trouver son excuse dans les exigences de la politique, sa justification dans la révolte à aiain armée de la Pologne et dans le zèle exagéré de
968 agents, m^ elle ne saurait trouver grâce devant les JQgemaits inflexibles de Thistoire,
Le successeur d'Alexandre était mieux inspiré lorsque, par un oukase du 29 mars-lO avril, il consolidait les droits et les prérogatives des bourgeois des villes russes dans une série de dispositions dont l'histoire y impartiale aa point de vue de l'éloge comme à celui du blâme, louera étemellement la sagesse. Ces dispositions ten* daieut à consolider, à faire prospérer de plus en plus un élément à peu près nouveau pour Tempire , le tiers état, qui, formant le trait d'union entre la noblesse et le peuple, devient l'instrument le plus actif de la prospérité des nations*
Pour se rendre un compte exact de l'importance de cette mesure, il su£Git de jeter un coup d'œil rapide sur l'ensemble du manifeste impérial :
« 1** Il est établi dans la subdivision des habitants des villes une nouvelle classe dont les membres porteront le titre de bourgeois notables;
» 2^ Les prérogatives suivantes sont accordées aux bourgeois notables :
TU L'exemption de la capitalion, l'exemptîon du recrutement, Texeraption des punitions corporelles, le droit de prendre part aux élections de la propriété foDcière dans la ville , et d'élection aux fonctions publiques communales de même rang que celles ouvertes aux négociants de la première guilde , etc. , etc.
» Peuvent élre admis dans la bourgeoisie notable :
n Ceux qui auront reçu d'une des universités russes
soit un attestât favorable , soit un diplôme d'étudiant ou
de candidat; les artistes de condition libre munis d'un
attestât de l'Aeadémie des beaux-arts constatant qu'ils y