‹ Histoire de l'Empereur Nicolas (trente années de règne)Chapitre 146 sur 331 · CHAPITRE DOUZIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DOUZIÈME

encore qu'un cœur d'or caché sous une écorce d'acier. Sa vie en fournit de nombreux exemples.

Quelques mois après la soumission de la Pologne ^ un Polonais affilié aux sociétés secrètes se rend à Saint- Péiersbourg avec l'intention bien arrêtée de venger sa patrie par l'assassinat de l'Empereur. A cet effet , se procurant une arme qui permit au bras du meurtrier de trouver à coup sûr l'endroit qu'il veut frapper, il s'approche du Czar au moment où celui-ci passait une revue de sa garde au champ de Mars. Il n'a qu'un pas, qu'un mouvement à faire pour arriver au cœur de sa victime, le poignard tremble déjà dans sa main ; il va porter le coup mortel , lorsque tout à coup , fasciné par le regard majestueux de l'autocrate, par sa dignité imposante, il s'arrête, hésite, puis, comme entraîné par une force irrésistible , il s'éloigne à grands pas du champ de manœuvre. Sous l'impression de ses remords et voulant prévenir le retour d'une pensée fatale, car la passion de la vengeance est toujours dans son cœur, il court au bureau des étrangers pour y réclamer un passe-port. Aux questions d'une police ombrageuse s'étonnant qu'après avoir déclaré l'intention de rester quelque temps à Saint- Pétersbourg, il changeait si brusquement d'idée, il répondit qu'une raison sérieuse exigeait son départ immédiat.

tt Vous en avez le droit, lui répondit l'expéditionnaire des passe-ports. Où comptez-vous aller en quittant Saint- Pétersbourg?

— A Jérusalem.

— Dans quel but?

— Dans un but de dévotion, n

Malgré l'assurance de ses réponses , son air inquiet , embarrassé , la pâleur de son front, éveillèrent des soup-

Jnr4 HISTOIRE DE L'EVPBRECft NICOLAS.

çons. a C'est bien, loi dît rexpédiCionnaire , vous pour* rez revenir dans deox heures, voire pesse-port sers prêt 9 Le Polonais n'avait pas dépassé la porte , q^'on employé courait prévenir la police générale da comte Orloff. Celui-ci envoya aussitôt iin de ses agents an ba-* reau des passe-ports^ où, deux heures après en être sorti, le Polonais se présentait de nouveau pour y subir encore im interrogatoire. Pressé de questions, il se trouble, se contredit, et finit par avouer complètement le projet qui l'avait amené à Saint-Pétersbourg. Il fut aussitôt mis en état d'arrestation.

L'Empereur, prévenu de cet incident étrange, et devinant aux remords de cet homme, à son inexpérience dans le crime, que le fanatisme seul avait un instant égaré son cœur, sa raison peut-être, désira le voir et l'interroger. Le Polonais fut immédiatement amené devant l'Empereur. Rien chez loi ne révélait un assassin vu}<* gaire. Son attitude était calme, ferme, mais respectueuse.

« Est-il vrai , lui demanda l'Empereur, que to sois venu à Saint-Pétersbourg pour m'assassinert

— C'est vrai. Sire.

— Quel est le sentiment qni a pu t'inspirer la pensée d'un semblable crime?

— L'amour de mon pays.

— La haine seule conçoit et perpètre de sanglants sacrifices.

— L'amour en politique est le synonyme de la veageance. Or, c'est parce que j'aimais trop ma patrie que j'ai voulu la venger.

— De la position qu'elle s'est faite par sa faute, n'est-ce pas ? Est-ce moi qui lui ai mis les armes à la main contre le droit et contre l'autorité ? Est-ce moi qui

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