CHAPITRE 0OUZI6MB. Vn
Tai poussée à la révolte, d'abord dans la me, puis sor les champs de bataille? Est-ce moi qui ai fermé son cœur à la voix de la clémence et du pardon? La Pologne a voulu détacher un fleuron de la couronne de Russie : gardien de celte couronne, j'ai àà la défendre. Qo'aurais-tn fait à ma place?...
— Vous êtes Russe, Sire.
— Et Polonais, puisque je suis «roi de Pologne.
— Par droit de conquête , Sire.
— La conquête sanctionnée par la victoire devient une majesté.... » Il y eut alors entre les deux interlo* coteurs un moment de silence. L'Empereur reprit :
c Qui t'a empêché de commettre un grand crime?
— Votre regard d'abord, Sire, puis la main d'un boa ange sans doute.
— Eprooves-tu du repentir?
— Oui, Sire, celui d'avoir osé concevoir la pensée d'un crime qu'heureusement je n'ai pas commis. STimporte, je suis coupable; ma vie vous appartient, et, sans vous demander une grâce que vous ne m'accorderiez pas, je vous la donne.
— Sans réserve?
— Oui, Sire.
— A ces conditions je l'accepte.... Tu vivras, mais dès demain tu repartiras pour Varsovie.
— Je suis prêt, Sire.
— Tu prendras du service dans mon armée en qualité de soldat, et comme, je n'en doute pas, tu es un homme de cœur, tu effaceras bientôt par ta conduite le souvenir d'un crime que je pardonne et oublie. »
Deux ans après, le Polonais était capitaine; plus tard il se distinguait au siège de Sébastopol. Il commande aujourd'hui un régiment en qualité de colonel.
476 HISTOIRE DE L'EMPEREiR NICOLAS.
Les anecdotes, nous Tavons dit, sont des coups de pinceau pour les portraits que Thistoire dessine en vue de la postérité ; nous espérons que la gravité de l'histoire ne nous reprochera pas d'en avoir été prodigue. Les détails font toujours ressortir l'ensemble d'un beau modèle.
C'était par une de ces belles nuits boréales, si fréquentes en hiver à Saint-Pétersbourg; un incendie brûlait au ciel. L'Empereur, qui bien souvent voulait s'assurer par lui-même de l'ordre qui régnait dans sa capitale , passait devant un corps de garde. Regardant par une fenêtre ce qui se passait dans l'intérieur, il aperçut l'ofBcier de service en tenue irréprochable, mais dormant tranquillement assis devant une table. Il avait le shako sur la tête , l'épée au côté , prêt à marcher au premier appel. Une feuille de papier, des plumes et une écrifoire se trouvaient sur la table. L'Empereur fil signe à la sentinelle de le laisser entrer sans trahir son incognito. L'officier dormait toujours. Nicolas s'approcha de lui, et jetant un coup d'œil rapide sur le papier, il lut les lignes suivantes :
Etat de me$ dépenses et de mes recettes.
Doit. Rooblet.
Logement OCM)
Nourriture 000
Chauffage 000
Dettes 000
Pension alimentaire à ma mère. . . 000
Total 000