CHAPITRE D^EUXIÈHE
Pierre le Grand ^ son activité ClMidroyanie, Thisloire ie sa politique et de ses guerres n'entrent pas dans le cadre que je me suis tracé. Pour ie présenter sous son véritable jour, il me su£Bra de citer la fameuse phrase qu'a pronoocée son plus graad antagooisle et le premier géaie de son siècle, Napoléon, phrase que le héros de Waterloo a répétée souvent depuis sur le rocher de Sainte- Hélène : « Si cela rentrait dms les limites de mon pou~ voir, a dit le grand homme, je choisirais Alexandre pour mon soccesseur. Grand cœur, âme noble, rusé comme un Grec du Bas-Empire , fier et superbe comme un vieux Romain, il a été mon ennemi souvent, mais je Tai toujonrs admiré... c'est uo vrai César; Alexandre sérail Je seul homme capable de continuer mon œuvre en Europe, si, au lieu d'être Russe, il était Français. »
Donc, en 1820, nous voyons Alexandre sons le coup d'un découragement profond ; les idées quMl avait manifestées dans son enfance travaillaient dans son esprit comme homme , mais comme souverain leur expression se révélait sous l'aspect d'une tout autre nature. U ne s'agissait plus pour lui d'ane vie calme , de cette vie de famille qu'il avait rêvée sur les bords du Léman à l'heure des illusions; un désespoir sombre, sans consolation et sans antre issue que la tombe, germait dans son âme. Les appréhensions qui avaient assombri T horizon de sa jeunesse l'avaient tourmenté pendant nn règne de vingt ans. Le grand-duc avait été le prophète de l'Empereur*
Nous connaissons, d'après l'histoire, l'activité que l'empereur Alexandre déploya pendant les quinze pre* mières années de son règne. Sans cesse occupé des guerres qui pour champ de bataifle avaient choisi divers pomts de son empire-, soldat par métier, diplo» mate par mécemié ci non par goût, ainsi qu'il le disait
eo HISTOIRE DE L*EMPEIEUR NICOLAS.
lui-même y 11 passa les (rois quarts de sa vie hors de chez lui (textuel).
L'ardeur de ses premières passions avait fait place à une défaillance morale d'autant plus alarmante y que tous les moyens employés pour la combattre n'avalent servi qu'à prouver leur impuissance. L'influence que madame Krudner exerça alors sur son esprit aggrava le mal par ses tendances mystiques et idéologues.
Retiré dans sa résidence de Tsarskoé-Sélo , Alexandre ressemblait plutôt à un cénobite qui expie ses fautes qu'à un souverain occupé du bonheur de son empire. Le diadème d'or s'était changé , sur son front pâli avant l'âge y en une couronne d'épines. Il lui passait sur le front comme des nuages sombres, que des souvenirs terribles éclairaient parfois en mettant sous ses yeux le pâle fantôme de son père assassiné.
Levé à six heures pendant l'hiver, à cinq heures en été, Alexandre faisait ses prières, puis il entrait dans son cabinet pour expédier les affaires courantes. Son courrier terminé, il descendait dans le parc, oii, malgré les bruits de conspiration qui l'assiégeaient chaque jour, il se promenait toujours seul sans autres gardes que les sentinelles du palais. Le reste du jour, entouré d'où-, vrages mystiques, il oubliait, les yeux tournés vers le ciel , l'œuvre que Dieu lui avait imposée sur la terre.
A cette époque , la famille impériale se composait de l'impératrice mère Marie, de l'impératrice régnante Elisabeth, du grand-duc Constantin, présomptif héritier du trône , du grand-duc Nicolas et du grand-duc Michel. Constantin, vice-roi de Pologne, se livrait avec une ardeur qui ressemblait à de la passion aux études et aux exercices militaires qui convenaient le mieux à sa nature énergique et farouche. Nicolas, son frère, d'un carac-