‹ Histoire de l'Empereur Nicolas (trente années de règne)Chapitre 166 sur 331 · CHAPITRE TREIZIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE TREIZIEME

« Les grains que je possède m'ont coûté si cher, répondit le marchand accapareur, que je ne puis les livrer à moins sans perte. ^

— Dans ce cas, ajouta l'Empereur, je ne veux pas que ce brave homme se ruine. J'exige donc que pas une mesure de blé ne sorte de ses magasins à un prix inférieur à celui qu'il a fixé lui-méma »

Et au même inslant, il donna Tordre que les farines déposées en réserve dans les magasins de la couronne fussent vendues en détail au prix de leur acquisition. En moins d'un an, l'accapareur avait réalisé.... 420,000 francs de perte.

Pour (aire diversion au triste tableau de deuil que nous avons esquissé au vol de notre plume, revenons au sujet principal de cette histoire. Examinons par des faits particuliers jusqu'à quel point se trouve justifié le prestige que l'empereur Nicolas exerçait sur ses sujets. Ce respect porté jusqu'à l'adoration faisait de cet empereur non pas seulement un maître, un père, mais un dieu.

De toutes les vertus qui constituent la véritable grandeur d'âme des hommes illustres immortalisés par l'his* toire, il en est une qui se recommande plus particulièrement à l'admiration, c'est le sentiment de justice qui dicte aux natures d'élite l'aveu de leurs fautes et leur inspire le désir de la réparation. Ce sentiment si rare frappe davantage encore l'imagination, lorsqu'il se révèle chez un prince habitué à commander en maître absolu. Nicolas possédait cette vertu au suprême degré, elle faisait relief pour ainsi dire à son noble caractère et ajoutait une majesté morale à la majesté de sa figure , rehaussée par la force de volonté qu'il puisait dans la conviction des grandes destinées confiées à sa puissance souveraine. L'une des préoccupalions constantes de sa

vie était de doter Fempire d'une forte armée, qui, par sa puissante organisation et son instruction , (ut le digne dépositaire de l'honneur national et la représentation vivante des intérêts du pays; à cette pensée il rapportait toute la fougue de sa nature énergique. De là, ses impatiences et ses emportements, lorsque dans une manœuvre militaire une faute partielle, un faux mouvement venaient à en altérer Pensemble.

Un jour, à Tépoque des exercices annuels de la garde impériale dans les environs de Tsarskoé-Sélo, Nicolas envoya son aide de camp, le prince Radziwill, porter Tordre au général Penchergewsky , chef de la deuxième division légère, de charger l'ennemi supposé, en dépassant avec ses troupes le flanc droit de l'artillerie en position. Le prince Radziwill, soit qu'il eût mal compris ou mal interprété cet ordre , le transmit à faux au général Penchergewsky, qui, contrairement aux intentions de l'Empereur, déploya sa division à la gauche de rartillerie. Furieux, Nicolas lança son cheval dans la direction de ce général et lui reprocha en termes d'une violence extrême cette fausse manœuvre.

a Vous ne connaissez donc pas votre métier? loi dit-il. Vous devriez retourner à l'école. »

Le général, offensé publiquement, répondit qu'il s'était conformé aux ordres reçus.

a De qui tenez -vous ces ordres? » reprit l'Empereur, de plus en plus exaspéré.

Le général Penchergewsky ne voulant pas faire éclater sur le prince Radziwill l'orage qui grondait sur sa télé, répondit qu'il l'avait oublié.

tt Comme votre métier, répliqua Nicolas. Vous devriez avoir honte de forfaire à la vérité, n Et il lui tourna brusquement le dos.

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