‹ Histoire de l'Empereur Nicolas (trente années de règne)Chapitre 167 sur 331 · CHAPITRE TREIZIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE TREIZIEME

Le soir même Je prince Radziwiil se présenta devant TEmpereur, et lui dit ;

tt Je n*ai pu venir à vous plus tôt, Sire, pour remplir un devoir rigoureux auprès de Votre Majesté.

— De quoi s'agit-il ?

— Le général que vous avez réprimandé ce matin n'est pas coupable.

— Qui donc Test à sa place?

— Celui qui lui a mal transmis Tordre de Volrc Majesté. Le véritable coupable, Sire, c^est moi.

— J'apprécie votre loyale franchise, répliqua l'Em* pereur; mais une faute a été commise, elle doit être expiée : vous n'ignorez pas que vous méritez les arrêts. Demain matin vous ferez rassembler les chefs de corps devant ma tente, et vous aurez soin de vous trouver avec eux... Allez. »

Le lendemain, Nicolas, sortant à l'heure indiquée, trouva réunis devant sa tente tous les généraux et les of- Aciers supérieurs de la garde. Son front était soucieux, tf Je vous ai fait rassembler ici, messieurs, leur dit-il, pour remplir un devoir de loyale et bonne justice. On se plaît à dire que je suid un grand homme; les flatteurs et les courtisans me posent de mon vivant sur un piédestal que je ne mérite point. Malgré moi , je le sais , mais je n'en suis pas moins répréhensible, j'ai des mouvements d'irritation, des intempérances de caractère que j'aurais pu réprimer, si, dans ma première enfance, ma mère avait su modérer mon ardente nature. Souvent les impressions que je subis me rendent injuste ; je l'ai été hier envers un brave officier que j'aime et que j'estime. Général Penchergewsky, approchez... »

Le général fit trois pas en avant. L'Empereur reprit :

tt Hier, je vous ai offensé publiquement; je tous fais mes excuses devant tous, me pardonnez-vous? »

Penchergewsky, profondément ému, inclina sa télé pour dérober aux regards une larme peut^tre.... « Sur mon cœurl » s'écria Nicolas; et, l'attirant dans ses bras, il le serra sur sa poitrine. Se tournant ensuite vers le , prince Radziwill, il l'embrassa, disant : a Je n'oublierai jamais l'occasion que vous m'avez offerte d'avouer mes torts et de faire une juste réparation au brave et digne général Penchergewsky.

L'exécution du grand œuvre que Nicolas avait conçu dès son avènement au trône , et qui avec les années devenait toujours plus net à ses yeux , le maintenait dans cette activité dévorante qui de l'autocrate de Russie faisait l'homme le plus occupé de son empire. A&a de pouvoir porter dans tous ses détails l'immense fardeau des affaires de l'Etat, il observait rigoureusement le règlement de vie qu'il s'était tracé, et duquel il ne déviait jamais que sous le coup d'une force majeure.

II se levait régulièrement à sept heures en toute saison, et prenait une douche d'eau froide au moyen d'un appareil dressé dans une armoire de son appartement. Après cette opération, il jetait sur ses épaules un vieux pardessus militaire qui lui servait de robe de chambre, et préparait le travail du jour; puis il prenait une tasse de café noir. De huit à neuf heures , en été comme en hiver, par tous les temps et toujours en habit militaire, il faisait une promenade autour du palais. Il ne quittait jamais l'uniforme. Tout ce qu'il se permettait dans son cabinet ou dans l'intérieur de sa famille, c'était d'en ôter les lourdes épaulettes et de dégrafer le col. A neuf heures il recevait ses ministres; à dix heures il allait saluer l'Impératrice, embrasser ses enfants et passer

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