‹ Histoire de l'Empereur Nicolas (trente années de règne)Chapitre 170 sur 331 · CHAPITRE TREIZIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE TREIZIEME

tt L'Empereur est d'ane telle sévérité pour moi , que je ne puis répondre à votre question.

— Je comprends. Vous l'aimez peu, vous ne l'aimez guère, vous ne l'aimez pas, comme dit la chanson.... Tant pis, car je vous aurais prié de me rendre un service.

— Lequel?

— Celui de lui faire parvenir la carte de mes prix courants. Mes crus sont excellents, mes prix modérés, deux excellentes recommandations qui remplacent avec avantage celles que je n'ai point.

— Je puis faire mieux encore pour vous.

— Serait-ce possible, mon eolanel?

— Je puis vous présenter au maître d'iiôtd de Sa Majesté.

— Quand cela?

— Demain matin , si vous le désirez.

— A quelle heure ?

— A dix heures précises.

— Où?

— Au palais d'hiver; je vous attendrai devant la grande porte, mais soyez exact.

— C'est convenu, mon général^ j'apporterai des échantillons, et si j'obtiens une commande, comme je l'espère, nous nous flanquerons une culotte soignée au restaurant Dussaut , nous nous griserons à la santé de l'Empereur. »

Sur ces entreCaites , les deux promeneurs étaient arrivés sur la place du palais d'hiver.

a FaitesHDDoi le plaisir de jeter votre cigare, dit l'officier au Bordelais, car les hommes de garde an palais pourraient noffs voir et me considérer comme complice de votre contravention.

IG HISTOIRK DE LKMPËRECR MGOLAS.

— Bien volontiers^ y» répondit le fumeur; et joignant le geste à la parole , il lança dans l'espace le bout de son cigare enflammé.

L'officier regarda sa montre; elle marquait huit heures.

tt Pardonnez -moi 9 dit-il, si je suis forcé de vous quitter ; mon service me réclame. Nous nous reverrons demain , si vous n'oubliez pas notre rendez-vous.

— Je serai exact ; vous pouvez y compter. Adieu , mon général. »

L'officier disparut dans la cour du palais , et le voyageur rentra à son hôtel en disant : a Quel honneur, si je pouvais écrire sur mon carnet d'ordres le nom de Sa Majesté l'empereur Nicolas , autocrate de Russie , roi de Pologne, etc. »

Le lendemain à dix heures il trouva sa connaissance de la veille se promenant de long en large devant la porte du palais.

tt Eh bien , mon brave , lui demanda-t-il après avoir échangé une cordiale poignée de main, que dois-je espérer?

— La commande que je vous ai promise hier, répondit l'officier. Venez; Sa Majesté, prévenue de votre visite, vous recevra elle-même, n

Un instant après le Bordelais se trouva dans une pièce modestement meublée et n'indiquant en rien la maguiticence d'une demeure impériale.

tt Cet appartement, s'écria-t-il, est donc le bazar de celui qui tient dans ses mains les destinées de soixante millions d'hommes? ma foi, mon brave, vous conviendrez avec moi que votre empereur n'est pas difficile. >>

L'officier sourit et lui demanda s'il avait apporté son carnet.

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