CHAPITRE TREIZIÈME
« Le voici , » répondit le voyageur.
L'officier le prit , le feuilleta pour la forme , et écrivit sur une page vierge encore une importante commande y au bas de laquelle il signa : Nicolas.
— Que vois -je, ô mon Dieul s'écria le commis voyageur en s'inclinant devant l'officier,... vous... Votre Majesté serait...
— L'Empereur, heureux d'avoir pu vous rendre le service que vous avez demandé hier au capitaine Nicolas.
— Cette signature, ajouta le voyageur en la portant à ses lèvres, fera ma fortune...
— A mon tour, répliqua l'Empereur, j'ai une grâce à vous demander, monsieur.
— Oh I parlez , Sire.
— La première, de ne plus fumer dans les rues de Saint-Pétersbourg. — Les Français ne doivent donner
que de bons exemples
Un autre jour, c'était pendant le carnaval, l'immense place qui s'étend du palais d'hiver à celui du sénat était couverte, selon l'usage traditionnel à cette époque de l'année, de montagnes russes, de baraques de saltimbanques, de théâtres forains, de tout ce qui forme les hatchéUs si chers au peuple de Saint-Pétersbourg. Aussi le peuple tout entier se trouvait-il sur cette place, frottant ses peaux de mouton aux riches fourrures de la noblesse et de la cour, qui, elles aussi, étaient venues prendre leur part de la liesse populaire. La foule était si compacte, que les traîneaux, dont la marche est si rapide d'ordinaire, semblaient paralysés par la crainte des accidents... L'un d'entre eux venait de sortir du palais d'hiver : — tous les fronts se découvraient à son passage,
TOSU II. 2
fS . HISTOIRE DE L EUPEREUR NICOLAS.
car il portait la fortune de la Russie : l'empereur Nicolas Tenait st r^)«nir à la joie de son peuple. — Tous les traîneaux lui faisant place, le traîneau impérial se trooi» bientôt à la tête de la file... 11 avait à peine dépassé l'église de Saint-Isaac j qu'une petite fille de huit à dix ans y perçant la foule au risque de se faire écraser, s'élança de son côté et se cramponna derrière le trainean en disant : « Je t'en prie, mon oncle, faisnnoi voiries katcbélis.
— - Volontiers, mon enfant, n lui répondit l'Empereur; et la soulevant dans ses bras, il la déposa près de lai, sur un riche tapis de fourrure. L'enfant était aux anges.... a Oh! que tu es bon, mon oncle, disait-elle, grâce à toi , je verrai donc les katchélis que Batauschka (mon père) n'a jamais voulu montrer à sa petite fille.
— Comment t'appelles^tu?
— Nadine...
— C'est un nom joli comme toi... » La petite fille en effet était charmante de visage et d'esprit; c'était un plaisir de la voir s'entretenir familièrement avec l'Empereur, qui se plaisait à l'accabler de questions auxquelles celle-ci rép<mdait par de fiues saUlies. Tous les promeneurs étaient ravis : — les hommes applaudissaient , les mères enviaient pour les leurs le sort de la petite fille, qui ne comprenait nullement le bonheur du sien.
Après avoir bien montré à Nadine les katchélis tant désirés, l'Empereur lui dit : a Maintenant que tu cranais ton oncle, veux-tu faire la connaissance de ta tante?
— Je ne demande pas mieux , si elle est aussi bonne que vous êtes bon...
— Tu en jugeras, viens... » Et il se dirigea avec elle vers le palais. « Où me conduisez - vous donc ainsi?