‹ Histoire de l'Empereur Nicolas (trente années de règne)Chapitre 172 sur 331 · CHAPITRE TREIZIÈME. . i · texte numérisé non relu

CHAPITRE TREIZIÈME. . i

lai demanda Nadine en passant sous la porte cochère du palais.

— Cliei ta tante... Regardez, dit l'Empereur à l'Impératrice en lui présentant TenfaiiL.. je vous amène une nièee q»e vous ne connaissez pas. » Alexandra, enchantée de l'aventure, mit l'enfant sur ses genoux et la questionna : c'était l'aînée des fiUes d'un modeste employé. L'Impératrice , ravie de ses heureuses dispositions, l'adopta et la fit placer aussitôt dans un établissement de la couronne pour y être élevée à ses frais. Son bon oncle l'Empereur s'est chargé de son avenir.

Tel était l'empereur Nicolas : merveilleux contraste de tendresse et de sévérité, doux parfois comme la miséricorde de Dieu, et implacable d'autres fois comme la fataUté antique, un père et en même temps un juge inexorable, un cœur de jeune fille dans une poitrine de lion, un composé d'Ajax et d'Agamemnon, un arc -enciel dans une tempête, magnifique antithèse; le maître du plus vaste empire du monde et l'esclave de ses devoirs; — devant qui tout tremblait, et qui iremblait lui-même devant l'ombre d'une mauvaise pensée ; cœur d'or, bras de fer, Iliade vivante, figure monumentale placée par Dieu entre l'Europe et l'Asie comme un jalon entre la barbarie qui s'en va et la civilisation qui vient.

A quatre heures , il dînait en famille ; rarement quelques élus se trouvaient conviés à sa table, toujours modestement servie. Comme tous les Russes, il mangeait très-vite, avec on excellent appétit, et préférait à des mets succulents une nourriture maigre quoique substantielle. Il buvait de l'eau pure, quelquefois un seul petit verre de vin, jamais de liqueurs et de boissons fortes. Il observait rigoureusement les quatre carêmes

et les jours d^absliDCDce prescrits par la religion russe. Chef de la religion, il en donnait en tout et pirtool Texemple. Les frais de sa table comme ceux de sa maison étaient calculés avec un ordre et une économie qui auraient fait honneur à la meilleure ménagère. Le livre de ses dépenses était tenu comme celui d'un négociant retiré des affaires. — Longtemps avant son avènement au trône, il sMtait fait à ces habitudes de sage économie qui, tout en rendant difficiles les pertes acceptées dans les grandes maisons, ne l'empechaient pas de suivre à Toccasion ses instincts généreux. 11 se contentait de peu pour lui, afin de pouvoir beaucoup pour les autres... N'étant encore que grand-duc, il avait alloué pour le service de sa table une somme de cinquante roubles par mois; c'était laisser peu de prise à la rapine de ses maîtres d'hôtel , aussi lorsqu'il fol proclamé empereur cherchaient-ils à obtenir un crédit supplémentaire... L'un d'eux, un Français qui a fait une belle fortune à son service, lui demanda un jour avec cette audace qui caractérise la valetaille des maisons princières, de combien de roubles il pouvail disposer par mois pour la table de Sa Majesté.

a Cinquante roubles me suffisent comme par le passé, lui répondit l'Empereur.

— Mais, Sire, votre prédécesseur dépensait mille roubles pour sa table.

— C'est que sans doute il avait un meilleur appétit que le mien.

— Votre Majesté me permettra de lui faire observer que cinquante roubles sont insuffisants pour le menu de TEmpereur.

— Tu crois donc que l'estomac de Ma Majesté a pris dix fois plus de développement depuis qu'elle a quitte

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