CHAPITRE TIEIZIÈME
améliorer le sort des eiâployés parlicipani au budget; il prescrivit avec résolution une mesure si utile et en même temps si conforme à la saine morale ; mais les circonstances difficiles dans lesquelles l'État s'était trouvé jusqu'à ce jour l'avaient empêché d'accomplir l'un des plus chers désirs de son cœur. Ce ne fut que dans les derniers jours du mois d'août 1834 qu'il entrevit la possibilité de mettre à exécution ce projet mûri dans sa sagesse. En conséquence, il décida, par un oukase adresse au Sénat dirigeant, sous la date du 29 aoùt-10 septembre, qu'il serait alloué annuellement à partir de l'année 1835 une somme provisoire de deux millions cinq cent mille roubles pour accorder des traitements supplémentaires aax employés dépendant des ministères de la justice et de l'intérieur, qui en avaient le plus pressant besoin. Cette allocation , répartie entre les deux départements , devait être encore augmentée dès la première année pour peu que la possibilité s'en présentât, et graduellement accrue par la suite, jusqu'à ce que la position des employés fût garantie d'une manière solide et correspondante à leurs besoins. En même temps il assigna one allocation égale pour l'armée de terre.
Tout en poursuivant les abus avec une rare persévérance et en cherchant à les détruire au sein d'une société où ils avaient jeté de si profondes racines, Nicolas faisait une juste distinction entre la probité réelle et on désintéressement affecté. Entre mille, en voici un exemple.
Un matin qu'il faisait sa promenade habituelle aux environs du palais, il rencontra un agent de police et lui demanda d'un ton bref qui il était et ce qu'il faisait là. L'agent sans se laisser déconcerter par une interpellation si imprévue, loi répondit qu'il était le chef du quartier TOUS n. 3
» HISTOIRE DE L'EUPERECR IJICOLAS.
de la ville auquel apfiarteoait le palais , et qa'îl faisait
inspection de chaque jour.
« Quel est le chiffre de tes appoinlements deFanDée?
— Une vingtaine de roubles-argent, Sîre. ^- Et combien dépenses-fu annuellenient?
— Trois cents roubles y au oioins.
— As-lu de la fortune?
— Je suis pauvre comme Job, Sire...
— Comment fais-tu donc pour trouver le moyen de dépenser plus que tu ne «jagnes?
— Les propriétaires, les marchaiHis, les babitanis des maisons de mon quartier, ont Thahilade de me donner des étrennes à Noël, à Pâques, et aux jours de grandes fêtes.
— C'est donc par des moyens illîcitea que ta les y forces?
«^ Non, Sire; c'est uniquement pour récompenser les soins que j'apporte à la surveiDanoe àes dvoriks (portiers) et à la sûreté du quartier.
— Et quelle somme chacun d^eux te donne-t-ii?
— Cela dépend de leur fortune ou de leur générosité.
— C'est bien, » lui répondit l'Empereur, et il contiwaa sa promenade.
Le lendemain, l'agent de police, au retour de son inspection, trouva chez lui un ordre qui lui enjoignait de se rendre immédiatement dans les bureaux du grand mailrc de la police de Saint-Pétersbourg. Introdoit auprès du général , celui-ci lui demanda s'il avait parlé a l'Empereur.
a C'<«t l'Empereur qni noi'a parte, répliqua Pagent , je me suis contenté de lui répondre.
— Quel a été le sujet de votre eonveraatioii?»
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L'officier de police raconta alors dans lous ses détails son entreviie de la veille avec TEmpereur.
«Je comprends, maintenant, v dît te général; et lui remettant nn pli cacheté à son adresse, il ajouta : tt Voici ce que je suis chargé de vous remettre de la pail de Sa Majesté, n
L'agent rompît aussitôt l'envetoppe scellée aux armes impériales. Elle contenait une somme de cinq cents roubles, avec l'inscription suivante r « Etrennes dn propriéiaire d» palais d'hher. if
Dans ce lempchlà TEmperenr, occupé sérieusement de Téducation de la jeunesse , comprit la nécessité de lui imprimer une direction plus nationale. La passion prononcée des voyages à l'étranger, qui se faisait re* manper presque partout, tendait à dénaturer l'esprit public : ies jeunes Russes élevés en France, en Angleterre ou CD Allemagne apprenaient superficiellement toutes choses, excepté ce qu'il leur importait le plus de connaître, l'histoire, la géographie, la langue même de leur pays! Trop inexpérimentés pour bien analyser le fond des choses, ils ne rapportaient en Russie des banes de l'école ou des salons do grand monde que les fleurs étiolées et les fruits tarés de la civilisation occidentale* La passion ruineuse du jeu, l'amour effréné du luxe et des plaisirs, des vues et des idées fausses, les fatales désillusions d'une jeunesse vieillie avant le temps, des besoins nonveaux pour une vieillesse anticipée. Toute la science pour eux consistait a parler correctement plusieorf langues, \ s'hdbiller d'^après ies règle» du tailleur ie plus à la mode^ à se présenter d''iine manière irré*priMfaable dans un salon, à comiaitre les romans do jour et à savoir fanre à propos on peu d'opposition.
Pour remédier à cet état de choses, Nicoibs délendit
d*envoyer des jeunes gens à l'étranger , sauf quelques exceptions, pour lesquelles des autorisations spéciales devenaient nécessaires. Les règlements de riDstnictiou publique prescrivaient en outre d'enseigner la langue, la littérature, l'histoire et la statistique nationales.
Les institutions particulières, soumises à une sévère surveillance, furent menacées de suppression dans le cas on elles n'auraient point satisfait aux conditions de leur existence. Il fut aussi interdit aux parents el tuteurs de prendre des instituteurs et des institutrices dont la moralité et la capacité n'auraient pas été préalablement constatées par une des universités de Ten]pire, sous peine d'une amende de 250 roubles, et, en cas de récidive, de l'expulsion hors du pays pour les étrangers et de poursuites judiciaires pour les Russes.
Le même esprit qui avait présidé à ces règlemeois inspira l'oukase du 22 avril-3 mai, apportant de nouvelles entraves à la liberté des voyages et du séjour à l'étranger, fixant en outre le terme de séjour autorisé à l'étranger avec des passe-ports légaux à cinq années pour la noblesse, à trois années pour les individus des autres professions. Aux termes de cet oukase, quiconque muni d'un passe-port en règle demeurerait à l'étranger au delà du terme fixé , devait être considéré comme absent et ses biens mis en tutelle , sauf les droits de la femme el des enfants. Si l'absent invité par la voie des journaux à revenir dans sa patrie persistait à vivre dans l'émigratioa , ses biens resteraient en tutelle jusqu'à sa mort pour être transmis ensuite à ses héritiers. Cependant , si à son retour en Russie l'absent pouvait prouver que des obstacles insurmontables l'avaient empêché de rentrer dans les délais fixés , ses biens devraient lui être restitués avec les revenus perçus.