CHAPITRE DEUXIEME
une Tobe blanche serrée à ift (aille par une ceinture bleue, une véritable fiancée d'archange, avait apparu au grand* duc Constantin. Cette jeune femme, qui devait devenir un jmir le bon ange, Tange gardien de la Pologne, n'était point née sur les marches d'un trône, elle n'avait pas on de ces noms qui servent de greffe aux tiges princières et qui flenrissent dans la serre des cours pour perpétuer les races royales. Comme sa naissance, son nom était obscur; c'était la modeste fille d'un simple gentilhomme , Jeannette de Grudzenska; mais c'était un noble cœur et une ravissante beauté. A la vue de cette blanche apparition, l'homme aux passions ardentes, absolues, qui d'un regard faisait trembler tout un peuple, sentit s'opérer en lui une étrange transformation.. •• L'homme indomptahle qui devait régner par droit de naissance sur la septième partie du globe, tomba comme foudroyé par l'éclair des yeux d'une fille presque sans nom!... De ce moment son sort et les destinées futures de la Russie furent décidées. Pâle et tremblant à son tour, lui qui n'avait jamais tremblé et pâli que de colère, il déposa aux pieds de la jeune fille son titre de Césarovdtsch, sa double couronne d'Orient et d'Occident, sa fortune et son cœur.
Le jour même, en échange de son amour et de son noiDj Jeannette de Grudzenska reçut pour cadeau de noces, de la part de l'empereur Alexandre, le titre de princesse de Lowicz.
Ce fut le 1** avril 1820 que fut déclaré le divorce dn grand-duc Constantin avec la grande-duchesse Anne de Hollande , et le 1*' juin de la même année que fut célébré son mariage avec la princesse de Lowicz. Le jour même de cette cérémonie parut un manifeste émané de l'Empereur, par lequel tout membre de la famille impé-
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m HISTOIRE DE L'EMPEREIR NICOLAS.
ride qui épouserait une princesse n'Apparteflanit poiat aux familles régoantes^ ne pourrait élre apte à revend!i^pier les droits dos aux têtes couronnées y et que les enfonts issus de ces mariages ne pourraient, en aucun cas, liériter de la couronne de leurs pères. Evidemment , ce manifeste, d'accord avec l'entretien précité de l'empereur Alexandre avec le grand*duc Nicolas , renforçait la valeur des idées conçues et préméditées au sujet de la ecmcessioh directe au trône.
Ces mêmes idées trouvèrent une nouvelle force et forent communiquées plus tard par le grand-duc Constantin à son frère le grand-doc Michel qu'il aimait d'une amitié toute particulière, malgré la grande différence d'âge qui existait entre eux.
C'était en 1 821 ; rétabli d'une maladie sérieuse qui avait motivé son séjour aux bains d'Ems, le grand-duc Michel s'était rendu de Carlsbad à Varsovie, où l'on attendait également le grand-duc Nicolas et sa femme. Un jour, pendant une promenade en voiture que le vice-roi de Pologne faisait avec son frère Michel , il entama la conversation suivante :
«Tu sais, mon ami, l'affection sincère et dévouée que je te porte... Eh bien, je me reproche de t'avoir caché jusqu'à ce moment un mystère qui pèse sur mon cœur. ...
— Tu as eu des raisons sans doute pour cela, répondit le grand-duc Michel.
— Ces raisons n'existent plus; je veux t'ouvrir toute mon âme.... L'inquiétude sombre et maladive de l'Empereur notre auguste frère est un symptôme qui renferme à mes yeux des pressentiments dont je ne puis me défendre. Dieu veuille nous préserver longtemps encore 4u malheur qui nous menace ; mais souviens-toi de ce que
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je te dis en ce momeat, Michel, Vaûge de la mort a déployé ses ailes sur notre famille.... » Il y eot alors entre les deux frèi*es vn momeni de silence triste et solennel comne le sujet de cet entretien. Constantin le rompit le premier, a Si le malbenr que je prévois dans un ferme pins oo moins rapproché, dit-il, arrive de mon vivant. . . , je suis irrévocablement décidé à....
— Te consacrer entièrement au bonheur de la Russie ! s'écria Michel en interrompant la phrase commencée et dont instinctivement il comprenait la fin
«— - Oui , mon frère.
— Ohl merci t fit Michel abusé sur le sens de cette réponse. ..»
— Oui , reprit Constantin, j'assurerai le bonheor de la Russie en refusant, ao profit d'un autre, ta couronne qui me semble ao-dessos de mes ibrces.
— Cette résolution est-elle sérieuse?
— Irrévocable... je te l'ai dit; irrévocable et basée sur des raisons si puissantes que rien au monde ne saurait les détruire.... Eu premier lieu, j'aime et j'cs* time trop le caractère de notre frère Alexandre pour me croire un seul instant digne de loi succéder. En second lien , j'ai épousé une femme qui , loin d'appartenir à nne famille régnante, est catholique et Polonaise, double raison d'antipathie pour les Russes. Placé dans ces conditions, quel rôle pourrais-je jouer, je te le demande, comme empereur, et quels seraient mes rapports avec mon peuple?... Quel rôle l'impératrice elle-même jouerait-elle sous le manteau d'hermine qui n'aurait pas été taillé pour ses épaules? Que diraient nos grands seigneurs en apercevant sur le front d'une simple bourgeoise le diadème de la grande Catherine? Ce serait chaque jour une lutte incessante entre mes
devoirs et mes affections, entre mon amour et mon amour-propre. Mon parti est pris : ton frère Constantin ne sera jamais empereur.... Enfin, veux-tu savoir ma pensée tout entière... je vais te la dire : En mon âme et conscience , notre frère Nicolas , je te le déclare , me semble sous tous les rapports plus digne que moi des hautes destinées que la Providence impose aux souverains.... Un seul degré sépare Nicolas du pouvoir souverain, je le brise en abdiquant mes droits en sa faveur, et quand l'heure aura sonné sous le doigt de Dieu, qui dispose comme il lui plaît des peuples et des rois, je serai le premier à lui faire de mon genou un marche-pied pour monter au trône où ma place était marquée. »
Le grand-duc Michel écoutait avec une silencieuse admiration cette profession de foi aussi noble dans son expression que désintéressée dans ses résultats.
Constantin reprit :
4( Le secret que je viens de te confier doit rester entre nous, en famille; cependant, si Toccasion s'en présentait un jour, si Nicolas te consultait à ce sujet, fais-lui part de mes intentions; dis-lui qu'elles sont inébranlables, que mon abdication est désormais un fait accompli , que dès ce jour je le regarde comme mon futur empereur, que le premier je prêterai serment entre ses mains, que je serai toujours le plus fidèle de ses sujets, le plus dévoué à sa personne, à sa famille, à son fils peut-être plus encore qu'à lui-même , puisque son fils Alexandre, avec le nom de mon bienfaiteur, porte la fortune à venir de la Russie. »
Le soir de ce jour-là, le grand-duc Constantin redou* bla d'amour et d'attentions délicates pour sa femme; jamais il n'avait paru plus joyeux , plus satisfait de lui*-