CHAPITRE TREIZIEME
heureuse et la plas florissante, a été payé par la plus noire ingratitude.
» Vous n'avez jamais pu vous contenter de la position la plus avantageuse et vous avez fini par briser vousmêmes votre bonheur. Je vous dis ici la vérité pour éclairer noire position respective et pour que vous sachiez bien à quoi vous en tenir, car je vous vois et je vous parle pour la première fois depuis votre révolte.
r> Ce qu'il me faut, messieurs, ce sont des actions et non des paroles; ce que je veux, c'est que le repentir vous vienne du cœur. Je vous parle sans colère, vous voyez que je suis calme; je n'ai point de rancune : j'ai pardonné les offenses dirigées contre moi et ma famille. Alon désir est de rendre le bien pour le mal et de faire votre bonheur malgré vous ; je l'ai promis devant Dieu , et je ne trahis pas mes serments. Le maréchal que voici remplit mes intentions, il me seconde dans mes projets et pense aussi à votre bien-être. »
il ce passage, les membres de la députation saluèrent le maréchal Paskevitch.
«Eh bien, messieurs, s'écria le Czar, que signifient ces salufs? Avant tout, il faut remplir ses devoirs, il faut se conduire en honnêtes gens. Vous avez à choisir, messieurs, entre deux partis, ou persister dans vos illusions d'une Pologne indépendante, ou vivre tranquillement et en sujets fidèles sous mon gouvernement.
» Si vous vous entêtez à conserver vos rêves de nationalité distincte, de Pologne indépendante et de toutes ces chimères, vous ne pouvez attirer sur vous que de grands malheurs. J'ai fait élever ici la citadelle, et je vous déclare qu'à la moindre émeute je fercii foudroyer la ville j je détruirai Varsovie, et certes ce ne sera pas moi (pii la rebâtirai.
42 HISTOIRE DE LËIIPEJIEUR MGOLAS.
V II m'est très -pénible de vous parler aiosi, il est pénible à un souverain de traiter ainsi ses sujets, mais j'agis ainsi pour votre propre bien. C'est à vous, messieurs, de mériter l'oubli du passé; ce n'est que par voire conduite et votre dévouement à mon gouvernement que vous pourrez y parvenir.
» Je sais qu'il y a des correspondances avec l'étranger, qu'on fait parvenir ici de mauvais écrits, et ^ue Ton tâche de pervertir les esprits ] mais la meilleure police du monde, avec une frontière comme la vôtre, ne peut empêcher les rapports clandestins 3 c'est à vousHaaémes à faire la police et à écarter le maL
n C'est en élevant bien vos entants, en leur inculquant des principes de religion et de fidélité à leur souverain , que vous pourrez rester dans la bonne voie. Et au milieu de tous ces troubles qui agilent l'Europe et de toutes ces doctrines qui ébranlent l'édifice social , il n'y a que la Russie qui reste forte et intacte.
» Croyez-moi, messieurs, c'est un vrai bonheur d'appartenir à ce pays et de jouir de sa protection. Si vous vous conduisez bien, si vous remplissez tous vos devoirs, ma sollicitude paternelle s'étendra sur vous tous, el malgré tout ce qui s'est passé mon gouvernement pensera toujours à votre bien-être. Rappelez-vous bien ce que je vous ai dit. »
Ce discours, auquel manquait pour geste la non moins fameuse cravache de Louis XIV, fut jugé sévèrement en Europe, trop sévèrement peut-être. Du reste, l'empereur Nicolas, en le prononçant, fut le premier à le sentir et à l'exprimer : a II m'est très-pénible de vous parler ainsi, il est pénible à un souverain de traiter ainsi ses sujets, etc. » Les publicistes qui l'ont attaqué avec une égale violence , AI. Saint-Marc Girardin entre