CHAPITRE TBRIZIÈME
parades militaires qui eurent lieu à Kaliseh de concert arec les troupes rosses et prussiennes.
Tout avait été calculé pour donner à ces fêles y pré* sidées par les souverains du Nord, un caractère oiagni* fiqne et imposant. Rien ne fut épargné, on ne recula même pas devant les dépenses énormes occasionnées par la mise en campagne de deux armées fortes d'envi* roa quatre- vingt mille hommes , au nombre desquels on remarquait, outre dix mille soldats de la garde impériale amenés par mer de Saint-Pétersbourg a Dantiick, des régiments de cavalerie composés d'Asiatiques musulmans et cosaques. Les manœuvres com-* mencerent le 12 septembre en présence de l'empereur de Russie , du roi de Prusse , des princes et des princesses de leurs familles, de deux archiducs d'Aulriche et d'une foule de personnages éminents des dedx cours. Elles durèrent huit jours. L'impératrice de Russie y prit plus d'one fois une part active : revêtue d'un brillant costume enrichi de diamants, montée sur un cheval superbe, elle fit défiler son régiment, à la satisfaction de son père et de son époux.
Soixante-dix bataillons d'infanterie, quatre-vingts escadrons àé cavalerie réunis sur ce point sous la prolectioo de deux cent soixante bouches à feu représentèrent en grand le simulacre de la guerre avec une irréprochable précision.
Ces jeux guerriers furent entremêlés de cérémonies religieuses, de bals, de concerts, de festins, de représealatlons théâtrales, de feux d'artifice, d'échange d'uniformes et de décorations entre les princes russes et prussiens. Mais , au grand désappointement des oracles qui avaient prédit une démonstration plus décisive, tout se borna à du bruit et à de la fumée. Le véritable but des
J^ HISTOmS Dfi L'eMPERBUR NICOLAS.
manœuvres de Kalisch n^était autre que celui de consolider l'alliance de la Rnssie avec la Prusse, et d'éveiiler un es{yrit de fraternité entre les troupes des deux nations.
Immédiatement apr^s la levée du camp , les deux monarques se rendirent à Tœplitz , &k ils rencontrèrent le nouvel empereur d'Autriche, Ferdinand , qui venait de succéder à François, atteint subitement le 24 février d'une pleurésie à laquelle il succomba le 2 mars.
De Tœplitz, les empereurs de Russie et d'Autricke se rendirent à Prague avec leurs cours. Enfin une rapide excursion de Nicolas à Vienne , oà personne ne Pattendait, pas même s(m ambassadeur, fut le dernier incident de son voyage à l'étranger.
Toutes les tentatives faites pour renouer le faisceao de la sainte alliance et le former devant le libéralisme en marche échouèrent en partie, car rAutriehe redoutait moins à cette heure la contagion des idées révolutionnaires que les progrès envahissants de la Russie en Orient Plusieurs causes de difficultés avaient déjà surgi entre ces deux Etats.
Les récents traités d'Andrinople et de Kounkiar-Skelesst étaient de puissants motifs donnés à l'Autriche pour surveiller phitdt que pour seconder les plans de la Russie, à qui l'article 3 du traité d^Andrinople concédant la possession militaire des fies qui forment le delta du Danube, plaçait désormais sous le contrôle de cette puissance les embouchures de ce grand fleuve. Le Danube n'était plus libre. La douane rosse préievait maintenant des droits sur les bâtiments autrichieos à l'entrée et à la sortie d'un fleuve que Fempereur Napoléon considérait comme le premier de l'Europe, en raison de ses cinq cents lieues de parcoure ef de ses cent vingt affluents navigables.
Le jo^ement dernier. — Affreux sinistre. — Le canot de Pierre le Grand. — Fête sécvltir». -^ Gaem in CaacaM. — Aocideot die rSnpereiir. — Mort du rai Chariet X. ^ Regrets de Nicolas. — Gaptore de^Vixen. — Toaniée d'inspection. — Fêtes militaires. — Faveurs accordées i 1* Eglise catholique. — Incendie da piUit d'hiver. — Aotton de coonge et de dérosemenl. -*- Gdaéroilté éa peuple msse. — Ookase de l'Emperenr. — Rescrit de l'Impëratrice. — Ua sac de roubles. — Première pierre de la reconstruction du palais d'hiver. — Revers des âmes rnssee dans le Caucase. — inetgiqw politiqm de Nfciiiae. ^ Adfitnies , progrès , améliorations. — Question des Indes. — Défiances de l'Angleterre. -^ Deux noaveaax sinistrée. ~ Une feaime ferte. ~» Fiançailles de la grande-dacbetse Marie* — Efforts des Russes dans le Caucase. -^ Hanng^e eakphatique. — Énergique réponse. — Supplique à l'Angleterre. — Opposition de Sehanfl. *• Nkelâs déclare in gnerre n« khan àe KJltva. •** Apostaaie dee Grées unis. — Manœuvres perfides. — Attitude du saint siège. — Protestation de Grégoire XVI. — Echange de notes entre la cotr de Rome et le cabinet de Saint- PéterslMNu^ — Penéoutioaa reUgieuses. -^ Prospérité de la ftosBie.
L'année 1837 commença sous de tristes auspices. Un épouvantable sinistre éclatant tout à coup au milien des fêtes do carnaval répandit te deuil et la consternation au sein de la population de SaintJVtersbonrj. C'était le 2-14 février sur les quatre heures de l'après-midi. Une affluence considérabie de spectateurs désireux d'assister à la première représentation d\me pièce intitulée fe JugemeiU dernier, se pressait dans une vaste baraque élevée svr la place de l' Amirauté par les soins d'un nommé Lebmann , diredeor d'une troupe de comédiens fort aim^ du public. Le ckrgé s'était d'abord opposé à ce que cette représentation eèA lieu un dimancbe, par anticipation sur les fêtes du carnaval y qui ne devaient commencer que le lendemain lundi; mais Paatorité laïque em avait décidé autrement. Quelques instants avant le lever du rideao, le directeur Lehmann, sous le
coslume de paillasse, se- présenta fout effaré dewant U rampe, et s*écria : a Sauvez-votis , le feu est au thééire. -? Le public , croyant que cet avertissement était ua lazzi du comédien, se mit à l'applaudir sans quitter les places qu'il avait eu tant de peine à se procurer, u Sautezvous, » répéta Lehmann; et pour donner plus de poids à ses cris de détresse , il fit lever le rideau et ouvrir hait larges portes. Au même instant de longs jets de flammes se répandirent dans la salle. Un cri d'effroi retentit au sein de la foule , qui se précipita dans toutes les directions pour trouver un salut devenu impossible. II était trop tard : quelques personnes seulement purent échapper au sinistre. Les autres, entassées, culbutées auii portes de sortie, formèrent une barricade humaine infranchissable. L'Empereur, qui dans ce moment se trouvait à l'une des'^fenétres du palais, aperçut l'un des premiers les clartés de l'incendie , et l'un des premiers il apparut sur la scène du sinistre pour diriger en personne les secours.
Pendant ce temps , les pompes des divers quartiers étaient arrivées : des détachements des régiments de la garde les plus rapprochés, gardes à cheval Préobrajensky et Pavlosky., vinrent en toute hâte leur prêter secours. Tout ce que l'on pouvait tenter pour sauver les victimes fut entrepris; l'Empereur, dominant de sa haute taille cet afireux spectacle , animait du geste et de la voix les travailleurs. Des actes d'un courage inouï se firent sous ses yeux. Un simple paysan nommé Tikhon Savelieff, appartenant à une terre de la princesse Galitxin dans le gouvernement de Saratoff, se précipitant dans cet océan de feu , retira huit personnes sous les yeux de Nicolas, qui le récompensa généreusement plus tard. Toutes les dasses de la sociéié rivalisaient de dé-