CHAPITRE QUATORZIÈME
vouement et d'intrépidité. Vains efforts; les ftamoiesy enlonrant de toutes parts la baraque , en avaient fait une fournaise ardente où pour huit cents personnes dévorées vivantes le titre de la pièce annoncée allait devenir une affreuse vérité. Malgré Théroïsme et le zèle déployés pour arracher à la mort quelques victimes , la toiture s'écroulant avec fracas écrasa sons ses décombres les malheureux que les flammes avaient épargnés.
Nicolas, en proie à un sombre désespoir, ne quitta la scène du sinistre qu'après avoir vu retirer jusqu'au dernier des cadavres de ces ruines fumantes. Les morts furent transportés en masses informes, calcinées, sans nom , à l'hôpital d'Oboukhoff. Les blessés respirant encore et transportés dans les salles de l'Amirauté furent confiés aux soins des médecins accourus de tous les quartiers de la capitale. Le peuple, couvrant la place au nombre d'environ cinquante mille hommes, montra dans cette circonstance tout ce que peut exercer de salutaire influence sur les masses russes la présence du souverain et le sentiment d'un grand malheur. Sans aucun frein qui pût le retenir, on le vit observer le pins grand ordre et un religieux silence, ouvrant une large voie au passage des pompes, ainsi qu'aux traîneaux qui transportaient les morts et les blessés, de sorte qu'avant la nuit toutes les mesures que nécessitait ce malheureux événement avaient été exécutées avec le succès qu'on pouvait espérer en de pareilles circonstances.
Le même jour il devait y avoir un bal à l'assemblée de la noblesse. L'heure avancée à laquelle avait eu lieu le sinistre de la place de l'Amirauté n'ayant pas permis de contremander cette fête, la noblesse du gouvernement de Saint-Pétersbourg, sur la proposition du grand écnyer prince Dolgorouky, son maréchal, s'empressa
de convertir le bal en une assemblée de charité. Une aouscriptioD ouverte eu laveur des blessés, des veuves et des orphelios produisit en quelques iostauls une «omme de I29OOO roubies. Cette somme ne tarda pas k s'élever au chiffre de 43,804 roubles, proveuaot en grande partie des dons de Leurs Majestés Impériales et des membres de leur £amille« L'Empereur accorda en outre plusieurs pensions, exemptions d'impôts et aolres tikvenrg aux parents de queUfoes victimes. Sor son ordre, un assez grand nombre d'orphelins furent placés dans divers établissements de la couronne. Pendant plusieurs jours, ce déplorable événement répandit une teinte sombre sur l'aspect général de Saint-Pétersbourg.
Le souvenir de ce sinistre n'était point encore eSacé, que les habitants de la capitale furent conviés à une cérémoknie qui ne s'était pas renouvelée depuis cent Lneiie ans, et dont le canot de Pierre le firand devait avoir tous les honneurs. L'histoire àe ce canot est intéressante. Construit en Angleterre ponr le boj^ard Miidta Romanoff , aïeul ^ Pierre le Grand , il avait servi dans la suite aux promenades nautiques du ecar Alexis Mikfaaîlovitch, et avail été retrouvé par Pierre soim un hangar du village d'Yzmaîlovo. D'après le désir de ce souverain, un Hollandais, nommé Bra&dt, contre maître des «ooslructions navales, r^ara cette embarcatàoa, y adapta une voile et la lança sur la Yaornee et les lacs environnant Mascon.
De cette sim|de barqne naquit dans le coeur et Pierre la pensée de créer une marine russe. A la voix de ce grand homme, les eaux de la mer Blanche furent bîeatot sallonnées par de nombreux vaisseaux, et de pennes marins formés d'abord à l'école des revers ne tardèrent pas à rsparaitre avec succès sur les eanx de la Baitifae.