CHAPITRE OCATORK.IÈUE. M
Un jour, Pierre le Grand se rappelMit <pi'îl devait à ce iféle vaiftseau la pensée première et féconde de la création d'une flotte, résolut de lui rendre de pompeux faonnevrs. En eonaéqoence , par une belle matinée da printemps de 1723, le canot fut transporté de Moscou à Schlusselbourg, et le 28 mai-9 juin l'Empereur s'y embarqua pour descendre la Neva jueqo'à Saint-Pétersbourg, où l'Impératrice atec la flotte des galères l'attendait au lieu où s'élèc^ aujourd'hui te monastère de Soioinoî : de là^ 3 continua sa marche solennelle jusqu'à l'église de la Trinité. Alors mettant pied à terre, Pierre, l'Impératrice et leur suite se rendirent dans cette cathé* drale , où ils enteudtrent la messe et assistèrent à un Tê Demn, accompagné des salves de l'arlillerte. Puis, à la saite d'un spleodide repas et d'un brillant feu d'artifice, le canot fut mis à cMvert près de l'église el reçut ung jarde d'honneur.
Le 11 uoàt de la méase année, Pierre passant en revue la flotte de la Baltique, fit conduire le canol, qu'il avait baptisé du nom de Y Aïeul de la flotte russe, au milieu des bâtiments qui lui devaient leur naissance. Il ordonna ensuite que le 30 août de chaque année, YAUtd de la flotte russe , accompagné d<e ton» les vaisseaux à l'ancre dans le port, serait conduit en grande pompe de la forteresse au monastère de Nevsky. A la fin àe la messe, un archevêque en habits pontificauK et assisté de son clergé devait sortir processionnellêment du monastère pour donner la bénédiction au canot. Tant (p% vécut Pierre, cette cérémouio fut rigoureusemeni observée; «Mis après sa mort eHe tomba en désuétude, se renouvela sous le règne d'Elisabeth Petrovua et fut supprimée en 1750.
Depttia iota cette mémorable embarcatton resta dé-
posée sous un hangar dans la forteresse, jusqu'au priatemps de 1803, époque à laquelle Alexandre ToulanI célébrer l'anniversaire séculaire de la fondation de Saint- Pétersbourg, fit transporter solennellement le canot sur le vaisseau de guerre le Gabriel, à Tancre au miliea de la Neva.
Lorsque Pierre célébra dans un repas la translation de V Aïeul sur les bords du fleuve qui caressait de ses flots dans le berceau d'une grande ville la naissance d'une grande flotte , trois toasts furent portés : le premier à la santé de l'Empereur, le second en rhonneur de V Aïeul, le troisième à la gloire de sa postérité. Or, la postérité ayant répondu aux espérances de Pierre le Grand, et son arrière-petit-fils, l'empereur Nicolas, voulant rendre un nouvel hommage à la mémoire da créateur de la marine russe, fit conduire en grande pompe le canot de Pierre le Grand devant la flotte qui, par le nombre de ses voiles, la force et l'armement de ses vaisseaux, ne s'était jamais présentée avec autant d'éclat dans la rade de Cronstadt.
Le 28 juin, le capitaine du principal port des galères, parti de l'Amirauté dans une chaloupe sur laquelle il avait arboré son pavillon , se dirigea vers la forteresse, suivi des conseils de l'Amirauté dont le pavillon était également déployé. Ce dernier fut salué par quinze coups de canon, et répondit à ce salut par un nombre égal de coups. A leur arrivée, les membres du conseil reçurent le canot des mains du commandant de la forteresse et lui ea délivrèrent une reconnaissance. Le canot alors fut mis à l'eau par des marins de l'équipage de la garde décorés de Tordre militaire, et reçut en nageant vers le palais de TAmiraulé un salut de trente et un coups de canon. Là, un pyroscaphe à bord duquel s'embarqua le con-
seil de FAiniraiilé, le prit à la remorque et le conduisit jusqu'à Cronstadt où l'attendaient tous les honneurs militaires.
Le 2-14 juillet, placé à bord du pyroscaphe V Hercule, sorune estrade recouverte en drap rouge, V Aïeul re^pi une garde d'honneur composée de marins de la garde commandée par un officier. Deux sous-officiers et deux gardes-marine furent placés en faction près du canot. Le 3-15, un détachement de la compagnie des grenadiers du palais, commandé par un colonel, vint doubler celte garde d'honneur. La flotte de la Baltique était rangée sur trois lignes au milieu de la rade de Cronstadt. Celle du centre se composait de vingt-six vaisseaux de ligne, entre la ligne du centre et celle de gauche, trois corvettes dans la ligne de gauche , treize frégates dans la ligne de droite, cinq frégates, huit bricks et plusieurs autres bâtiments formant en tout soixante-cinq voiles. La flotte était commandée par le vénérable amiral Crown, âgé de quatre-vingt-quatre ans; il avait sous ses ordres le vice-amiral Bellingshausen et les contre-amir raox Von Plater, Soustchoff, Koulitchine, Dourassoff, Lazareff , Papachristo, Povalischine et KordukofT. Jamais la marine russe n'avait déployé sur un même échiquier une flotte militaire aussi considérable.
Dans la matinée du 3-15 juillet, V Hercule ayant à bord V Aïeul de la flotte, s'avança par un temps magnifique dans la petite rade. Une légère brise soufflant de Touest ondulait mollement la surface de la mer et faisait flotter les pavillons, les flammes, les banderoles des vaisseaux. A midi, le pyroscaphe l'Ijora, monté par l'Empereur et la famille impériale, accompagnés des ambassadeurs de France, d'Autriche et d'Angleterre, doubla l'angle du port militaire et salua de trente et un
coups de oanon. iUora, sar un si^al donné, le pyroseaphe PHereule, porteur du canot de Pierre le Grand, s'avança dans la grande rade de conserve avecVIj&ra^ portant pavillon du graad amiral. Lorsque les deux py* rascapbea défilèrent devant le port marchand , les troupes rangées sur le parapet présenlèrent les armes, les tambours battirent au champ, et les hourras des soldais se mêlèrent aux acclamations des marins étrangers, qui, du haut des hunes et des vergues de leurs navires pantoises, rendaient hommage à la mémoire du grasd homme qui avait ouvert au commerce les portes de son empire.
Quand YHeteule arriva par le travers de ht flotte tous les vaisseaux lui rendirent les honneurs militaires, et les équipages l'accueillirent par cinq hourras, se succédant sur son passage comme une traînée électrique à mesure qu'il parcourait la ligne des bâtiments. Accosté plus tard par Vljerm, le pavillon impérial fut arboré sor k canot, et au même instant le tonnerre de Fartilierie de tonte la flotte et de la forteresse se fit entendre. Ce fut à la fois un magnifique et touchant spectacle que celui de cette flotte manifestant par ses sadves l'expression de sa roconnaissance pour la mémoire de son fondateur et la présence du petit-fils de Pierre le Grand, debout pris du canot, semblant dire à son £ueul : « Regarde, te» plans ont été suivis et exécutés. » Tous les vaisseaux s'étaient pavoises simultanément
Dans la soirée , le cMot de Kerre le Grand fut ramené à SoinA4^étersbottrg et remis au commandant de la forteresse avec le même cérémonial et par les mêmes personne» qui étaient venues l'y chercher.
On se rappelle qu'en vertu d'une convention conclue à Constantinople, la Porte, après avoir obtenu une ré-