‹ Histoire de l'Empereur Nicolas (trente années de règne)Chapitre 188 sur 331 · CHAPITRE QUATORZIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUATORZIÈME

Cet immense désastre n'avait pu s'effectuer cependant sans faire des victimes ; treize hommes avaient péri : les uns , victimes de la foi militaire , n'avaient point voulu abandonner leur p'oste sans en être relevés par leurs chefs; les autres avaient succombé victimes de leur dévouement et de leur zèle.

Dans les premiers moments de l'effroi causé par la nouvelle dn sinistre, et tandis que l'impératrice Alexandra, n'écoutant que la voix de son cœur, s'exposait elle-même au danger pour sauver une de ses dames malade, son secrétaire particulier, le conseiller intime Chambeau , se rendait dans le boudoir de cette princesse avec une douzaine de fidèles serviteurs, et faisait emporter au palais d'Anitschkoff tous les objets à l'usage de l'Impératrice; il les fit ensuite disposer avec une habileté si parfaite , que lorsque Alexandra entra dans son nouvel appartement pour se reposer, elle ne trouva rien de changé que les quatre murs. Tout ce qu'elle aimait était à sa place accoutumée : ses montres, ses vases, ses écrins, ses toilettes, les mille indispensables futilités du boudoir d'une femme de goût, rien n'avait été oublié. A ces mots : (< Laissez passer, ceci appartient à l'Impératrice, » le peuple s'était rangé respectueusement devant le passage de ce précieux dépôt.

De ce vaste palais, le plus vaste du monde', il ne restait debout que les murailles, dont les énormes épaisseurs, formées de briques, s'étaient durcies au feu. Le reste n'offrait plus qu'un aspect de ruines fumantes. l'Empereur ordonna qu'une commission fût formée pour rechercher les causes de l'incendie. Les explications fournies de vive voix par les personnes le mieux en état de donner des renseignements exacts n'étant point satisfai-

* Voyez les Docnmcntfs hiMoriqueft , n® 21.

70 HISTOIRE I»B L* EMPEREUR MGOLAS.

Bantes, fes aienb^es de cette €oi!Boii8iioB) assistés par des architectes, acquirent la certitude que la véritable cause de l'incendie provenait d'un tuyau de ebdieur qu'on avait oublié de boucber lors des dernières réparations dîtes à la salle des feld-maréchaux. Ce tuyau de chaleur se trouvait dans un grand tube de conduite qui s'étendait entre les salles des chœurs et la voûte en bots de 1r salle de Pierre le Grand, attenant à celle des feldHBarécbaux. C'est de ce conducteur que le feu s'était échappé et qu'il s'était communiqué à la boiserie des salles et de la voûte de celle de Pierre le Grand. Des clôtures boisées offiraient sur ce point un riche élément à l'incendie; aussi les flammes s'étendirent' elles avec une rapidité effrayante jusqu'à la charpente de la toiture. Une fuoiée épaisse se répandit aussitôt dans les greniers et se déploya avec une rapidité qui devait rendre impuissantes toutes les tentatives de secours.

Les jours qui suivii^ent ce sinistre virent éclater dans toute leur élévation de cœur les sentiments d'MMur et de dévouement que le peuple russe professait pour son souverain : toutes les classes de la sMiété, depuis le prince jusqu'au moujik, comprenant que la destruction du palais d'hiver était une perte publique , un désastre national, résolurent de concourir à la réédification de ce monument par des offrandes spontanées proportionnées à la position des fortunes, ei tel fut l'empressement général adonner suite à cette idée, que l'empereur Nicolas crut devoir le modérer par l'oukase suivant adressé au ministre de l'intérienr secrétaire d'Etat Bloudoff :

« L'incendie qui a détruit en parlie Notre palais d'hiver a été pour Nos fidèles siiyets une occasion de non* telles manifestations de leur sèle. Daprès les rapports qui Nous parviennent de toutes parts, toutes les classes

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