CHAPITRE QUATORZIÈME
nous t'dimons comme notre père et notre empereur. Nos biens, notre sang, tout ce que nous avons, tout ce
que nous sommes t'appartient Que Dieu t'accorde
bonheur et santé ! »
Toutes les recherches faites pour retrouver les traces des donateurs anonymes ayant été infructueuses, Nicolas, se résignant à accepter leur offrande , ordonna que cette somme fût consacrée aux frais des premiers travaux, afin que la première pierre de son palais reconstruit reposât sur l'amour du peuple.
a L'immobilité du monde , a dit un grand poëte égaré dans l'histoire après l'avoir été dans la politique, a été le caractère général du règne de l'empereur Nicolas. » \ous ne pensons pas que cette opinion soit fondée; à notre avis, il est peu de règnes qui aient été plus tourmentés, plus mouvementés que celui dont nous écrivons l'histoire. Il présente, depuis le 14-26 décembre jus-qu'au jour de la mort du successeur d'Alexandre, une série d'événements dont la mobilisation se manifeste dans les nombreuses guerres que la Russie eut à soutenir non-senlenaent en Europe, mais en Asie, guerres civiles, guerres étrangères, guerres de principes, guerres d'intérêts.
La guerre que Nicolas soutenait depuis deux années contre les Circassiens ne fut pas heureuse dans les commencements de cette année (1838). Protégés par les accidents de leur pays, qui leur permettent de combattre en partisans et de suppléer à l'avantage du nombre par celui des surprises et des embuscades, ces guerriers indomptables attaquèrent les Russes dans le* mois de février, et leur firent subir de sérieux échecs. Ces revers parurent assez graves à Saint-Pétersbourg pour que l'Empereur crut devoir, en remplacement du général
en chef, nommer le général Golovine au commandement suprême de l'armée du Caucase, el cmifier an contre-amiral Kroncboff la surveillance rigoureuse du blocus de l'Abasie : Tactivité, l'énergie de ces deux hommes, justifiant le choix de Nicolas, prouvaient l'importance qu'il attachait à cette guerre. L'apparition parmi les Tartares-Avariens, belliqueuse nation alors insurgée contre l'empire moscovite, d'un membre de la famille de Girops, autrefois souveraine de la Crimée, vint ajouter aux embarras de la situation. L'Empereur s'efforça d'étouifer promptement cette révolte, qui aurait pu propager l'insurrection au sein des peuplades soumises.
Cependant les hostilités ne perdaient point de leur intensité à Sbushen; les Circassiens avaient obtenu de nouveaux avantages; les Ruçses, dont la flotte était comr posée de vingt vaisseaux de guerre , avaient effectué on débarquement sur la côte, mais les Circassiens, temporisant, appelaient tous leurs guerriers aux armes, faisant à la fois appel à leur courage , à leur zèle et à leur fanatisme religieux. Tous jurèrent sur le livre du Coran qu'ils ne déposeraient les armes qu'après avoir chassé les ennemis du territoire. Leur armée, forte de sept mille hommes commandés par les chefs Ubesh-Hadjie , Berseck-Islam et Zelka, remporta une victoire signalée.
Tout concourut à rendre complète la défaite des Russes, car la mer qui devait les protéger, |H-êta une de ses plus violentes tempêtes aux guerriers de la Grcassie. Plusieurs de leurs vaisseaux , entre autres deux corvettes et un vaisseau à deux ponts, furentjetésàlac&ie, deux vaisseaux de ligne et deux bateaux à vapeur périrent corps et biens; enfin on évalue à trente le nombre des bâtiments désemparés dans ce sinistre maritime.