‹ Histoire de l'Empereur Nicolas (trente années de règne)Chapitre 196 sur 331 · CHAPITRE QUATORZIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUATORZIÈME

se prévalant de treize cents signatures sincères comme la leur, adressèrent à l'Empereur la très-humble supplique suivante :

tt A une époque de troubles y lorsque la Lithuanie a détaché de la Russie ses provinces occidentales, et depuis leur annexion à la Pologne, le peuple russe a dû supporter une épreuve difficile par suite des efforts constants du gouvernement polonais et de la cour de Rome pour l'arracher à l'Eglise catholique orthodoxe d'Orient et le faire entrer dans celle d'Occident. Les personnes des classes élevées de la société, opprimées dans leurs droits par tous les moyens imaginables, se sont converties à la foi romaine et ont oublié leur véritable origine et leur nationalité.

y> Les bourgeois des villes et les habitants des campagnes ont été soustraits à l'Eglise d'Orient au sujet de l'union imaginée à la fin du seizième siècle. Depuis lors ce peuple se sépara de la Russie, qui est sa mère patrie ; des intrigues continuelles tendaient à le rendre tout à fait étranger à son ancienne patrie , et les unitaires subirent dans toute l'acception du mot le joug étranger.

» Lorsque la Russie eut recouvré son ancien territoire , une grande partie des unitaires rentrèrent dans le giron de l'Eglise de leurs pères, où tous trouvèrent asile et protection contre la domination du clergé romain.

» Maintenant, sous le règne béni de Votre Majesté Impériale et grâce à votre constante sollicitude, Sire, la liturgie et les institutions de l'Eglise d'Orient se .trouvent rétablies en grande partie dans toute leur pureté. Les enfants du clergé reçoivent une éducation conforme à leur condition ; ils ont maintenant le droit de se proclamer fils de la Russie.

» Mais l'Eglise de l'union grecque, isolée au milieu

de plorienrs antres secteg , ne p^^urra jamais atteindre entièreiBeiit lé degré de bien-être et de tranqoiUifé si nécessaires à sa prospérité, et ses nombreux enfiuits habitants des provinces occidentales de l'empire, Rosses par leur langne et leor origine, eoorent le danger de rester dans one silnation critique, exposés à font le dangers des événements et étrangers en quelque sorte à lenrs frères en religion.

» Toutes ees raisons, Sire, mais surtout le soin du salut éternel des troupeaux qui nous sont confiés, nous engagent, nous, profondément convaincus de la vérité des dogmes de la sainte, apostolique et orthodoxe Eglise d'Orient, à nous prosterner au pied au trône de Votre Majesté Impériale/)otir la supplier très-kumblement étassurer la destinée future des unitaires, en leur accordant la permission de rentrer dans le giron de l'Eglise de leurs pères.

i> Pour preuve de Tunanimité de notre vœu , nous avons le bonheur de présenter. Sire, nous évéques et chefs du clergé de l'Eglise de l'union grecque, l'acte rédigé par nous au concile de Polotzk , auquel nous joignons les déclarations autographes de treize cent cinq autres membres du clergé de Fanion, n

L'Empereur ayant appris avec une vive safisfiiction une nouvelle qu'il connaissait dans les plus grands détails, puisque le conseil de Rolotzk n'avait pu s'assembler, d'une part, sans son autorisation, et de l'autre, sans lot avoir soumis le but de cette réunion, ordoniia que l'acte qui lui était présenté avec les annexes f&t porté au saiot synode pour j^^^ examiné et être statué conformément aux règles de TÉglrse.

Le saint synode, après avoir consenti h recevoir sans restriction les évéques , prêtres et les ouailles de l'Église

CRJIPITIE QUATORZIÈME. 9f

de Fonioii grecque uoie aa seia de TEglise orthodoxe (préco-russe y adressa à ce sajel qb rapport à rfimpereor, qui le 25 mars*6 avril, en réponde à ce rapport, rendit le décret suivant : « Je rends grâce à Dieu et j'accepte. » Ce décret laconique est une nouvelle prenve de la répulsion instinctive que son cceur loyal et franc éprouvait pour tout ce qui déviait de ki ligne droite pour abonder même dam le sens de son système religieux et politique. Cinq jours après, le principal insligatear et instrument de cette défection ^ Tévéque de la Litboairie , Joseph , reçut en récompense de son infamie le titre d'archevêque, mais r univers entier lui décerna celui de traître et d'apostat.

Avant cet événement , la Russie et le saini-siége se trouvaient déjà divisés par des questions religieuses de la plus haute importance. Le cabinet de Saint-Pétersbourg, dans ses rapports avec la Pologne, ne s'était pas contenté d'impoeer pour condition de validité aux bulle» pontificales la sanction d'un rescrit sooverain, il avait interdit au clergé catholique tonte eommunicatioB directe avec le saint-siége.

Mais se relevant dans toute sa majesté de véritable représentant de Dieu sur la terre devant cet abus de l'omnipotence autocratique , le successeur de saint Pierre, dominant de dix-huit siècles une puissance formidable quoique née d'hier, répondit par un ultimatum menaçant la Russie de faire un appel a» monde calholiqoe au nom du suprême pontificat, dans le^cas où ses justes demande» ne seraient pas accaeillies.

Plus tard, et pour répondre au rapport adressé par le sÂnt synode russe à l'Empereur, le sonverain pontife , le cœnr brisé par les persécutions de l'Église catholique en Hossie et par la défection des Grecs unis au saini-siége ,

M HISTOIRE DE L*ËMPEREIR MCOLAS.

prononça, dans le consistoire secret du 22 novembre, une allocution qui, à raison de son importance, doit être citée textuellement.

tt VÉKKAABLES FKiRES,

» Depuis le commencement de nos fonctions apostoliques, nous avons déjà été contraint par le malheur des temps de vous annoncer ici beaucoup de choses tristes et pénibles; mais ce que nous avons à vous apprendre dans rassemblée de ce jour, et au milieu du deuil de toute rÉgiise, dépasse de beaucoup en amertume tous les maux sur lesquels nous gémissions depuis longlemps.

y> Personne de vous n'ignore que les évéques russes , et cette nation si célèbre qui, après avoir embrassé runifë catholique conjointement avec la loi chrétienne. Ta malheureusement abandonnée, et en conservant leur langue propre et le rite grec, suivant le douloureux schisme des Grecs, avaient plus d'une fois aspiré par la grâce divine à un retour sérieux et sincère à TEglise romaine. Ce qui fit que dans le synode général de Florence Tar* chevéque de Kîeff, métropolitain de toute la Russie, signa d'abord y en même temps que les Grecs, le rapport y le décret de l'union devenu si fameux. Quoique cette résolution fût bientôt annulée par les troubles qui eurent lien et à la suite des efforts hostiles de ceux qui, luttant contre la lumière, ne s'attachèrent qu'avec plus d'opiniâtreté au schisme, jamais les exhortations et les encouragements des évéques n'ont cessé, et le jour heureux apparut enfin où, grâce aux miséricordes divines, il fut donné au peuple russe de rentrer dans le sein de la mère abandonnée et de rentrer dans la cité fondée par le Tout- Puissant, et là seulement oii l'on peut trouver le salut.

i> Mais, ô changement lamentable et infortuné des

GHAPITRK QUATORZIÈME. 93

choses ! 6 destinée craelie et éteraellement douloureuse de la nation russe I ceux qui dans les temps récents lui furent donnés comme pères et pasteurs, et dans lesquels elle aurait du trouver des chefs et des apôtres, afin qu'elle restât dans une union chaque jour plus intime avec le corps du Christ, qui est l'Eglise, ce sont précisément ceux-là qui se sont érigés , pour son malheur, les principaux auteurs de la nouvelle abjuration.

» Voilà, vénérables frères, ce qui nous cause des peines et des angoisses mortelles; voilà ce qui se joint encore à toutes les amertumes qui nous arrivent de toutes parts , et qui pourrait se traduire par des larmes plutôt que par des paroles.

y* Nous avouons cependant que d'abord nous ne pouvions aucunement nous prêter à croire tout ce qui nous a été rapporté sur ce triste événement, surtout en considérant la grande distance des lieux et la difficulté énorme de se mettre en rapport avec les catholiques de ces contrées lointaines. Voici la cause pour laquelle nous avons lardé jusqu'à présent d'élever notre voix et nos plaintes au niveau de la grandeur du mal. Mais depuis que nous avons reçu des informations certaines et que l'événement a été déjà répandu suffisamment par les feuilles publiques, il n'est plus permis de douter, à notre grand regret, que plusieurs évéques des Russies unies, en Lilhuanie et dans la Russie blanche, ont passé avec une partie du clergé dans le camp des schismatiques après avoir renoncé à la communauté catholique , d'où naquit Tunité sacerdotale. Voici comment ils ont exécuté leur acte impie : d'abord, ils ont introduit frauduleusement dans la célébration du culte des livres qu'ils avaient reçus des Russes et dés Grecs non unis, et ils ont adopté presque toute la forme de la célébration de la liturgie

M HISTOIIE DE L'KMPEREi't NICOLAS.

«eton ieflir usage ^ par la^iuelie le peuple iguM^aBl a élé aédiiU par la ressemblance du rite, qui ibmiail une trantilÎMi inaperçue au sckîsme. M%rs , à plusieurs reprises, ib onl «SDvoqué les curés , et eu anéfoe temps îk leur ont adrefsé des leilres dans lesquelles il leuriul déclaré, au milieu des tromperies impudeutes, que chacun devait confesser sen altachemeut à l'Église grecque -rosse d'après la formule spécialemcsit rédigée. Les récalcû- Irants furent en même temps meuaeés de perAre leur cure , tandis que ceux qui imiteraieDt leur exemple seraient cités devant l'autorité gnpérieure. Enfin, après avoir eu recours à des moyens non moins déplorables , ils poussèrent la perversité jusqu'au point de déclarer publiquement leur intention de se réunir à l'Eglise susdite, et d'ajouter, cb outre, des prières au nom du troupeau qui leur était soumis pour obtenir à cette fin rautorisation impériale.

« Et leurs vœux ont été remplis! Après que tout fut convenu et sanctionné par le synode schismaiique établi à Saint-Pétersbourg, la conversion des évêques et du peuple à l'Église grecque- russe, jusqu'à présent unis à l'Eglise romaine , fut reconnue et célébrée avec sdennilé.

» Il nous répugne de répéter ici tout ce que présageait déjà depuis longtemps cet événement malheureux, et par quek moyens de séduction ces pasteurs dénaturés se sont laissé entraîner dans un si profond abîme d'erreur et de corruption ; mais jetant un regard sur une si triste chute, nous voulons plutàt nous écrier avec les paroles des saintes Ecritures : u Les jugements de Dieu » soHi un profond abùne. » Vous voyex, d'ailleurs, véoérâbles frères, par cette blessure terrible faite à l'Église catlioliqiie,^ce que nous devons éprouver, et de quel chagrin intérieur nous sommes dévoré. Nous regrettons

et ootts soupirtDS du jim profond de notre cœur que tant drames que le Chrût a rachetées de son sang soient eqioséea au danger de perdre Jeur salui éternel ; nous regrettons que cette foi ait été si iionteusement violée par ces évéques transfuges qui d'abord avaient juré fidé** lilé à rÉglise romaine ; nous regrettons que le caractère sacré dont l'autorité du sainl-siége les a revêtus ait été si ignominieusement renié par eux. Mais notre inquiétude devient sans bornes quand nous songeons à nos chers entants de cette natioo que les intrigues n'ont pu tromper, qne les menaces n'ont pu effrayer, ni les mauvais exemples séduire, et qui ont persisté à demeurer attachés au giron de la communauté catholique; car il ne saurait nous édiapper combien est grand pour eux le désavantage de l'atijuratioD des autres y et combien ils auront à souffrir pour leur attachement persévérant à la saisie unité. Hélas I si malgré notre éloigoement nous pouvions ks consoler par nos exhortations paternelles et leur communiquer quelque chose de la grâce spirituelle pour les fortifier I

V Cependant , et naas rappelant la mission que nous remplissons ici-bas, et croyant que nous pouvons nous appliquer ce qui a été dit jadis au prophète : « Appelez, et > ne cessez pas; élevez la voix comme une trompette et « annoncez à mon peuple ses vices et ses péchés ; » nous déplocons continuellement du haut de notre apostolat sapréme, en face de tout l'univers chréfien y la défection des Russes, et surtout celle de leurs évéques, et nous leur reprochons de la manière la plus sévère l'outrage lait par un pareil forfait à l'Église catholique.

» Cependant , comme nous tenons sur la terre la place de Celui qui est riche en miséricorde , qui n'a que des desseins de paix , et qui est venu chercher ce qui péris-

sait, et pour ne pas nous dépouiller de tout amoar apostolique envers eux, nous exhortons de la manière la plus ardente chacun d'eux à réfléchir sur ce qu'ils ont perdu , et dans quelles peines terribles ils sont tombés d'après les saints canons ; qu'ils réfléchissent bien sur la route où ils se sont engagés pour aller h leur perte étemelle ; qu'ils redoutent le premier des pasteurs leur redemandant le sang des brebis perdues; et salutairement ébranlés par l'attente du terrible jugement, qu'ils ramènent dans la voie de la justice et de la vérité, dont ils se sont éloignés, eux-mêmes et le troupeau si lamentablement dispersé !

D Nous ne pouvons vous cacher, vénérables frères , que la cause de notre douleur au sujet de la situation du catholicisme dans les vastes limites de l'empire russe est encore plus étendue, car nous savons combien notre sainte religion est opprimée dans ce pays. Nous n'avons épargné aucun effort de notre sollicitude pastorale pour remédier à cet état de choses , et à l'avenir nous ferons toutes les démarches nécessaires auprès du puissant empereur, parce que nous espérons encore que dans son impartialité et dans sa noble manière de penser il accédera à nos exigences et à nos vœux.

» Dans ce but, nous nous approchons avec une prière commune et en pleine confiance du trône de la grâce, et nous supplions humblement le Père des miséricordes et le Dieu des consolations de vouloir bien jeter un regard favorable sur l'Église, son épouse, et de la consoler par un secours opportun de la perle des fils qu'elle déplore amèrement, afin de lui rendre la paix si ardemment désirée au milieu de si grandes calamités. »

A la suite de cette protestation, quelques noies

Page 1