‹ Histoire de l'Empereur Nicolas (trente années de règne)Chapitre 20 sur 331 · CHAPITRE DBUXIKUE · texte numérisé non relu

CHAPITRE DBUXIKUE

Les plos petits détaUs se rehaussent dans la vie d^utt grand homme, surtoot lorsqu'ils se rattachent à un grand prince. A ce point de vue, un fait infime, nais néanmoins intéressant, doit trouver ici sa place. A cette époque^ l'empereur Alexandre re^jut riioiniiiage d'un livre à lot adressé par un jeune homme qui devait un jour tenir suspendues aux cordes de sa lyre les destinées suprêmes de l'Europe. Ce livre était intitulé : MéditcUious poétiques, et le jeune homme se nommait Alphonse de Lamurtine. A l'envoi de son livre, le poëte avait jmnt une épitre qné les amateurs de la belle poésie trouveront aux pièces justificatives \

Sur ces entrefaites, les médecins décidèrent qu'un voyage était nécessaire à la santé de r£mpereur, et d'euxmêmes ils choisirent la Crimée comme l'endroit dont le climat tempéré convenait le mieux k la guérison d'un mal mystérieux dont le caractère déjouait l'orgueil de la science humaine. L'Empereur, qui pour cette année n'avait aucun projet de voyage arrêté , accepta l'ordon^ nanoe des médecins avec une indifférence égale au peu de valeur qu'il attachait à la conservation de ses jours , frappés déjà de mort par le pressentiment de sa fin prochaine.

Ce ait sous l'inspiration de ces sombres idées qu'il fit son testament, destiné à rester un mystère non-seulement pofir le public, mais encore pour sa propre DsiBiîUe jusqu'au jour ou la Russie devait prendre so« deuil. Deux personnes furent initiées à la composition de cet acte mémorable, qui, suivant ses désirs, excluait Constantin de la succession au trône et assurait la cou^ roone à son frère le grandrduc Nicolas. Ce fot le prince Galitsin, chancelier de l'empve, et l'archevêque de

^ V«yet les DêoinMoU hUUrî^ifes, ■« I.

n HISTOIRE DR LEHPEREUR NICOLAS.

Tver, S. E. Pfailarète, actuellement métropolitain de Moscou. Ce dernier, mandé par un ordre secret de Saint- Pétersboarg , ou il se trouvai! à cette époque , à Tsarskoé- Sélo, rédigea loi-même, en présence du chancelier et sous la dictée de l'Empereor, le testament qui contenait les dernières volontés d'AIeximdre.

Après avoir été examiné attentivement et corrigé par l'Empereur, cet acte fut copié en quatre exemplaires, dont l'un fut envoyé au sénat, l'autre au synode, le troisième, d'après la coutume, au trésor de la cathédrale de l'Assomption à Moscou, et le quatrième an conseil de l'empire. Alexandre traça de sa propre main sur chacune des enveloppes l'inscription suivante : « Garder jusqu'à ma réclamation ; mais dans le cas oii je viendrais à mourir, ouvrir ce paquet en séance extraordinaire avant de procéder à tout autre acte. »

Le mystère dont Alexandre enveloppa ces actes fut une faute dont nous verrons bientôt les fatales conséquences; il devait fournir aux conjurés du 14-26 décembre le prétexte de combattre l'ordre de la succession au trône en se retranchant derrière un fantôme de légitimité. Cette faute trouve cependant sa justification dans l'inteution inébranlable de l'Empereur d'abdiquer deison vivant, intention dont la mort seule, par une surprise fatale , devait empêcher l'exécution. On en trouve une preuve irréfutable dans cette inscription posée sur les paquets revêtus du sceau impérial : Conserver jusqu'à ma réclamation.

L'Empereur quitta Saint-Pétersbourg, où il s'était rendu la veille de Tsarskoé-Sélo , et partit pour Taganrog, le 13 septembre, à quatre heures du matin. Il avait passé toute la nuit en prières, une partie dans l'église cathédrale de Gazan, l'autre partie dans le couvent de

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