CHAPITRE DEDXlËlfE
Saint-Alexandre Nevsky. Dans ce monastère , il s'entretint longtemps avec le métropolitain Séraphin sur le néant d^la gloire humaine et sur les joies étemelles que les éltts trouvent au sein de Dieu. Il écouta avec un intérêt marqué le rapport du métropolitain au sujet d'un religieux qui venait de s'enfermer vivant en un caveau pratiqué dans les murs du couvent, et s'était condamné à la plus rigoureuse austérité. L'Empereur voulut le voir et descendit dans sa cellule ; c'était , nous venons de le dire, pendant la nuit; le religieux priait. Alexandre lui demanda ce qu'il demandait à Dieu. Le moine répondit : tt Mon salut , la prospérité de la Russie et la santé de TEmpereur.
— Que désires-tu de l'Empereur? ajouta Alexandre.
— Qu'il se retire de ma solitude, » répliqua vivement le religieux , comme autrefois le philosophe de la Grèce à un autre Alexandre.
Quelques officiers d'ordonnance attendaient à l'entrée du caveau, a Partons I » leur dit l'Empereur. Le soleil venait de se lever.... En dehors des barrières de la ville, l'Empereur fit arrêter sa calèche , et, s'y tenant debout , il promena pendant près d'un quart d'heure ses regards sur la silhouette de sa capitale plongée dans le sommeil et Je silence.... Il avait le pressentiment qu'il la voyait pour Ja dernière fois.
Arrivé dans la matinée à Tsarskoé-Sélo, il ordmna qu'on le laissât seul, et il en parcourut à cheval tous les environs.... La aussi il voulut dire un dernier adieu à la résidence qui lui était si chère. Quand il remonta dans sa voiture, qui l'attendait au pied de l'escalier du chà* teau, son valet de chamlure lui demanda l'époque de son retour : « Celui-là seul le sait 1 » répradit TEmpereur en lui montrant une image de Jésus crucifié.
La veille de son départ, pendant qo' Alexandre éeri«» \mit une lettre à Tlmpératrice sa mère, un nuage ayant obscurci tout à coup le jour qui Péclairait , TEiiiperear avait demandé deux bougies; mais un instant xprès le del s'était éclairci et le soleil avait reparu dans tout son éclat. Le valet de chambre de Sa Uajesté , rentrant alors dans son cabinet, lui avait demandé s'il devait emporter les lumières.
a Pourquoi? lui dit l'Empereur.
— Parce que nous autres Russes nous regardons comme de mauvais augure d'écrire à la lumière quand il fait jour.
— Qu'est-ce qu'on en conclut?...
— Sire!.-.
— Dis-moi toute la vérité....
— On prétend, Sire, qu'une chambre ainsi éclairée est la chambre d'un mort.. . .
— Dans ce cas , emporte vite ces flambeaux. » Alexandre, accompagné de son premia: médecin, le
docteur Wylie, se mit enfin en route avec une suite peu nombreuse, composée d'offici^s généraux, sous les ordres du major général Diebitsch. L'impératriee régnante partit le surlendemain pour rejoindre son auguste époux à Tagaurog; Sa Majesté, voyageant à petites jouiv nées, en raison de la faiblesse de sa santé, n'arriva dans cette ville que plusieurs jours après son époux, qui alla la recevoir le 5 octobre, et fit avec elle son entrée au milieu des transports de joie de la population de cette cité, qui devait bientôt devenir un théâtre de deuil et de lamentations.
Taganrog, située dans le plus doux climat de la Russie , sur un territoire fertile , à l'entrée de la mer d'Asov^ près de l'embouchure du Don et du Wdga, n'était dans