‹ Histoire de l'Empereur Nicolas (trente années de règne)Chapitre 203 sur 331 · CHAPITRE QUINZIKMK. Ii · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUINZIKMK. Ii

avant ]a fin des exercices ? Ce n'esl pas toi qui aurais comoiis cette £ftute?

— J'aurais eu trop peor d'être aperçu de Votre Majesté, Sire, répoudit le comte; c'est pour cela que je me suis si bien caché au fond de la voiture, que Votre Majesté n'a pu m'y découvrir. . .

— CommeutI toi aussi, tu étais là? répliqua Nicolas en fronçant le sourcil.

— Hélas, oui, Sire; j'étais si fatigué, et j'avais un si firanà besoin de repos I...

— Oui, je le sais, le repos chez toi est une maladie incurable!... Je te pardonne en raison de ta franchise; mais que cela ne t'arrive plus. "

Le lendemain du jour où Nicolas , visitant les ruines du palais de ses ancêtres,, que l'iocendie venait de dévorer en quelques heures, avait dit : « Je désire, le jour de Pâques de l'anaée 1839, entendre ici la messe de la Résurrection, » les hommes du métier, même les courtisans , avaient considéré comme une chose impossible la réalisation d'un désir qui, dans le cœur de l'Empereur, équivalait à l'ordre d'une volonté immuable. Dans l'entourage de l'Empereur il se trouvait alors un général employé an département des voies et communications : Nicolas l'avait depuis longtemps distingué, autant pour sa probité exceptionnelle, son désintéressement chevale^sque , son dévouement à toute épreuve, que pour son esprit élevé et les mérites de ses connaissances pratiques. Le général de Gottman, cet homme de bien et de savoir s'appelle ainsi, étudia la question, l'examina sous toutes ses faces, et reconnut possible

^ Le goût du comte Orloff pour le dolce/ar niente est si prononcé cl si généralement reconnu en Russie , que l'Empereur disait : « Il y a deux natures ehei cM homme , celle du lion et celle de la marmotte. •

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ft4 HISTOIRR BE L*KMPBilBVlt NICOLAS.

TeKéculion d'ane œuvre devant laquelle le servilisme de Tambilion avait reculé. Il souosit son plan et ses projets y toute son œuvre enfin , à son chef nomédiat, le général Kleinmichel , aide de eaœp de IToipereur. Ce personnage , doué d'une force de volonté peu commune et d'une activité dévorante , trmivant dans le travail présenté la source d'une fortune qui, sous plus d'oa rapport, devait être fatale à la Russie, se présenta devant le Czar ei lui dit :

tt Sire, Votre Majesté entendra la raesse de la R^svrre<^ftOfi dans son palais d'biver, le 26 inars-7 avril IS39.

— A cette époque, répliqua l'Empereur, le palais d'hiver sera entièrement reconstruit?

— Oui , Sire.

— Vous me le promettes ?

— J'en prends l'engagement sacré 1...

— C'est bien; mettex-vous à l'œuvre.

Et Kkinmîckel, fort de l'autorisation impériale, savant de la pensée d'un autre, se mit à l'œuvre le jour même. Les décombres fumants encore couvraient une surface de cent soixante mètres de longueur sur cent vingt mètres de largeur. Quelques ^urs snftrent pour les déblayer. Une toiture jetée comme par enchaulement sur les murailles restées intactes et debout, pemii aux ouvriers de travailler nuit et jour et dans toutes les saisons : vingt mille hommes furent employés aox labeurs incessants de la reconstruction^ exécutée, sauf quelques légères modifications , d'après le plan primitill Les ouvriers, se relayant sans cesse, ne perdaient pas une oainute; les heures de repas même ne restaient point inactives... La volonté du Czar passant pour ainsi dire dans l'âme des travailleurs russes, natureilemeat enclins à la paresse , établissait entre les différents corps

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de métier uoe lutte de sèle , d'émulation et de dévovement. Les tailleurs de pierre, les maçons, Iqs charpentiers, les menuisiers, les peintres, les décorateurs , tous concouraient simultanément à raecomplissement rapide, merveilleux , de l'œuvre du général de Gottman , dont Kleinmichel se préparait déjà à recueillir la gloire » les honneurs et les bénéfices. C'était une chose admirable à voir que ce concours de volontés hétérogènes, mais convergeant toutes vers le même but, pétrissant en quelque sorte dans de puissantes mains, le marbre, le granit et le brome.

On a singulièrement exagéré le nombre des ouvriers morts sous les ardeurs volcaniques entretenues dans les salles , à l'aide d'inuaenses fourneaux , pour sécher plus vite les plâtres et les ciments. Les colporteurs dea listes mortuaires répandues à celte occaeîon ont abusé de la crédulité publique à l'étranger. Des hoaunes qui, une ou deux fois par semaine, ne craignent pas, à la sortie de leurs bains de vapeur, de se rouler sur la neige glacée, par un froid de trente degrés, pouvaient sans grand danger affronter la transition subite du séchoir à la rue. Sans doute b mort, qui a toujours plue de prise sur les agglomérations d'hommes, a fait de nombreuses victimes, mais à ces victimes les romanciers se pont trop hâtés d'accorder les honneurs du sacrifice et du martyre.

Quoi qu'il en soit, le palais d'hiver, relevé de ses ruines, fut prêt à recevoir la famille impériale à l'époque désirée par l'Empereur. Le 25 mar8-6 avril , jour du samedi saint, le Czar, la Czarine , les membres de la famille impériale et tous les hauts dignitaires de la cour, assistèrent à la consécration de la grande chapelle du palais par le métropolitain de Kie(f , assisté du clergé de la cour. Dana la nuit qui suivit cette cérémonie.

l'Empereur y conformément à ses désirs, assista selon le rite russe à la messe de la Résurrection.

Il avait fallu huit ans à Timpératrice Elisabeth pour construire le palais d'hiver ; la volonté de Nicolas le rebâtit en quinze mois.

De grandes et nombreuses récompenses furent accordées à cette occasion aux personnes qui avaient le plus contribué à la réédification de ce somptueux monoment. Le général Kleinmichel reçut le titre de comte; mais l'opinion publique, et l'histoire doit en prendre note, accordait au général de Gottman la gloire qui lui revenait, à défaut des honneurs, égarés sur la route de l'intrigue et de l'ambition...

L'empereur Nicolas, accoutumé à voir ses désirs exaucés avant leur manifestation, ne croyait pas au mot impossible. Il n'admettait même pas qu'on le prononçât devant lui , quand une de ses demandes semblait devoir obtenir une a£Brmation.

Surpris à la suite d'une longue promenade en traîneau par une violente douleur de dents , il envoya chercher le dentiste de la cour. Le docteur breveté, après avoir attentivement examiné la molaire malade, déclara que les progrès de la carie ne laissaient aucun espoir de guérison.

u II faut recourir alors à ce que vous appelez, je crois, le baitme d'acier? répondit l'Empereur.

— Ce serait mon opinion , Sire.

— Dans ce cas, il n'y a pas à hésiter. Opérez-moi. >* Mais le docteur, soit que l'extraction lui parût di£Bcile

en raison de la cavité dentaire , soit qu'il éprouvât un sentiment de crainte respectueuse, déclara qu'il n'osait prendre sur lui la responsabilité d'une semblable opéralion. Nicolas, maîtrisant un premier mouvement de colère, le congédia, et fit appeler l'aide de camp de seirîce.

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