CHAPITRE QUINZIÈME. itt
Sainte-Sophie et les clefs do Bosphore au pouvoir des Rasses.
£n même temps qu'elle croyait humilier la France , trop grande encore , Hialgré son sommeil, pour ressentir rinsolle dirigée contre la personne de son chef provisoire, la Russie ne négligeait rkn pour ménager en Perse de nouvelles difficultés à TAngleterre , son alliée k Constantinople, sa rivale en Asie. Rien de plus perfidement habile que le traité de commerce préparé .par ses soins entre la reine Victoria et le schah de Perse. En effet, le cabinet de Saint-Pétersbourg, exploitant les inquiétudes jalouses des Persans à Tendroit de Tétablissemenl des Anglais à Therreh, persuada à la cour de Téhéran qu'elle aurait raison de TAngleterre par la concession d'un traité de commerce qu'elle pourrait déchirer à son gré. En même temps, il insinua an cabinet de Saint'James qu'il lui obtiendrait des conventions favorables à son commerce le jour on il consentirait à évacuer Therreh. Ce double jeu lui devait réussir au delà de ses espérances : les Ang^is , une fois maîtres du traité , refusèrent d'exécuter les chiuses stipulées. De là une profonde irritation de la part de la Perse contre la duplicité britannique, et pour la Russie le fruit des gennes de haine qu'elle avait semée entre les deux nations.
D'autre part, fidèle au système adopté pendant les dernières années par la politique du Czar, la Russie Atigmentait ses relations avec la Chine. Déjà, par un traité conclu en 1827, elle s'était ouvert une entrée dans le Céleste Empire, fermé, pour ainsi dire, aux autres puissances de l'Europe. Depuis cette époque , jouissant librement de ce privilège exceptionnel , elle entretenait à Pékin une maison d'éducation de jeunes gens destinés A s'instruire dans la langue chinoise et à étudier les
iS4 HISTOIRE DE V EMPEREUR NICOLAS.
usages de ces contrées inaccessibles; aussi dès qu'il eut connaissance du décret prohibitif de Topinm, Nicolas s'empre8sa4*il de publier un oukase défendant qu'aucun opium passât par les frontières russes en Cbine.... u Afin de consolider l'union qui existe entre la Russie et le Céleste Empire, disait l'oukase, et dans l'intérêt du commerce et des frontières des deux pays, la prohibition n'étant pas encore publiée, mais voulant qu'elle soit connue de tout l'empire, nous confions au Sénat dirigeant le soin de pourvoir à ce que notre volonté soit faite. V
Pendant ce temps, la guerre en Circassie se poursuivait avec des chances diverses : d'un côté, résistance héroïque, désespérée; de l'autre, une persistance et une énergie semblant attendre plus du temps que de ses propres forces; dans les deux camps, la lutte soutenue avec une égale vigueur de la part des tribus insoumises et du gouvernement envahisseur. Au milieu de nombreux échecs, les annales militaires de la Russie offrent un grand nombre de glorieux faits d'armes et d'actions qui rappellent les héros d'Homère.
Le 26 mai-7 juin , le fort d'Abinsky, situé entre Je Kouban et le rivage de la mer Noire, fut entouré, à deux heures du matin, par douze mille montagnards, qui, à travers une vive fusillade, s'élancèrent à l'assaut en poussant de grands cris. La gréle de balles, de grenades et de mitraille qui les accueillit, n'arrêta point lenr ardeur. Se faisant d'un monceau de cadavres un point d'appui , ils se mirent à escalader les murailles avec une telle ardeur que leurs guerriers, couverts de cottes de mailles , pénétrèrent à plusieurs reprises dans les retranchements , d'où plusieurs fois ils furent repoussés. Enfin, malgré les efforts opiniâtres des assiégés , une forte co-