CHAPITRE QUINZIÈME
chercha à glisser dans lenr âme une partie de la modération qui régnait dans la sienne quand il n'écoutait que ses propres instincts.
Une veuve polonaise catholique avait été jetée dans les prisons pour avoir troublé dans une église les prières prononcées pour la conservation des jours de l'Empereur. Le scandale avait été grand, dirent les dénonciateurs, le châtiment devait être en rapport avec le scandale. L'Empereur, consulté à ce sujet , prit des informations sur la nature du délit. Le fils unique de la pauvre femme lui avait été enlevé arbitrairement pour être transporté en Sibérie, parce qu'il avait osé manifester publiquement son attachement à l'Église catholique , et traiter de bourreau l'évéque apostat Joseph.
a Qo'auriez-voos fait à la place de cette mère? demauda Nicolas à l'Impératrice.
— J'aurais fait comme elle , répondit la généreuse /Uexandra.
— Et que feriez-vous à la mienne ?
— Deux choses.
— La première ?
— Je ferais mettre de suite en liberté la pauvre mère.
— La seconde ?
— J'ordonnerais qu'on lui rendit son enfant.
— Qu'il soit fait ainsi ! » s'écria l'Empereur. Et comme la Polonaise, appartenant à une honorable famille, avait été complètement ruinée par la révolution, il ordonna qu'on loi remit une somme de 5,000 roubles à titre de premier secours. En cette circonstance, Nicolas n'avait consulté que le cœur de sa femme, aussi plein de lH)Qté que le sien.
D'une activité qui aurait dévoré rapidement dix natures moins robustes que la sienne, l'empereur Nicolas,
ift4 HISTOIRE I^B L'EUPEBfiUR XICOLAS.
se faisant rendre un cimpte exaot ie tont» tpi se pM» sait dans son empire , imprimait en dernier ireiaort ml volonté aux détails les plas infimes delà dMise piAbiDe. Il ne se bâtissait pas une maison avant i^ue le plann'eàt été soumis à son appréciation et approuvé par aan paraphe; ie dessin même d'une façade ^devait lui ètae soumis. U n'y avait pas dans Tannée rosse «a senl soldat )i|UL, à l'état de recrue, n^eùt passé aons ses yea et ^(^is de sa bouche ie numéro du régiment et l'arme dons lesquels il devait servie Aussi ieiit ce que son regard ^pouvait embrasser :et sa main atteindre se ârouvail-îl dans un ordre parfait.: — l'armée, les hôpitaux, les àooles, ne laissaient rien désirer en fait d'orgamsafian.
Il n'en était pas «de mâme de l'administr^ioaicî^, de la justice surtout^ la plus déréglée de toutes les institutions russes. L'œil du maStre ne pouvait descendre dans l'intérieur des bureaux et des tribunaux, véritable repaire du vol et de l'iniquité.
Nicolas, sans professer un culte exdnsif pour ks arts, aimait et protégeait les artistes. Les grands maîtres de l'école française surtout étaient reçus à sa cour avec un empressement, une .courtoisie, une générosité que presque tous ont payés par une déplorable .ingrafilude. Aussi leurs noms, >chose triste à dire, ont-ik laissé peu d'écho sympathique dans le cœur des princes qui les ont accueillis dans leur intimité. De là vient sans divte le sentiment de répukion qui règne aujourd'hui à Saint- Pétersbourg pour tout ce qui vient de ?la Franoe avee une réputation pius on moioe méritée dans les aris et la littérature; de là cette espèce de quaruitaine établie autour de ceux qui se rendent en Russie dans nn bot d^études quelconque. Le premier entre lous, Baliae a subi le cotttre^coup de cette Càcheuse inAoence. « Sur la
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jooe de Balzac, iwm «nt dit des Rusées, noas avons sooffleté le marquis de Custine. »
Depek longtemps oecwpé de la que^ion dn sertage , terram Inûlant sur leqnd ses prédécesseurs avaient crmt de s'aventurer, Nicolas la dirigeait habilement dtts la voie do progrès.
Par un onkase adressé au Sénat dirigeant sous la date do 2-14 avril 18^, A autorisait les seigneurs terriers à €e««ertir leurs serfs en agricutteurs libres , en leur cédsnt une partie de leurs ierres «n propi*iété , moyens naat vu dédoaimagement convenu de gré à gré. Désirant, dans an but d'utilité :générale , que ces propriétés seigaeurîries ne eortiseent point de la possession des familles nobles par de semblables conventions, il accordait aux seigueim l'autorisation de conclure avec leura paysans des arrangements eur des bases telles, que sans avoir égard aux dispositions législatives concernant les agricolteurs libres, ils conservassent le droit de propriété seigneuriale pleine et entière , avec tous ses accessoires et ses ricbesses, tant à la superficie que dans son sein.
En concluant des contrats avec les paysans , les eei* jaeors pouvaient arrêter à l'amiable les dispositions nitérieures d'après des bases principales CKaminées en oonseU de l'empire, et sandionnëes par l'Empereur.
P Les redevances des paysans libres an profit des seigneurs pouvatent être fixées soit en argent, soit en produits , Boit en travaux consacrés à la terre do seigneur, soit en travaux d'un autre genre.
2* La police territoriale , sous la direction des maré^ cbaux de la noblesse des districts , devait veiller à ce que les paysans remplissent exactement tes obligations coQtractées.
3' Les paysans prenaient le titre de tenanciers, après
la sanction légale des contrats conclus entre eux et les seigneurs.
Cet oukase apportait de nouvelles facilités au déreloppement de la liberté^ et en même temps il intervenait dans Pacte d'émancipation pour le légaliser. La pensée impériale comprenait l'intérêt immense qu'il y avait poor le pouvoir dans la création d'une classe nouvelle qui lui servit de point d'appui pour résister au besoin à la noblesse et conquérir une plus grande liberté d'action. Quoi qu'il en soit, la noblesse se croyant frappée dans ses prérogatives y laissa éclater un si vif méconteotemeiit que le gouvernement crut devoir la rassurer par un ordre du ministre de l'intérieur au grand maître de la police.
« Le but de cet oukase, disait le ministre, est, qu'en déterminant la nature des redevances des paysans selon la volonté des seigneurs, les terres sur lesquelles ces paysans seront établis, restent, comme par le passé, une propriété nobiliaire. De là doit résulter clairement que les rapports qui existent entre les seigneurs et les paysans avec lesquels il ne sera pas conclu de contrais d'après les règles fixées par le présent' oukase, ne doivent éprouver aucun changement. La situatiim des paysans dépend de la teneur des contrats , après qu'ils auront été sanctionnés par le gouvernement. Tout ceci est parfaitement expliqué par les termes de l'oukase, et on ne doit pas l'interpréter autrement. Chercher dans l'oukase et porter les autres à croire qu'il s'y trouve une signification contraire, serait un crime, puisque ce serait agir contre la volonté du souverain. »
Le ministre insistait sur cette pensée et terminait par ces paroles significatives :
tt Sa Majesté , en m'ordonnant de communiquer ces