CHAPITRE SEIZIEME
sj'Stèoie de prudence qui n'eiduait fias la vigueur , le comte WoroDtsoff opérait métbodiquemeai, et ne voulait laisser aucune prise à l'ennemi. D'Audy^ il se porta dsDQs les contrées des Lezghis , occupant le versant orieslal de la grande chaîne du Caucase , sur nue étendue de quarante à cinquante lieues. Son airanl*garde, après avoir battu Schamyly le poussa, Pépée dans les reins, en remontant le cours du Gador, jusqu'à Dargo, oii le chef montagnard y avec de nombreuK eomhatlanis, s'arrêta pour lui disputer le passage. Dargo, Tun des refuges habituels de Scbamyl y était défendu par des forets immenses qui en rendaient l'accès difficile de tous les côtés-, et Dargo avait résisté en 1842 aux efforts du général Grabbe, qui dans cet éthec avait perdu son grade et sa réputation. Les Gircassieiis avaient barricadé les fortifications naturelles de cette position avec des blocs de rochers et des troncs d'arbres, et frappaient à coup sûr derrière ces retranchements improvisés les officiers qu'ils reconnaissiient, bien que ceux-ci, courerts de l'uniforme de simples soldats, se fussent dépooillés des insignes de leurs grades.
Le canon ne pouvant rien contre ces barricades, il fallut les enlever à la baïonnette. La prise de cette position coûta d'énormes sacrifices. Schamyl , repoussé mais non vaincu. Prêtée insaisissable, jouant dans ces contrées le rôle d'Abd-el-Kader im Afrique, faisant parler avec un succès égal la poudre et la parole du prophète, profitait même de ses défaites pour exciter le sèle et le courage de ses guerriers. L'armée russe ne tarda pas à être cernée par mue insurrection générale, qu'elle aurait pu vaincre si le convoi de vivres qui devait la ravitailler n'eût été attaqué et enlevé par les montegnards, malgré les forces qui le protégeaient. Worootzoff dut
songer à la retraite; elle fut désastreuse; le bot de h campagne était complètement manqué. Scfaamyl , debout an milieu de ses guerriers, leur adressa cette excentrique harangue :
a Le regard du prophète en passant par vos jeux a foudroyé les inâdèles; ils étaient dix contre un, nuis un croyant vaut dix Rosses. Vous ne les avez pas comptés, mais vous les avez battus. Leurs cadavres serviront d'engrais à nos campagnes ; les semailles arrosées du sang inâdèle produiront des moissons fertiles ; Tépi de blé mûri sous le soleil de votre gloire vous donnera le pain des forts et des vaillants. Guerriers , je suis content de voos. 31
Dans le même temps, au delà des mers, une voix autrement puissante, puisqu'elle parlait au nom danai Dieu vivant, sur les lèvres de son représentant sur h terre , faisait entendre de solennelles paroles à celui que soixante millions d'hommes considèrent aussi comme le pontife du même Dieu. L'empereur Nicolas se trouvait à Rome. Ce voyage , dont le prétexte apparent avait été la santé de l'impératrice Alexandra, languissante depuis la journée du 14-26 décembre, fit espérer un rapprocbement entre le saint-siége et la cour de Russie. Grégoire XVI, sans faire la moindre concession aux droits imprescriptibles de la religion dont il est le chef, ne négUgea aucun moyen pour obtenir des jours meilleurs à la Pologne catholique et rappeler au puissant autocrate qne la clémence et la miséricorde sont les plus beaux attributs de la puissance souveraine. La mémoire des rois ne se perpétue dans le cœur des hommes que par le souvenir du bien qu'ils ont fait durant leur vie. Le langage da saint vieillard fut noble et digne, l'attitude de l'autocrate fut digne et respectueuse; la majesté du catholicisme,