‹ Histoire de l'Empereur Nicolas (trente années de règne)Chapitre 220 sur 331 · CHAPITRE SEIZIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE SEIZIÈME

formation d'un comité de salut public. Trois dictateurs , constitués en gouvernement provisoire de toute la Pologne, organisèrent la milice, formèrent un régiment de krakuses et instituèrent un club national sous la direction du citoyen Dembowski. Cependant les Autrichiens, revenus de leur panique, marchèrent de nouveau sur Cracovie et menacèrent de la bombarder. Les dictateurs voulaient s'ensevelir sous les ruines de la ville; mais les bourgeois les plus notables leur ayant fait entrevoir les malheurs inévitables que la témérité d'une résolution semblable pouvait attirer sur Cracovie , ils se décidèrent à négocier avec le général Collin. A cet effet, deux Français, domiciliés depuis longtemps dans cette ¥ille, furent envoyés en qualité de parlementaires. Le général autrichien ne voulut pas les recevoir, a Ce n'est pas avec des Français , dit-il , que je veux traiter, c'est avec des bourgeois de Cracovie. y> Il demandait : P Que la ville se rendit à discrétion; 2® qu'on lui donnât des otages pour la sûreté de ses troupes; 3® qu'on livrât tous ceux qui avaient pris part à l'insurrection.

A ces conditions, les députés de Cracovie répondirent que là où il n'y avait point eu insurrection , il ne saurait y avoir des coupables, a L'administration révolutionnaire, ajoutèrent-ils, avait été motivée par l'éloignement des troupes autrichiennes, dans le seul but de lui donner des autorités. » Le général ayant insisté pour avoir des otages , les commissaires se retirèrent sans que rien fût conclu.

Le lendemain , le comité de sûreté envoya au général autrichien une dépêche conçue en des termes soumis, mais énergiques ; elle en appelait à sa justice , à son humanité. Le général répondit a que n'ayant pas de pouvoirs pour entrer en négociations, il consentait à laisser Ton II. il

encore douze heures de réflexioa à la ville. » Les insurgés profitèreui de ce délai pour évacuer la ville daos la nuit du 2 au 3 mars. Les douae heures accordées à la capitulation étaient écoulées y et les ilutricbiesft hésitaient encore à pénétrer dans la ville y lorsqu'un bataillon russe et un forL détachement de Cosaques la parcouraient déjà, drapeaux déployés, sans rencontrer la moiodre résistance. Alors les Autrichiens s'avancent de leur côté avec quatre compagnies d'in£anterie et une division de chevau-légers. Les troupes éirangère& fureni reçues avec joie par les habitants, qui dans cette tentative de révolution n'avaient enlrevu qu'une cause de nouvelles calamités. Les troupes prussiennes n'arrivèrent que trois jours après. Déjà avant la réunion complète des troupes des trois puissances, la ville avait été mise en. état de siège par une proclamation des généraux russes et autrichiens. Les insurgés sortis dans la nuit du 2 au 3 mars se rendirent sans condition aux Prussiens, et burent, après avoir été désarmés., dirigés par détachements de six cents à huit cents honuaes sur les Cortesesses de kosel, de Neisse et de Plete.

Les drapeaux réunis des trois, puissanaes flottaient sur les murs de la ville libre ée Cracovie; mais il ne s'agissait encore que d'une occupation passagère. Cependant cet événement produisit une vive impression en France et ea Angleterre. Dans le premier de ces pays, ce fut ua ami de la Russie,, un ex-volonlaire des armées impériales, qui prit l'initiative des interpeUations adressées à ce sujiet, le 13 mars^ à la Chambre des députés.

M. Henri de la Rochejaquelein n'avait pas cru possible que la tribune française restât silencieuse devant les douleurs de la malheureuse Pologne, ^uaod depuis

GH/IPITRE »EIZI1;MR. teS

qnatone années les deux Chambres reproduisaient périodi^pw»eBt des Tcras unanimes en faveur de cette généreuse nation. Ces vœux , il est vrai , ressemblaient à une épîtaphe sur un tombeau ; mais quand l'heure de l'action avait sonné y fallaîtril abandonner lâchement un pays qa'on avait précipité dan? les aventures, sur la foi de vaines espérances? Ce n^était pas des vœux stériles que demandait la Pologne , c'était des actions ; mais à défaut d^actions , il importait à IHiooneor de la France d'élever la question de l'humanité au-dessus de celle d'une fausse politique.

Le& kilerpelkitimi& du député vendéen , qui sousdiverses cocardes avait défendu toutes les causes et sewi tous les intérêts , se formulaient ainsi : Quels renseigoementa le ministère pouvait-il- donner à la Chambre »ur le» itfaîres de Pologne? Comment avait-il accueilR les vœvx exprimés par quatorzeadresses des deux Chamr bres? Que comptait-il faire en faee de la nationalité polonaise aux prises avec l'agonie de son indépendance? Quelles mesures prendrait-il enfin pour assurer à la Mogne, et notamment à la ville libre de Cracovie, les ^ttanties stipnlées pai* tes traités de 1815?

Les ministres des adaires étrangères d^Anglètenre et de France établireut simultanément, que l'existence de la république de Cracovié ayant été garantie parle traité de Vienne, devenait, à ce titre, une question européenne; que kl Fvimoe et la grande-Bretagne, comme paiaBance» signataires , avaient pris, pour ainsi dire, soBs kttr protection., le» dtoits et l'indépendance de la seule vide qui restât libre en Pologne. La violation de ces traités, àFendvoil i» Cracovie, si faible que fut cet état, le» vemettrailf toua en question.

Le ministnB anglais qui devait plu9 tard primer dans

la diplomatie européenoe par ses instincts brouillons et tracassiers , fit entendre un langage particulièrement énergique : a Je reconnaîtrais volontiers, disait alors lord Palmerston, que dans la marche des troupes, les trois puissances ne se sont pas écartées des traités de Vienne; mais lorsque les événements allégués par ces puissances comme justification de leur invasion dans Cracovie auront cessé , il sera du devoir des trois puis* sauces de remettre cette république sur le pied d'indé* pendance où elle se trouvait placée auparavant

» J'ai une trop haute opinion des sentiments de justice et d'équité qui doivent animer les trois puissances, pour douter de leur intention d'agir vis-à-vis de Cracovie, dans un autre esprit que celui du traité de Vienne. Ces gouvernements seront assez intelligents pour voir que le traité de Vienne doit être considéré intégralement, et que l'on ne saurait permettre à un gouvernement de faire un choix des articles qu'il voudrait exécuter et de ceux qu'il voudrait violer. J'ajoute que s'il est des puissances signataires du traité de Vienne qui aient intérêt à ce que ce traité ne soit pas violé, ce sont les puissances d'Allemagne; et il ne saurait, j'en suis certain , avoir échappé à la perspicacité de ces gouvernements, que si le traité de Vienne n'est pas bon sur la Vistule , il doit être également mauvais sur le Rhin et sur le Pô. »

Cependant les intentions des trois puissances intervenantes tendaient clairement à anéantir dans la république de Cracovie les derniers vestiges de la Pologne. A la suite de longues conférences, l'incorporation de cette ville, reconnue libre par les conventions de 1815, fut définitivement incorporée dans l'empire d'Autriche. L'émotion fut grande en France et dans toute l'Europe. Le désaccord survenu à cette époque entre la France

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