CHAPITRE SEIZIÈME
et la Grande-Bretagne au sujet de la question des mariages espagnols ne permit pas aux puissances constitulionnelles de donner à leurs réclamations le caractère d'unanimité qui aurait pu peser dans les décisions des cabinets absolus. M. Guizot et lord Palmerston se conientèrent de protester isolément, et la dernière lettre du Bom polonais , comme nation indépendante , fut effacée 8ur Ja carte d'Europe.
Un événement important vint réjouir à la fin de cette année l'intérieur de la famille impériale. La grandeduchesse Olga épousa le prince Charles de Wurtemberg. Celte jeune princesse, la seconde fille de l'empereur Nicolas, était née le 30 août-11 septembre 1822. Non moins belle que sa sœur la grande-duchesse Marie, mais d'un genre de beauté plus classique, elle était l'orgueil et la joie de la cour. Antérieurement, elle avait dû s'unir à l'archiduc Etienne d'Autriche , gouverneur de Bohême ; mais la question religieuse avait seule empêché l'accomplissement de ce mariage désiré par les deux cours. Nicolas exigeait que sa fille conservât son culte, et eût sa chapelle particulière; l'empereur d'Autriche repoussa ces conditions. Le prince Gharles-Frédéric-Alexandre , né le 6 mars 1823 , était le fils aine et l'héritier direct du roi Guillaume T' de Wurtemberg.
Sur ces entrefaites , Grégoire XVI , qui , sous l'inspiration peut-être d'un secret pressentiment de sa fin prochaine, avait parlé à l'empereur Nicolas des jugements de Dieu , avait comparu devant le tribunal où les rois comme les peuples doivent rendre compte de ce qu'ils ont fait en passant sur la terre. A Grégoire XVI suecéda sur le trône de saint Pierre , Jean-Marie Mastaf- Perrelli, évêque d'Imola, l'une des principales lumières de l'Eglise. L'avènement de ce pontife, qui, depuis son
entrée dans les ordres., s'était iait remarquer ipar sa haute iotelligence et l'élévatioD de ses verfiis, iDavqaen dans l'histoire du monde comme un des événements les plus imporlants de ce sièele. Des bords du Tibre, les acclamations de Borne saluant l'éla dn C4)siclave.y relentirent sur les rives de la Neva , jusque dans le palais d'hiver, du Nicolas après avoir donoé la prière d'un regret au souvenir de son loyal et pieux adversaire, prêta une oreille attentive aux tressaillements d'un peaple qui se levait le matin aux cris de la liberté, pour tomber avant le soir dans l'ingratitude cft la Jicence. Délaamée du cœur de Pie IX par la main des sociétés secrètes, le pied de Rome devait pisser dans le sang , à une heure marquée par la perspicacité du Czar.
4i L'Italie, avait dit l'empereur Nicolas, n'eet point mûre pour jouir en paix des bienfaits qu'on lui accorde*, les Italiens sont des enfants gâtés par leur beau ciel , leur beau climat, leur beau sol... Avec les réformes qu'on leur donne, ils feront des allumettes chkniqnes pour incendier leur belle patrie. » Disant ainsi, ISicolas . lisait dans un avenir fias rapproché qu'il ne le croyait lui-même. Le travail souterrain d'une révolution .politique et sociale se préparait à l'occident : celui de la richesse et de la prospérité se faisait au sein de l'empire moscovite. Jamais peot*étre le développement des ressources .financières ne s'était montré dans une plus heureuse situation. Au moment où tous les États ewopéens Itfttant avec la disette et nne crise commerciale éprouvaient de sérieux embarras., lorsque la France et Ja (Grande-^Bretagne se voyaient forcées de ooniracter un nouvel .emprunt, l'empereur Nicolas détalait des ressources inconnues et démontrait par 'deux actes consécutifs l'état prospère des finances russes.
CHAPITBE SEIZIÈME. 167
* Au moment où par sa situation extra-réglementaire la banque de France se voyait dans la nécessité de modi^ fier ses relations avec le commerce, Temprerenr Nicolas loi fit offrir par stm chargé d'affaires à Paris et par l'ii^termédiaire du ministre des affaires étrangères d*acheter, au co«rs moyen de la bourse du II mars ( 115 fr. 75 c. ) , des inseirptions Ae rente pour un capital de 50 millions en tiuinéraire livrables à Saint-'Pétersbourg. Lorsque ccftte oégociatien y tenue secrète jusqu'au dernier 2moment , fut connue y ^eHe produisit une hausse énorme dans les cours pufblics.
fin même temps un oukase, en date du 21 mars- 2 avril, décida qu'une somme de 120 millions de francs, prélevée sur la réserve de 460 millions accumulée dansles caisses du trésor impérial, serait employée en achat de rentes. Cette réserve restait improductive en raison de la confiance inspirée par les billets. On pou* vait en distraire le quatt sans inconvénient. Une partie des 120 millions fut convertie en consolidés anglais et en fonds hollandais. De même qu'en France, la pénurie des subsistances se faisait sentir dans ces pays; l'exportation du numéraire qui avait eu lien dans ces deraiers temps en Anglcfterre la menaçait d'une crise effrayante. La première de «ces opérations fut considérée par les optimistes politiques eomme l'indice d'un rapprochement entre les cours de France et de Russie, comme une marque etgnificative d'un changement heureux dans les rapports 'des deux nations , mais elle ne fat en réalité ée la part de la Snssie qu'une spéculation des plus togiqnes.
La banque de France ^vtiit épmsé son numéraire, dont une grande partie savait été consacrée à l'achat des grains russes. D'un autre edté, tfomme les espèces af-
fluaient à Sainl-Pélersbourg, le Czar avait pensé a¥€c raison qu'en facilitant la rentrée en France de 50 millions en numéraire , il mettrait la banque de France en position de continuer ses avances aux importateurs des blés d'Odessa. De toutes manières, dans le service renda au crédit français par le gouvernement moscovite il y avait une excellenle opération pour le trésor impéiiil et pour les provinces méridionales de l'empire. En premier lieu j un placement sur la rente française ne pouvait être que fructueux , la vente ayant eu lieu dans un momeot de dépression ; par les conséquences mêmes de cette opération , les cours devaient, en atteignant le niveau qu'ils avaient eu Tannée dernière, permettre à la Russie de vendre 122 francs ce qu'elle avait acheté 115 75. En attendant, une partie des 425 millions formant la réserve métallique du trésor impérial devait porter intérêt Mais le côté le plus saillant de cette question se trouve dans les avantages que la Russie se ménageait par la vente de ses grains. Le commerce français se trouvant dans la nécessité de s'approvisionner en Russie, la banque, créancière d'un capital de 50 millions, ferait, jusqu'à concurrence de cette somme, traite sur les banques du gooFemement impérial, et la grande partie du produit des traites servirait à payer les grains achetés pour le compte des négociants français. Comme on le voit, l'opération, considérée sous toutes ses faces, était plutôt financière que politique. L'empereur Nicolas tenait trop à ses idées pour les modifier jamais en faveur du système et de la personne de Louis-Philippe. Les sentiments qu'il nourrissait dans son cœur contre le représentant couronné de la révolution de juillet se traduisaient incessamment par des signes d'une répulsion manifeste , et donnaient aux relations internationales un caractère qui n'était rien