CHAPITRE SEIZIÈME
moins qa'amical et conciliant. Ce n'est pas dans l'exercice rigoureux de ses devoirs de conducteur de peuples qu'il faut chercher le cœur d'un autocrate : là, c'est trop souvent la voix d'une impérieuse nécessité qui se fait entendre j c'est dans les rapports intimes du souverain avec ses sujets dans le cercle de la famille, qu'il faut étudier sous toutes ses faces ce cœur par lequel vivent soixante millions d'hommes; c'est là qu'on trouvera celui de l'empereur Nicolas dans toutes les magnificences de ses qualités.
Sentinelle vigilante placée par Dieu à la tête de son vaste empire pour sauvegarder l'honneur et les intérêts de la Russie 9 toujours debout sur son épée pour repousser les atteintes qui pouvaient la frapper au cœur, Nicolas dédaignait l'injure qui s'adressait uniquement à sa personne. Lorsque parut le fameux ouvrage de M. de . Custine, intitulé : La Russie en 1839, l'Empereur lut lui-même à haute voix dans les appartemenis de l'Impératrice les passages malveillants qui le concernaient ainsi que les membres de sa famille. Puis, semblable à cet empereur romain dont on avait brisé les statues, il dit en indiquant la place ou battait son cœur : a Les offenses du marquis que j'ai reçu avec tant de bienveillance à ma cour, ne sont point arrivées là. Ce livre, ajouta-t-il, peut être bien écrit, mais à coup sûr il est fort mal pensé. » A la même époque, faisant dans la matinée sa promenade habituelle autour du palais d'hiver, il rencontra un vieillard paraissant en proie à une vive émotion. Son front pâle était aussi blanc que la longue barbe qui tombait sur sa poitrine.
tt Qu'as-tu, père? » lui demanda l'Empereur.
Mais le vieillard, ne pouvant articuler un mot, se précipita à ses pieds.
170 HISTOIRE 1>E L'EMPEREUR XICOLAS.
a Relève-toi, reprit l^mpereur; im iiomme de im âge ne -Ami se mettre à genoux qae devant Dieu. AMa vme smppKque à m'adremer, un plaœta ne remelire?
— Non , Sîre.
— Qoe me ve«x-ta donc alors?
— Le bonheur de te voir.,. Four avoir œ boahen*, je viens de bien loin, va!...
— D'oii viens-tu ?
— De la Sibérie , oii je mis né.
— Quel âge as-tu ?
— - Je ne compte plus depius que je me sois arrêté <lan8 tton.caknl, à l'âge de cent ans.
— Et tn as quitté ton pays «umquemeot pour me venir voir?
— Je n'avais jamais vu d'empereur; mis à présent que mon vœu est exaucé , je puis mewir su paix. Cependant je voudrais bien encore une choae. Sire.
— Laquelle ?
— Voir l'fanpératrice !
— Eh bien, donne-^nm ton bras, aipfme-le fortement sur le mien, et viens avec moi; je te moatnerai ma femme, mes enfants, mon palais^ itoat^^ ^ voudras, d
Un instant après TEmperenr présenta à l'impératrice et à la famille impériale le ^centenaire qni ne compttk plus «es jours depuis qu'As «valent fran<M les limites d'un siècle.
Ainsi qu'il l'avait fait pour l'Emperem*, lecentemâie se jeta aux genoux de i'Impératrioe; mais, igavraitte usages de la cour, il serra dans ses mains froides «t ^ dées la main que l'augnale princesse olicait à ses lèvres. Le lendemain il repartît pour la Sibérie, sans songer à visiter la capitale, qui ne renfermait à jses yeux qo'uae