‹ Histoire de l'Empereur Nicolas (trente années de règne)Chapitre 224 sur 331 · CHAPITRE SEIZIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE SEIZIÈME

Airieux, s'empare du pauvre eufant, TenlraiDe dans la chambre qui lui servait d'arsenal , et détachant d'une panoplie un pistolet chargé, il lui brise le crâne. An bruit de la détonation , le garde -chasse, saisi par un affreux pressentiment, accourt, et se trouve tout à coup en présence du cadavre de son fils et du meurtrier, debout auprès de sa victime. L'enfant se tordait dans les convulsions de l'agonie.

tt Est-ce toi qui as tué mon fils ? demanda le gardechasse d'une voix brisée par le désespoir.

— C'est moi.

— Pourquoi l'as-tu tué ?

— Parce qu'il a brisé la patte d'un de mes chiens.

— Recommande ton âme à Dieu , tu vas mourir. y> L'assassin voulut s'emparer d'un second pistolet;

mais avant qu'il parvînt à la panoplie, le garde-chasse Tavait, d'une main vigoureuse, ployé à genoux, a Recommande ton âme à Dieu, te dis-je, pour qu'il ait pitié de ton âme, si toutefois les monstres en ont une.

— Grâce, pitié, au secours! au secours I s'écria le seigneur se débattant en vain sous l'étreinte de fer qui le clouait à terre; grâce, au secours! Veux-tu de l'or, je t'en donnerai tant que tu en désireras.

— L'or ne rachète pas le sang.

— Veux-tu la liberté ? Tu seras libre.

— La liberté ne me rendra pas mon enfant

— Pardonne-moi; grâce, au secours! à moi, au secours! » Attirés par ces cris de détresse, une douzaine de serfs accoururent pour défendre leur maître ; mais à la vue du cadavre du fils et du désespoir du père , ils comprirent toute l'horreur du drame qui venait de se passer dans cette salle inondée de sang.

174 HISTOIRE DE L*EUPERËL'R XICOLAS.

« A moi, me» enfant», s'éeida le seigneur, défieodez-

Mai» pas nna voix ne ae it enfondiTe, pas tm hna ne se tendit peur preadre là déf(mse dm menrtaricv.

tt Ces bpave» jens ne sont: pu-veone ici po«* te saover^ s'éeri» le garde-chasse; ils sont ici pour te jagsr et assister à l'exéeuiioa de la. sentence. » Le leksantalflrs^ il lui serra les bras au corps aniee sa eekilane, et>le fil aofieoîr sur un funieuiL.

Alors , passani: earttviie foutes les Yiolancesi et les abus d'autorité dont il s'était rendu coupable, le g^rde-cfaasse, transformé en juge , lui fit subir un long, interrogatoire en présence du cadavre de son fiJs , terrible et silencieux témoin de son dernier crime; puis, s' adressant aux esclaves debout devant Lour seigneur, pale d'effroi , il leur demanda : a Quel châtiment mérite cet homme ?

— La mort, répondirent d'une seule voix les membres de ce tribunal de haute justice; mais qui remplira l'office de bourreau ?

— Le père qui n'a plus d'enfant, » répliqua le gardechasse, et répétant une troisième fois : « Recommande ton âme a Dieu , » il lui plongea Jusqu'à fa garde son couteau dans fa poitrine. Le jour même, il se constitua prisonnier aux mains des autorités du district; mais l'Empereur instruit de cette affaire, ordonna qu'il fût remis en liberté, disant : « Cet homme n'a pas été coupable : à chien, mort de chien, yr Sobaijesobifisehëskaja stncTfj,

Un auti*e acte* moins dramatique, mais égalemea^i^ marquable par son appiîeatîon et ses^eoBuèfaences, eut Keu à la même époque dans le gouvemeoMiit du Ki^ff* Un seigneur, un tyran plutôt, véritable mcosftre à figure humaine, faisait knonter chaque matin demuit lui,

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8oa déjeuner y. pour se onettre en- appéiii sans doute, les setfs désignés- à. s«s io^lîiiictfir Wbares par soa inteadaiil, honuBo dur et cruel ^ iaipiteyablQ comaie son matire; U aimaU à vois les chairs paoielaotes et bteue», iL se déketaii à la me du sang. Un jour que la résignatioa et kpatieflea de ses esclaves fuireni à bout^ l'un d'eu»^ dMonant la sigasi de la réveJUe, s'eoàpara dui seigueuv^ et réoûiasant. ses eamarades- dauft la salle deslioée aux exécutions ordinaires , il parut dosant aux^ vétudo la robe de chambre du naaitre, 9^^ ioiitaot sa voût. et ses gesies<y il hii dit :. a Coq^ia, je te condamne à percevoir trente, coups de knout;, or,, comnae nous-au4ffes asclaves nous sommes indignes de toucher à la peau sar crée de la. seigneurie^ c'est ton intendant qui exécuéeva la sentence. Pendant les préparatifs dm sufpbcc, les^ serjs se firent servir ua somptueux^ déjeuner,, et bvventi à la sauté du maître les meilleurs vins de^ sa cane, puis' à un signal donnée rinteodani menacé de recevoiir cinq^ coups de knout pour un coup; légèrement api^liqpo' sur rexirémité inférieure du. torse, seigneurial),. CMcuta au milieu de& éclats de rire d'uno partet de» criS) désespérés dePautne, la sentence pconoaeée; Pendant, cette exécution ^ le paysan revêtu de la. robe de chambre, du patient, se promenait les mains derrière le dos, répétant à chaqiiie coup, avec Taccent d'une voix fidèlement iaiiiée : u Plus fort dono^^ coquin , plus foctl: y>. Lorsque juatice fut ainsi faite, le paysan s'adressant à l'intendant., luidi^ : a A ton tour, maintenant. » Et malgré ses: prières et ses cris de douleur, il lui appliqoa dfune main vigoureuse soixante coupa de knout,, itotés à l'unanimité par les P&jsana iiévoltés> néunis en cour de justice..

Les paysans résignés au» cooséqilenoes de leur ven* geance se livrèrent d'eux-mêmes à la justÛQO..».. Hais il

résulta de l'enquête ordonnée par TEmpereor, que le principal coupable était celui qui par Foubli de ses devoirs et la cruelle application de son autorité avait en quelque sorte justifié d'avance, en les provoquant, les excès dont il avait été victime. Ses biens furent mis en tutelle, et les paysans qui avaient joué les principaux rôles dans cette étrange révolte furent condamnés à servir pendant un certain nombre d'années, en qualité de soldats , dans les armées impériales.

En dehors des préoccupations du gouvernement et lorsqu'il descendait des hauteurs olympiques de son immense pouvoir, Nicolas aimait à se confondre dans la foule, parmi le peuple, pour se reposer dans la vie commune des représentations de son existence autocratique. Fatigué du langage uniforme des courtisans, humbles thuriféraires de toutes ses volontés , il se plaisait à provoquer, sous le voile de l'incognito, d'abruptes réponses et de franches répliques. Le lendemain d'un de ces jours de jeûne si fidèlement observés par le peuple russe, il rencontra dans une de ses promenades solitaires un mougik complètement ivre , mais de parfaite humeur.

a Pourquoi t'es-tu grisé ainsi? lui demanda-t-il.

— Ce n'est pas moi qui me suis grisé , répondit le mougik en cherchant à conserver son équilibre.

— Qui est-ce donc alors ?

— L'eau-de-vie de Sa Majesté, qui ne vaut pas le diable.

— Sa Majesté?

— Non, l'eau-de-vie.

— Tu as eu le tort de trop en boire...

— J'ai bu ce que j'ai voulu , je l'ai payé, donc Je ne dois rien à personne ; laisse-moi tranquille et passe ton chemin. Tu n'as rien à voir à ma conduite.

— Peut-être...

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