CHAPITRE SEIZIÈME
devant elle le froment qui servait à ses pieuses libéralités. Partout c'était de ravissantes plantations, qui toutes devaient leur origine au goût de TEmpereur et à son amour pour sa famille. Le souvenir même des êtres chéris enlevés trop tôt à ses affections par la mort fleurissait toujours dans son cœur. Au palais de Tsarskoé- Sélo, de l'appartement où sa fille bien-aimée, la grandeduchesse Alexandra, s'est endormie pour se réveiller dans l'amour des anges, il a fait un pieux sanctuaire : tous les objets qui ont servi à la jeune fille y sont conservés dans le même état qu'ils étaient à l'heure de son dernier sommeil ; nulle main profane n'ose y toucher ; les lèvres seules de l'Empereur recherchent parfois une empreinte que le temps n'a pas encore effacée... A la mémoire de celle qui n'est plus, Nicolas a élevé un pieux monument dans un endroit isolé du jardin. C'est là qu'Alexandra , jeune fille , assise pendant des heures entières sur les bords d'un étang et près d'une cabane de bouleau, aimait à donner à manger à six beaux cygnes blancs.
Le lendemain de la mort de la grande-duchesse, les cygnes blancs, remplacés par six cygnes noirs, furent transportés dans une autre pièce d'eau à l'extrémité du jardin; mais, attirés sans doute par quelque mystérieux souvenir, ils revinrent au lieu où leur douce maîtresse, hélas ! ne devait plus revenir.
L'Empereur a fait placer dans la cabane de bouleau un portrait de la princesse avec celte touchante inscription , dont le contenu se trouva si souvent sur ses lèvres : « Oui, je sais, papa, que lu ne connais pas de plus grand plaisir que celui de préparer de semblables surprises à maman. » C'est là, dans ces lieux pleins de tendres réminiscences, que l'Empereur, s'arrachant aux
affaires de TEtat, Yenait à neuf heures du matm plier le geoott devaat Timage de sa fille, lui devant qui tous les geooux pliaient C'est là que sa main, pour se reposer des fatigues du sceptre , se plaisait à donner à manger aux cygnes de sa fille tant regrettée...
Oh! non, avec un cœur semblable, cet homme, cet empereur, ne pouvait pas être un méchant empereur, un méchant homme.