‹ Histoire de l'Empereur Nicolas (trente années de règne)Chapitre 228 sur 331 · CHAPITRE DIX-SEPTIKMË · texte numérisé non relu

CHAPITRE DIX-SEPTIKMË

bras nus, à Fœil sanglant, reposant son pied sur des débris de sceptres, de couronnes, de trônes, et jetant trois têtes royales pour déû à l'Europe. Puis , plongeant son regard au delà des frontières moscovites, il crut voir se relever comme du fond d'un tombeau l'ombre de la Pologne. Ce n'était plus qu'un squelette; mais ce squelette, galvanisé par les noms àe patrie j à^indépenrdance et de liberté, tenait une épée à la main, et de Vautre le drapeau tricolore de la France. Puis des bords de la Vistule reportant ses regards sur les rives de la Xéva, il apercevait sous de sinistres feuillages les ombres des suppliciés du 14-26 décembre, réveillés aussi par le souffle de la liberté et secouant la poussière de leurs

linceuls contre les murs de la forteresse Voici ce

que l'Empereur, en moins de temps qu'il ne nous en a fallu pour l'écrire, vit passer sous ses yeux et enlendit vibrer dans son oreille : tableaux sanglants, bruits de guerre et voix de mort. . . la république française enfin. Son parti fut bientôt pris. M. Mercier, chargé d'affaires, représentait alors la France à Saint-Pétersbourg. L'Empereur le fit venir au palais d'hiver, et lui dit, que, fidèle à la ligne politique qu'il suivait depuis son avènement au trône, il ne pouvait reconnaître le nouvel ordre de choses en France; malgré ses répugnances pour le sjstème républicain , il respectait trop le droit des naiions pour s'opposer à leur libre arbitre; mais, dans rintérêt de ses peuples et pour sa propre dignité, il ne pouvait consacrer par son assentiment des faits qu'il considérait comme fatals au repos de l'Europe. 11 finit par l'engager à prendre le plus promplement possible ses passe -ports. 11 poussa même la gracieuseté jusqu'à lui offrir l'argent dont il pourrait avoir besoin pour quitter la Rgssie et rentrer en France.

.En même temps, le consul frftaçais, M. Valade, fot invité de la part de TEmpereur à réanîr tous les mefliiires de la colonie française, et k les présenter m comte drMT, qui leur ferait connaître ses intentions. Ces Francah, pour la plupart établis depuis de longues années en qnalité de négociants à Saint-Félersbourg^, redoutaient ponr la sécurité de leur commerce les conséqoences et le contre-coup de la révolution de février. Nicolas , en baine de la république qu'ils n'avaient point ^éf^rée^ qu'ils déploraient, pouvait les renvoyer en France, ei cette mesure c'était la ruine de lenr fortune, c'étmt la misère et le malbeur!... Ce fut donc avec le désespoir au cœur qu^ils se présentèrent devant le comte Orleff, qui , se faisant l'interprète de la pensée de l'Emperenr, leur adressa au nom de Sa Majesté ces quelques paroles: tt L'Empereur, mon auguste maître, m'a diargé, usessieurs y de vous faire comiaître ses volmlés suprénses à votre égard ; je le fais avec d'autant plus de satisfaction que dans l'expression de ces volontés vous reeonm^ez les intentions bienveillantes que Sa Msjesté a toujours eues pour les membres de la colonie française.

y> Les événements déplorables qui viennent de se pas* ser dans votre pays, la proclamation de la république remplaçant la monarchie constitutionneHe , les menaces que le nom seul de cette ferme de gouvernement tient suspendues sur l'Europe, se changeront pas ses heureuses dispositions à votre égard. Quoi qu'il arrive, vous serez protégés , respectés , secourus au besoin dans votre commerce, dans vos personnes, dans vos intéièts comme par le passé. Le regard de l'Emperenr ne se détournera pas de vous ; mais pour prix de cette bienveillance inaltérable, il attend de vous, messieurs, une prudence, une circonspection dans vos relations avec

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