‹ Histoire de l'Empereur Nicolas (trente années de règne)Chapitre 23 sur 331 · CHAPITRE DEOXIBME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DEOXIBME

fait mift au froid... L'Empereur, malgré râ|>reté de la température et les avis du docteur Wylie, voulut faire à cheval un long trajet sur les côtes de la mer Putride, si souvent fatale aux Russes. Le soir même il fut pris d'une ioux obstinée, fatal précurseur d'une fièvre intermittente qui ne tarda pas à se déclarer. Le docteur Wylie désirait que le voyage fût interrompu, mais Alexandre, comme s'il eût compris le danger de sa position, et désireux de voir l'Impératrice avant de mourir, ordonna qu'on lui fit reprendre à l'instant même le chemin de Taganrog. Son humeur sombre avait fait place à une irritabilité nerveuse tout à fait contraire à la douceur habituelle de son caractère.

Les fatigues de la route ne firent qu'augmenter ce malaise moral : pour la première fois de sa vie peut-être il se plaignit du mauvais état des chemins ; ils étaient magnifiques, de la lenteur des chevaux; ils volaient avec une rapidité d'aigle. Son humeur chagrine, constamment en révolte contre les recommandations de son médecin, se manifestait chaque fois que celui-ci lui conseillait de se précautionner contre les vents glacés de la mer. En toutes choses il semblait rechercher avec avidité les dangers qu'on le suppliait de fuir.

Enfin, il arriva le 16 novembre à Taganrog : il s'évanouit en entrant au palais du gouverneur. Se trouvant moins souffrant dans la soirée du même jour, il écrivit, avant de se coucher, à l'Impératrice mère qu'il ne se sentait pas bien, mais qu'il se ménagerait et qu'alors il n'y aurait rien à craindre : se faisait-il illusion sur son état, ou voulait-il donner à sa mère des espérances qu'il ne trouvait plus dans son cœur?

Quoi qu'il en soit , comme il ne croyait avoir besoin que de calme et de repos, il refusa avec autorité les re«-

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mèdes efficaces qu'on loi prescrivit. Le 24 novembre, la fièvre , qui jusqo'à ce jour n'avait été qu'intermitlcDte , dégénéra en une fièvre bilieuse inflammatoire et continue. L'érisypèle que Taugaste malade avait à la jambe rentra tout à coup ; alors Alexandre, comprenant la gravité de sa position , s'écria, à Tapprocbe du terme fatal : «Je mourrai comme ma sœur est mortel »

L^Impératrice , quoique fort malade elle-nieme, avait oublié ses propres souffrances pour s'occuper de celles de son époux; constamment au cfaevei de son lit, elk ne le quittait ni le jour ni la nuit.

Le 25 novembre, vers les quatre heures de l'aprèsmidi , Alexandre demanda de l'encre et du papier, puis il écrivit à sa mère une seconde lettre qu'il cacheta luimême; puis, à la vue de la bougie qui brûlait à ses côtés, il dit à son valet de chambre : a Les lumières qn'un jour tu emportas de mon bureau à Tsarskoé-Sélo pour conjurer un mauvais augure, ne sortent pas de ma mémoire; elles annonçaient le malheur qui me menace, elles brûlaient déjà pour mon agonie; Fedor, tu es un brave et fidèle serviteur, emporte cette bougie, on pourrait la prendre pour un cierge et croire que je suis déjà mort. »

Dans la nuit qui suivit cette conversation, plosieurs habitants de Taganrog aperçurent à deux heures du matin, au-dessus du palais qu'habitait l'Empereur, deux étoiles qui, brillant à une distance assez éloignée Tone de l'autre , se rapprochèrent et se séparèrent ensuite de nouveau. Ce phénomène se répéta trois fois. Alors un de ces astres se transforma en un globe lumineux d'un diamètre considérable, dans lequel le premier disparut tout entier. Bientôt après, le globe s'abattit sur l'horizon et disparut aussitôt ainsi que la première étoile. En

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