CHAPITRE DËlXiilfK
même temps le ciel devint noir comme un drap mor» tnaire , et se tdgnit après d'une lueur rougeàtre couleur de sang.
Les spectateurs de ce phénomène l'expliquèrent ainsi : a Ces étoiles représentent l'Empereur et l'Impératrice; ces deux astres, emblèmes de la pu^sance souveraine sur la terre, sont au déclin de leur éclat; la teinte sombre du ciel annonce que la Russie portera bientôt leur deoil, mais le premier, en mourant, léguera à la Russie de sanglantes funérailles. » Hélas I une vérité fatale ne devait donner que trop tôt raison à l'explication de ces tristes présages.
Le 36, le docteur Wylie, cédant aux prières de l'Inoh pératrioe, s'approcha du lit de l'auguste malade, et loi dit : A Sire , puisque vous persistes à refuser les secours de la science humaine, je supplie Votre Majesté d'accepter ceux de la religion.
— Oh! bien volontiers, répondit Alexandre en offrant sa main an docteur, et ceux-là, soit dit sans rancune, me sont plus utiles et me seront plus efficaces que ne Uauraient été tous ceux de votre docte savoir. » Le confesseur de Sa Majesté fut aussitôt introduit. «Mon père, lui dit Alexandre avec une admirable présence d'esprit, je connais ma position... La mort en veut à ma couronne^ Traitez-moi donc ^n chrétien et non en empereur » Alors , le front courbé sur les lèvres de l'Auguste malade, le prêtre reçut sa confession, et lui donna en échange l'absolution qui promet la vie étemelle. Au moment où le médecin des âmes allait se retirer, l'Empereur le rappela et lui dit: nVons avez oublié , mon père, de me donner une pénitence.
— C'est juste , répondit le prêtre. Je tous ordonne donc, an nom de Dieu, notre souverain maître, d'obéir
en tout et pour tout aux prescriptions de votre médecin, car Dieu pourrait considérer comme une intention de suicide la persistance que vous mettez à refuser les remèdes qui pourraient conserver les jours de Votre Majesté. »
Cette idée produisit sur Alexandre une impression si profonde, que rappelant aussitôt son médecin, il lui dit : «Faites de moi ce que vous voudrez, je me remets entièrement entre vos mains. » Wylie ordonna aussitôt Tapplication de vingt sangsues à la tète* Le malade en éprouva un soulagement momentané, mais il était trop tard. ... La fièvre reprit bientôt un nouveau degré d'intensité, un caractère nerveux qui résistèrent même à l'application des sinapismes répétés avec énergie.
Lorsque la nuit fut venue, l'Empereur dut joindre l'autorité de sa volonté aux instances du docteur Wylie pour décider l'impératrice Elisabeth à prendre un peu de repos. La princesse ne consentit à se retirer que lorsque le docteur lui eut promis de l'appeler à la moindre apparence de danger. Elle se jeta tout habillée sur son lit; le docteur Wylie la remplaça au chevet du malade.
L'Empereur se trouvait dans une agitation extrême, a Oh! si je pouvais dormir, disait-il : je sens que le sommeil me ferait /lu bien. . . y> Puis il ajoutait : « Je crains que vous ne vous soyez trompé sur la nature de mon mal, mon cher docteur ; ce sont mes nerfs qu'il faut guérir, ils sont dans un désordre épouvantable.
— C'est un mal , répliqua Wylie , dont les rois sont plus vigoureusement atteints que les simples particuliers.
— Surtout dans les temps ou nous vivons, fit Alexan^ dre. Ah I j'ai bien sujet d'être malade... Que deviendra