CHAPITRE DIX-SEPTIKME
rendait parfaitement la pensée politique de la révolution nouvelle, Risquons tout. Plus heureuse en Suisse, la démagogie faisait déjà de rapides progrès en Allemagne : le Wurtemberg, la Bavière, le duché de Bade, la Prusse, la Saxe, l'Autriche, s'embrasèrent en même temps. Partout les peuples, ayant pour avant-garde la jeunesse des écoles, dirigée elle-même par une influence occulte, se lançaient en armes dans les aventures de l'inconnu : ici aux cris de Vive la réforme ! là aux cris de A bas Lola Montés I plus loin aux cris de Vive la république ou de Vive l'unité allemande I Les souverains tremblants sur leurs trônes menacés courbaient leurs fronts et leurs couronnes devant Forage qu'ils auraient dû combattre ; au lieu de s'en faire une masse d'armes , ils cachaient leurs sceptres dans un coin du vestiaire de la révolution triomphante, et sans conserver l'honneur ils brisaient leurs épées. De toutes parts , en face des exigences brutales, impérieuses, omnipotentes de la démagogie, on ne vit que faiblesses, èoncessions, abdications, fuites honteuses, lâchetés. On vit même un roi commandant à deux cent mille soldats céder à une poignée d'hommes , et s'incliner devant les cadavres des émeutiers qui la veille s'étaient attaqués à son trône.
Le vent de la révolution soufflait avec la même violence en Italie. Là, comme en Allemagne, les souverains pactisèrent avec la révolte de leurs sujets ou sauvegardèrent la liberté dans la fuite. Un seul souverain véritablement digne de ce nom, le roi <les Deux-Siciles, osa regarder en face la révolution, et maintenir dans toute son intégrité l'inviolabilité de ses droits et l'honneur de sa couronne.
A la vue de ces défaillances morales, l'empereur Nicolas versa des larmes de rage et de désespoir; il res-
sentait profondément an cœur le coup des injures faites a la majesté royale , et il ne persista qne davantage dans ses desseins de répression. Après avoir adressé des remontrances sévères aux souverains qui n'avaient pas su mourir à leur poste en défendant ooBrageusement les droits qu'ils tenaient de Dieu, il se prépara sérieusement à la lutte.
La Pologne y renaissant à ses espérances de nattonalité indépendante , s'agitait sourdement ; la Russie elle-même paraissait devoir être envahie par le fléav qui ravageait l'Europe occidentale. La société moderne m^iacée partout par les idées socialistes appuyées sur les forces armées de la démocratie, justifiait l'attitude belli* queuse du Czar. Dans ces circonstances, Xicolas, prêt à en appeler à Dieu et à son épée , adressa comme chef militaire et religieux l'appel suivant à ses peuples :
tt Par la grâce de Dieu, Nous, Nicolas 1% empereur et autocrate de toutes les Russies^ etc.,
» Savoir faisons :
r> Après les bénédictions d'une longue paiz^ PEurope occidentale se trouve aujourd'hui livrée à des troubles qui menacent d'amener le renversement de tonte aoto« rite légitime et de tout ordre social . » L'émeute et Panarchie, qui d'abord ont éclaté t*n France, n'ont pas tardé à franchir les frontières de PAllemagne, et s'y répandant comme un torrent destructeur dont la fureur s'accroît en raison des cotècessions faites par les gauvememenis , ont fini par atteindre l'empire d'Autriche et le royaume de Prusse , nos fidèles alliés.
» Aujourd'hui Paudace révc^ntiosnaire, ne connaissant plus de bornes, ose même dans sa démeœe menacer la Russie, qui, par les mains de Dieu, nons a confie ses destinées.