‹ Histoire de l'Empereur Nicolas (trente années de règne)Chapitre 235 sur 331 · CHAPITRE DIX-SEPTIÈME. i · texte numérisé non relu

CHAPITRE DIX-SEPTIÈME. i

amoar de la patrie dont vous avez donné tant de preuves au inonde. Conservez le courage et la confiance dans votre force. Aidez-nous jusqu'à la fin comme vous l'avez fait jusqu'à ce jour, et Dieu sera avec nous.

» Roumanes 1 les Israélites ont été quarante ans dans le désert, et Dieu a été avec eux tant qu'ils ont eu confiance en lui; ainsi, venez, donnonsnaous le baiser fra** lemel, et jurez avec nous de conserver la patrie dans vos cœurs et de ne déposer l'arme du guerrier et le bâton da pèlerin qu'après avoir échangé entre nous le baiser de la résurrection. »

Accomplie avec l'assentiment de la Porte Ottomane dans la limite des traités , cette intervention ne put être considérée comme un démenti donné aux déclarations énergiquement pacifiques de la diplomatie moscovite; mais ses résultats furent remarquables en ce sens qu'en peu de mois la nécessité de résister à l'invasion des doctrines dissolvantes apportées de l'Occident avait fourni à la Russie un excellent prétexte pour s'établir dans une merveilleuse position militaire , dominant à la fois l'empire de Turquie et celui d'Autriche. C'est ainsi qu'en introduisant une armée russe au sein des principautés moldo-valaques , la révolution de 1848 ouvrait au panslavisme moscovite une porte que la diplomatie européenne avait tenue fermée jusque là.

An milieu de cet ébranlement général des nations, à la recherche les unes de leur indépendance , les autres d'une république, l'aristocratie orgueilleuse qui par ses fautes a conduit l'ancienne Pologne à sa perte, ne pot ébranler sérieusement la Pologne autrichienne, le duché de Posen et la Pologne russe. Des prises d'armes insignifiantes, des bandes irrégulières parcourant les campagnes sous la conduite de quelques nobles ruinés,

des proclàmatioiis sonores ^ des vœax stériles, des espérances déçaes , beaacoop de bruit d'abord , puis plos rien , voilà pour cette année tonte Tbiatoire des insurrections polonaises , répétant nne fois eneore : a Décidément 9 Dieo est trop haut et la France est trop loin. « La démoieraUe républicaine vonlat cependant aeeorder l'aumône d'une manifestation à la plus orgneilleose aristocratie qui existe an monde. Cette démonstration commencée le 15 nni par un pompier au palais Bourbon, avorta dans le ridicule à l'hôtel de ville. La violatk» de la chambre des représentants procura une victoire de pins aux baïonnettes de la réaction.

Vers les premiers jours de septembre, les agitalenrs, se faisant les auxiliaires d'un fléau qni moisseimait chaque jour de nombreuses victimes à Saint-Péterabonrg, signalèrent leur impuissance par des désordres sans portée. A cette époque, le choléra, marchant à la suite des révolutions, traînant les sociétés en dérive, comme ces oiseaux sinistres qui anx jours des t^upêtes suivent les navires en perdition, sévissait avec fnrenr. Ainsi qu'en 1832, les bruits d'empoisonnement, perfidement répandus parmi le peuple , soulevèrent des qiasses menaçantes et des flots de. colère dans les rues. L'empereur Nicolas, qui, depuis la réapparition du fléau dévastaieur, parcourait chaque jour les hôpitaux et s'exposait avec line admirable abnégation axix dangers de son penple, accourut sur le théâtre de l'émeute, fit arrêter ks menei^ra par les reventes eux-mêmes, et apaisa la sédition par 5a seule présence accompagnée de paternels reproches. C'est ainsi que s'élancant un joitr sans escorte au milieu d'un groupe nomb-eux et exaspéré de séditienx : * Que failes*vou8, malheureux, leur dit-il, qœ voulezvous ? de quoi vous plaignez-voos ?

CFAPITBK DIX-SEPTIÈITE. 189

. — Sirtj Tépondirent-Us, dos frères qui meoreiit à rhdpîCiil , sans secoors , après aToîr servi aux ex|iérieaces des médecins, sont eflÉerrés à la hâte sans pri^s et sans être haUUés '.

— Commeot le savez-UMM?

— Oqhous Ta dit.

•^ Eh bien f on tous a menti , et aïoi , je tous dis le contraire. Dumalii» a» soir je parcomrs Us hôpitaux , je n'ai pas fo «n sevi fait de kna ture de ceux que tous reprochez à tort aux adoMnistraîeurs el aux médeeias ; j'ai vu ait contraire les malodes parfeitement traités ^ j'ai tu les morts ensevelis avec tous les respei^s qui sont dus aux thrétioM de notre sainte Eglise.. « Je vois que tous êtes de nadheureux égarés; revenez à )a raison y pries IMeu pour qu'il vous pardonne et vous protège; rendes-roas dignes de s«s miséricordes. Ailes , mes enCanls, et reprews paisiblement vos travaux. » Et le peuple, plein de confiance d^ns les paroles du Czar, se retira paisiblement en disant : a Puisque notre père nous le dit, neos devons le croire, n

Hevreox le souverain qui exerce un tel empire sur son peuple! heureux le peuple qui pofôède une telle coofianee dans son souverain !

Cependanf 1er jour était venu où i'empereor Nicolas, fidèle aux proasesses de son manifeste, allait opposer anx poignards de la révolqtion Tépée du droit divin. L'aristocratie hongroise, traînée à la remorque par l'^oquenee d'en rhéteur pli^ienr et pactisant avec la démagogie atlemaode , mettait en péril l'équilibre européen. Se faisant du cadavre du général Latour à Vienne et de celui do général Lambert à Pèsth un piédestal pour s'élever à

^ Eb Rurale le$^ morts^ sont enscvelii , Im femmes dans une robe blasche et les hommes dans leurs plus beaux habiU.

la dictature d'abord, à une quasi-royauté ensuite, Kossuth traitait d'égal à égal avec l'empereur d'Autriche '. Débordé dans ses propres États par la guerre civile, attaqué dans ses possessions par la guerre étrangère, Nicolas n'hésite pas un instant.

Par un manifeste remarquable,, il indiqua franchement la nature et l'esprit de l'intervention de ses armées en Hongrie. D'après les termes de ce manifeste, les vues du puissant autocrate, usant du droit incontestable que lui conférait l'intérêt de sa propre conservation, étaient dégagées d'ambitions personnelles. Ses troupes n'avaient pas mission d'agrandir les frontières de son vaste empire , mais de les préserver de l'incendie révolutionnaire allumé en Hongrie par la démagogie européenne. Elles remplissaient en outre l'office d'un bon voisinage en secourant l'Autriche surprise, attaquée non- seulement à l'extérieur, mais encore au sein de ses propres Etats. L'intervention russe se fondait principalement sur la nécessité de pourvoir à sa propre défense.

En effet, si l'on jette un coup d'œil sur l'ensemble de la situation géographique de la Russie et sur l'état des populations qui longent les Carpathes et le Danube, il est évident que l'Autriche ne saurait être, de ce cété, entamée dans ses possessions ou attaquée dans sa puissaoce politique, sans qu'il n'en résultât pour l'empire de Russie une perturbation immédiate dans ses rapports et daos ses intérêts les plus essentiels. Or, ces rapports et ces intérêts, menacés dès le principe par l'insurrection hongroise , se trouvèrent gravement compromis le jour où le cercle de l'influence révolutionnaire s'étant agrandi

^ Voyez rhistoirc des révolutions d'Autriche et des guerres de fioDgne par Tautcnr de ce litre.

Page 1