CHAPITRE DIX-SEPTIKME. SOI
avec le foyer de son action , le mouvement magyar s'était iocarné à Pélément polonais.
Cette alliance, fondée momentanément entre deux éléments contraires, servait de base à une vaste insurrection qui avait pour but le soulèvement de toutes les contrées de Tancien royaume de Pologne. L'aspect des camps magyars ne laissait aucun doute à cet égard. Plus de vingt mille Polonais , intrépides soldats de la démagogie, étaient enrôlés sous les drapeaux bongrois; ils ; formaient des bataillons, des corps entiers ; ils avaient des officiers de leur nation , et à leurs généraux appartenait en grande partie la conception stratégique et la direction de la guerre. Du côté de la Gallicie ils menaçaient l'empire russe dans ses provinces polonaises ; du côté de la Transylvanie, ils paralysaient, en suscitant les Moldo- Vaiaques, les efforts que le cabinet de Saint-Pétersbourg, de concert avec celui de Constantinople , faisait pour maintenir le calme dans les Principautés. En un mot, les révolutionnaires entretenaient sur la vaste ligne des frontières russes un foyer dont les flammes attendaient les vents de la France pour incendier le oœur de l'empire.
En présence de ces menées, de ces agressions, de ces défis, l'empereur Nicolas ne pouvait pas rester plus longtemps dans la contemplation de sa neutralité armée sans faillir à la mission suprême que Dieu semblait lui avoir confiée. Il prêta donc résolument le concours de ses soldats à l'action des .armées autrichiennes. L'élite de ses troupes, menée par ses plus illustres généraux sous le commandement en chef du maréchal Paskevitch , entra en campagne et contribua par des manœuvres habiles, des marches savantes , plutôt que par des afiaires décisives, à la soumission des bandes hongroises. Nous verrons, plus tard , la part que dans un moment de dépit
la Russie humiliée sur un autre ehamp de bataille revendiqua pour son compte en jetant à la face de l'Autricbe Taccusatioa mal fondée d'égoîsme et d'ingratitude.
Sur un autre poini, dans lés montagnes du Caucase , la victoire couronnait également les armes raaaes : ScIuh myl croyant le moment favorable pour rentrer en campagne et reprendre sur les liurides Tascendanl que des revers successif avaient ébranlé , fil un nouvel appel aux armes. A sa voix des bandes nombreuees de monte* gnards affluèrent au mois de septembre dans les cnfima alpestres de Kasy-Koutnykb. Un de ses meiUenrs lieo^ tenants, Scbaban-MouUah, parut avec une ferte colonne aur la crête deMessedelgor et menaça la valleé deiélokan. Schamyl lui-même , à la tête de ses forces principales y ayant Daniel Bek pour chef d'avant-garde, se jeta brusquement sur la circonscription militaire du Samour. Les habitants épouvantés n'opposèrent aucune résistance. Le colonel Roth, chef de cette position avancée, surpris à l'improviste, se retira lentement devant les monlagnards et parvint à s'enfermer dans le fort d'Akhty, qui fut entièrement investi le 2-14 septembre.
Ce fort se trouve sur la rive droite du Samour, au confluent de ce fleuve avec l'Akhty-Tchay. Les travaux do sié^e forent conduits si rapidement et avec une telle énergie par les Murides malgré des pertes énormes, q«e le 10-22 septembre la garnison se trouva réduite k la dernière extrémité. Dans cette position critique un capitaine nommé Boutchkieff, se dévouant à une mort presque certaine, résolut de traverser le camp des Murides à l'aide d'un travestissement pour demander des secoars eu prince Argouiinsky Dolgorouki. Ce projet hardi réussit parfaitement.'. Le prince arriva devant le fort an moment ou la garnison décidée à iie point se rendre
CHÂPHRE DIXrSEPTIEBIE. 20S
et ajHrès avoir épvisé io}ÊS les moyens d'une héroïque résislaoce» partagée par ks famines eUes^mémes, allail le faire sauter. Sdiamyl et ises capitaines, attaqués vigoureusement à leur tour et pris entre deux feux , furent mis en complète déroute. Dans leur fuite précipitée, la faim et le £roid acbevèreni d'exterminer ceux des leurs que le fer avait épargnés. L'empereur Nicolas récompensa généreusement la bravoure et le dévouement du capitaîae Boutchkieffi
Depuis la cooetuskin d'un arrangement religievx signé à Rome le 3 août 1847 et ratiBé par le Czar le 15 novembre de la oleme année, des relations de confiance et même d'amitié s'étaient établies entre les cours de Rome et de SaintrPélersbonrg. Nicolas n'avait pu voir sans de vives inquiétudes ie système politique que le cœur boa et généreux de Pie IX avait adopté dès son avènement au trône de saint Pierre , mats il ne pouvait s'empêcher de rendre justice à la pureté, à la loyauté de ses intentions. Son âme magnanime et sainte poavait^elle supposer que le grain fertile qu'il semait dans une terre aimée produirait une moîason d'ingratitude?.... Jugeant les hommes d'après son propre cœur , devait-il croire que les passions perverses se feraient une arme de sa miséricorde et tobmersàent contre lui'^méme les bienfaits dont il avait été le dispettsateor?
Quoiqu'il en soit,rarrangement dont nous venons de parler avait déjà porté des fruits en assurant aux sujets c&thoJiques'du Czar la pleine jouissance des biens spiritoels de leur Église. Un nouveau diocèse, celui de Kher* son, avaii été érigé dans le midi de la Russie , et d'un commun accord des évêques avaient été désignés pour occuper les sièges épîscopaux vacants dans l'empire.
Dflftocliowski, évéque de Miltea tn partibus infidelium.
tOk HISTOIRE DE L*EMP£REIR NICOLAS.
avait été promu à la dignité d'archevêque de Mohileff. Le chanoine Holowinski, recteur de l'Académie ecclésiastique romaine catholique à Saint-Pétersbourg, fut nommé évéque et coadjuteur de l'archevêque de Mohileff, cum fuiura successione. Le prélat Zilinski s'était vu appelé au siège de Vilna ; enfin M. Borowski, professeur de droit canon à l'Académie, fut sacré évéque de Luck et de Zitomir.
Pour donner un nouveau gage de la bienveillante protection qu'il voulait accorder à la communion dont le siège est à Rome , Nicolas voulut réunir dans une assemblée solennelle les évêques russes et polonais. C'est dans cette circonstance mémorable , inouïe dans les annales religieuses de la Russie , que protestant contre une nouvelle secte dont l'importance avait plus de retentissement à l'étranger qu'au lieu même de son berceau, qui devait lui servir de tombe, celle de l'abbé Chatel, il prononça cette allocution :
tt Je ne veux pas de religion nouvelle. On a inventé à l'étranger une nouvelle croyance catholique ; je ne veux pas qu'on l'introduise dans mon empire , parce que ces novateurs sont les plus grands agitateurs. Sans la croyance rien ne, peut exister. L'Occident nous montre en ce moment ce qui arrive aux hommes quand ils n'ont pas de croyance ; que d'absurdités et de folies ne commettentils pas ? En revenant de Rome, j'ai prédit tout cela. La croyance a tout à fait disparu dans l'Occident.. La manière dont l'Italie traite le Pape le prouve... La véritable croyance n'existe qu'en Russie, et j'espère... (à ces mots l'Empereur fit le signe de la croix) et j'espère qu'elle se maintiendra.
n J'ai dit à feu le pape Grégoire XVI ce que personne avant moi n'avait osé lui faire entendre. Le pape actuel