‹ Histoire de l'Empereur Nicolas (trente années de règne)Chapitre 237 sur 331 · CHAPITRE DIX*SEPTIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DIX*SEPTIÈME

est un noble cœur, il est animé des meilleares iolentions, je le sais; mais, dans le principe, il a trop accordé à l'esprit du siècle. Le roi de Naples est un bon catholique 'y on l'avait calomnié auprès du Souverain Pontife, et Toilà que le Pape est aujourd'hui forcé de recourir à lui. » A ce passage, Tévêque Holowinski, interrompant le Czar, ce que personne avant lui n'avait osé faire, lui dit: tt Majesté , le Saint-Père a été obligé de céder aux circonstances et aux exigences de l'époque.

— C'est possible, répondit Nicolas; mais quand on est souverain spirituel et temporel , on ne cède pas aux circonstances, on les règle..,. Croyez-moi, messieurs, tous les désordres viennent de ce que les croyances manquent ; je ne suis point un fanatique , moi , mais je crois fermement.

s» Dans l'Occident , il n'y a que deux extrêmes , le fanatisme ou l'impiété. » Se tournant alors du côté des évéques polonais, l'Empereur ajouta : a Vous êtes, vous, messeigneu^rs, les voisins de ces hommes égarés : que votre exemple leur serve de leçon. Si vous rencontrez des obstacles, des circonstances dijOficiles, adressez-vous à moi ; je veux employer toute ma puissance (ici l'Empereur leva la main vers le ciel comme pour le prendre à témoin de ses paroles) pour arrêter ce torrent de l'impiété et de la révolte qui se répand de plus en plus et menace aussi de se propager dans mes Etats. L'esprit révolutionnaire prend sa source dans l'impiété , c'est là ma conviction intime... et la vôtre, j'en suis sûr. i> Disant ainsi, Nicolas s'approcha du métropolitain, lui prit la main et la porta à ses lèvres en ajoutant : a Nous avons toujours été bien ensemble y j'espère qu'il en sera toujours ainsi. »

Sans être fanatique , ainsi qu il le déclarait lui-même,

i06 HISTOIRE DE UEIIPEREUR XIGOLAS.

Nicolas étaU profondément el sincèrement religieux» non point par système, mais de conviction; il avait une trop hante idée de la religion pour en faire uniquement im instrument de politique. Non-eeulement il observait fidè^ lement tons les préceptes de son Eglise , mais il en don^ nait franchement l'exemple; d'accord avec cette pemée de Gustave-Adolphe , le grand capitaine , qne « les bons chrétiens font les bons soldats, » il voulait que ses soldats fussent de bons chrétiens. Aussi la pratique des devoirs religieux faisait-elle partie de la discipline miiîiaire : il exigeait qne chaque soldat accomplit strielemeni chaque année ses dévotions pascales. Dans ses longs voyages, il ne manquait jamais dès son arrivée dans une ville, dans une bourgade, une paroisse, de baiser la main du prêtre desservant, si infime qn'il fût, et d'assister à la célébration des saints mystères; pieox usage qui ne Tempéchait pas de donner à VoccasioUj d'nne manière plus ou moins directe , des leçons sévères aux ministres du culte. C'est ainsi qu'un jour il fit remettre une douzaine de mouchoirs à un pauvre prêtre de campagne, qui en sa présence, à l'autel, au moment même de la communion , s'était mouché avec les doigts. « Je ne veux pas , lui fit-il dire, que la main bénie pour toucher à l'hostie consacrée soit exposée à se salir comme celle d'un mougik au contact d'un nez impur. »

Mais c'est surtout dans les épreuves difficiles de son règne que la foi vive, ardente, de ses principes reltgieax se manifestait dans toute sa ferveur; c'est alors qu'on le voyait, humblement prosterné aux pieds des saints autels, humilier sa couronne devant la croLx et demander à Dieu les consentions qu'il n'avait pn trouver dans la souveraine puissance. Une de ces épreuves qui portent le deuil au fond de l'âme lui était réservée en 1849 : son

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