‹ Histoire de l'Empereur Nicolas (trente années de règne)Chapitre 26 sur 331 · CHAPITRE DEUXIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DEUXIEME

avoir régné 24, un prince qui de sa vie avait fait deui^ parts : la première y pour méditer le bonheur de ses . peuples; k seconde, pour l'accomplir. L'empereur Alexandre possédait toutes les qualités de la puissance souveraine ; un esprit juste , une âme élevée , une volonlé énergique , un cœur pénétré de ses droits et de ses devoirs, le sentiment du juste et de l'injiate, tout ce qui rehausse enfin une grande fortune; une taille imposante et une beauté majestueuse. Napoléon l'appelait le plus beau et le plus fin des Grecs. L'esprit de parti a contesté les services qu*il a rendus à l'Europe ; mais la Russie l'a mis avec raison au rang de ses plus grands souverains. A cet empire déjà si vaste il a incorporé, soit par des victoires, soit par des traités, le grand-duché de Finlande, la Bessarabie, les provinces de Perse jusqu'à l'Araxe et au Kur, la province de Bialijstock et le royaume de Pologne. Il a fait plus encore : par des institutions sagement combinées , il a préparé les éléments; de la civilisation de son peuple , l'abc^ition du servage et le bonheur d'une nation dont il a augmenté la puissance et la renommée militaire. Aussi sa mort provoqôa-t-elle partout d'immenses et d'unanimes regrets, L'Europe etle-mémé s^associa au deuil de la Russie.

Pendant que ces événements se passaient à Taganrog, le grand-duc Constantin, à Varsoi^ie, devint tout à coup sombre et soucieux ; les dispositions de son esprit /atalement préoccupé n'échappèrent à personne. Retiré du malin au soir dans son eàbioet, d'où il ne sortait qu'aux heores des repas , il fuyait jusqu'aux douces joies de la' famille. Le grand-duc Michel , qui dans ce moment s^ trouvait à Varsovie, ne pouvait se rendre compte d'un si étrange changement ; lorsqu'un matin, en feuilletant les ordres du jour du cominandant dé la place, . il remar-

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qva que depais plasiears jovrs us nonbreui écfaaBge de towrrîen se faisait entre Vanrseifie ci Tiiganrog. Il en fut d'autant plus ffappé, que dka bruits vagues de couspiratien avaient p^tré jusque dans l'intérieur da paMs,

tt ^*€h vient ee mouvement imssilé de counriers? demanda-t-H à son frère.

-^ Cela ne le regarde pas, t» lui répowiîl brusquement Constantin.

Bl d'aune Véix basse, dont l'expression radoucie eher^ chail à réparer Tàpreté de cette réponse, il ajouta : « Tu ne le sauras que trop tèt peut-être... »

Le lendemain, dans le milieu dp jour, un seul courrier arr&ta de Tagavrog à Varsovie ; le viee-foi Tattendait avee ine impa^eace tdle q«'il loi arracàa les d^ pèches des mnins et roumt s'enfermer dans son cabinet pour en prendre connaissanoe. Une heure après, il entra dains l'appartement de kt prineease de Lowicz et lui dit : aie désire dîner seul aujourd'hui, voiss le dires au grand-doc Miebel. n

La princesse s'iodiina en signe d'assentiment; elle savait qae pew arriver an cœur dé seo tnari U ne ial^ lait point l'abérdeif de iront , mais le chercJber par ces lignes de circonvolution dont le génie de toute femme aimée possède si bien le secret.

«Vous souffrez? mon ami, lui dit^Ile; votre front est paie.

-^ Oui, je soufilire, répliqua le grand^^ue ; je souffre là; et il montra la piaee pè, sous une écorce de bronae, battait un cœur d'or.

— Vos yeux sont humides, mon ami ; oa dirait que vous avez pleuré.

— Vous anves bieti^ maèanw, ique je ne pleure

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jamais! » Disant aioai y il ^étovma la tête peur cadier les lanoes qoMl s'eflbrçail de retenir aom ses pavjnères.

La princesse alors lui prit la main et dit r

« Qu'avefr-VDOs, mon ami , je venx le savoir^..

-— Vous Toaieal s^écria Iq Césarovitscii avee an ton de colère ; nais, le répriikiant aassitôt, il ajouta : C'est jasfe, TOUS en aves lé droit , puisque je tous aime. — Adieu, madame; ce que j'ai , vous le saurez ce soir. » Et sans attendre une nouTelle réponse, H s'eofull dans son cabinet.

a Que Dieu proléje la Russie, s'éeria la voMe femme, un grand malbevr plane sur eHe I » Et par intiil^ tiofl, sa pensée s^arréta sur leS' rumeurs de conspiration q«i depuis quelque temps résonnaient à son oreille. Suivant fos désirs de son époux, elle dtea seule avec le grand-doc Michel. Le repas fut triste^ et sileneîeoK, sombre comme le proiogoe d'on drame.

Le grand^dttc Michel venait de rentrer dans son appai»^ tementj qu'il parcourait à grands pas comme pour chasser dans le motrremenl les pensées sinistrés qui arrivaient à sonème, lorsque tout à eoup la porte s'ouvrit et le grandedoc Constantin parat devant lai, pftle efidans l'attitude d'mi profond désespoir. Le GésarowHsdi croisa les bras: sur sa poitrine et dit :

c Frère, as-tu du cœur?

— Je suis vn Romanoff , liépondit MicheL

-— Frère, as-tu de la religion?

—-« Je suis chrétien. .. .

-^ As-tu do conrage, enfin? . '

*— Je sois Rutoe) " Et, instiDctiremeBt, i i'appni do^ ees paroles, il porta la main à la garde de son* épée* caDNOepoorlapkrendre à témoin d'oneveriu dont bientôt',, à 8aint*Pétersboiirg , il doivait doimer dea prea9es;<

«C'est bien, frère, y^ ajouta Coastaotin. Et un torrent de larmes se fit jour à traiN^rs le masque de plomb qui cachait une nature d'élite.

«Mou Dieul s'écria Michel éloignant pour la pre* mière foift de son esprit la pensée d'une conspiration... un malheur aurail-ii frappé notre mère chérie?

— Non y gràee à Dieu ! répliqua Constantin d'une voix brève et hriaée.

— De' quoi s'stgit-il donc alors?

— Du malheur irréparable qui vient de frapper la Rosak. 9 Disant ainsi, Constantin étendit la main vers une iâiage du Sauveur, et il ajouta ;

tf A cette heure, soixante millions d'hommes sont devenus orphelins.... A genoux, frère, et prie Dieu qu'il te'cottsole de l'affreuse nouvelle que je vais t'apprendre; .

l'eoipereur Alexandre est mort l'empereur est...»*

Il ne put achever, il tomba sans connaissance dans les bras de son frère.

Pendant que cette scène dramatique se passait au pa« lais du vice-roi-, la nouvelle de la mort de l'Empereur, d'après les ordres que le Césarowitseh avait donnés ime heure auparavant ^ se répandit dans la ville avec larapi* dite de l'éclair.

' Lorsque Constantin eut repris ses. sens dans lés bras de son frère, qui l'avait déposé sur un canapé,' il fit appeler sa femme, et s'agenouillant avec elle devant un crucifix, il lui dit : a Prions pour l'empereuc Aie André à qui Dieu vient de donner, en échange de la sienne, une couronne immortelle en. son saint paradis. » Un instjant après il envoya chercher les principaux officiers, et fonctionnaires de sa cour — Alors, baisant la OMÛa. de sa femme, qui fondait en iarmes^ il lui dit : « Ne.

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pleorex pit sur loi , car il est au ciel , pleurer sur nMt qoi venons de perdre notre bienfaiteur. » Puis, s^adressant au grand-duc Michel, il ajouta d'une voix i)ui ne. trahissait uUe hésitation : «L'heure est venue oii je dois accomplir mes grands desseins , et terminer mon rôle d'héritier à la couronne. Ce que j'ai dit secrètement à notre défunt empereur, je vais le dire hautement à taua ceux qui voudront Fentendre : Le grand-duc Nicolas eM aujoQfd'htti l'autocrate de toutes les Russies ; vive l'Em-» perearl

— Vive Vempereur Nicolas ! » répétèrent le grand-doc et la princesse de Loviez.

Novosilzoff, président du conseil de l'empire, se trouvant accidealeJiement à Varsovie, fut le premier fonctionnaire qui se rendit à l'appel du vice-roi.

« Qaels sont les ordres de Votre Majesté Impériale? Lui demabda-tril en s'inclinant profondément devant luL

— Monsieur, répondit Constantin en fronçant le sourcil, sachez, une fois pour toutes, que je vous défends de me donner un titre qui ne m'appartient, pas! v Et il lui raconta en peu de mots son abdication, les nlotifs qui la lui avaient inspirée, et toutes les dispoeitiOM que du vivant de l'empereur défunt il avait prises pour assurer, en faveur de son frère Nicolas; l'ordre de suc-: cession au trône. Pendant ce court dialogue le président Novosiizoff, soit par onbli, soit par le sentiment d'un ^irou d'une conviction arrêtée, donna une seconde fois au Césarovffitsch le titre de Majesté.

«Ah^l monsieur, plaisantez-vous? s'écria le viice-^ roi en frappant du pied, et sa figure prit une expression décolère. L'empereur de toutes les Hussies, ajouta-t^il, c€ n'est pas moi, je vous l'ai déjà dit, c'est le grand-. doc Nicolas. » Sur ces entrefaites, les persoi^odges offi-

9ê HISTOIRE DE L*EMPB1IEUII IfICOLAS.

cMt qo'H avait Aiil appeler «e présentèrent devant loi. ConrtMrtiii leur répéta ee qn'ii venait de signifier à NorWÊihèKy et après leur avoir fait prêter serment, il le prêta Im-méme en ces ternies snr la croix et les saints Évangiles :

* Je soussigné le Césarovilsch grand-do e Constantin y prenets et jare à iNen tout-pnissant, snr son saint Évangile, qne je serai soumis en tout, et que je servirai fidèlement Se Mijesté Impériale, mon vrai ef nàtoret ^nperenr, Nicolas Paulowitsch, autocrate de toutes les RuBsies, et le successeur sur le frOne de Sa Majeslé Alexandre Nicolajéwitsch , sans ménager ma vie et jusqu'à la dernière goutte de mon sang.

» Je promets de conserver et de défendre de font mon pouvoir les droits et privilèges qui appartiennent on qui i^arflendivHit h l'avenir à la puissance et souverainelé de Sa Majesté; de faire en touïe occasion ce qui pourra être utUe au service fidèle de Sa Majesté et de Fempire ; non-seolement de découvrir ce qui pourrait fui être nnisibie tiissilât que j'en aurai conMissanee, mais aussi de Tempâeher et de le détourner de Sa Majesté ; de garder fidèlement les secrets qui me seront confiés ; de remplir convenablement et consciencieusement les emplois dont je serai revélu d'après les instructions, règlements et ordi'es généraux et particuliers établis j ou qui me seront communiqués à Tavenir par mes séipérieurs; de ne rien faire contre mon serment et mon devcrir, soit par intérêt personnel ou autre, soit par amitié ou inimitié , mais de me conduire el d'agir comme il convient à un fidèle sujet de Sa Majesté, et de manière à pouvoir en répondre en tout temps devant Dieu et son tribnnal. - - » Ainsi qae Dien me soit en aide ! et pour consacrer

CHilPITftE KUXliME. 9i

serment je baise les paroles et la croix de moo Saavenr, »

Cette formalité remplie, le vice-roi reotra dans soa cabinet et rédigea coup sur coup uoe proclamation aux habitants de Varsovie pour leur annoncer les événements qui venaient de se passer, et deux lettres*^ Tune à Tlmpératricemère, Taulre au, grand-duc l^Uçolas. Ces deux documente sont trop importants pour ne pas être repro* duits en entier. La première lettre était ainsi conçue :

aTaÈS^RACIEUSE SOUVERAINE ET TKàs-CHÈRE MJUKE,

» Cesisrvec ia plus prpfotlde douleur que j^ai reçu I^ier soir, à sept heures, du baron Diebitsch, cbef de l'étatmajor de Sa MajesCë Impériale , et de Faide de camp général: priaee Woifconsky, l'inforniation et l'acte ci-joints en ori^aux du décès de notre souverain adoré, de mon bienfaiteur, l'empereur Alexandre.

1» Partageant avec Votre Majesté Impériale la douleur qui noua accable, je prie leTrèa-Haut que dans sa toute^ f ttisaante miséricorde il daigne soutenk nos fonces el nous prêter celle de supporter le coup dont il nous a frap^. La position dams laquelle i*e place ce malheur Ba'knpose le devoir d'épancher dans le sein de VoUe Majesté Impériale, avec une entière fraocfaise, messen-* timents sur cet événement important.

» Vdtre Majesté Impériale n'ignore jMS que ne suivant que ma propre impulsion , j'avais sollicité de rem*' perenr Alexandre, de glorieuse mémoire, l'autorisation de renoncer au droit de succession au tr^e, et que je reçu» en coniîéquence un rescrit impérial autographe daté àê 2 février 1822 , et dont je joins ici une copie , pa^ lequel rEmpeveur témoignait son asfeeuAiment suprême à cette demande, «joutant qoe Voire Maj^sté Impériale y

avait également adbéré , ce qu'elle a daigné elle-même me confirmer de vive voix. L'Empereur ordonna en oatre que le rescrit suprême ci-dessus mentionné restât déposé entre mes mains, sous le sceau du secret, jusqu'à la mort de Sa Majesté.

» Habitué dès mon enfance à accomplir religieusement les volontés tant de feu mon père que celles du défunt empereur, ainsi que celles de Votre Majesté impériale , et me renfermant maintenant encore dans l'esprit de ce principe, je considère comme une obligation de concéder mon droit à la succession, conformément aux dispositions de l'acte de l'empire sur l'ordre de snccession dans la famille impériale, à Son Altesse Impériale ie grand*duc Nicolas et à tous ses héritiers.

y> C'est avec la même franchise que je me fais un devoir de déclarer que n'élevant pas plus haut mes désirs, je m'estimerais très-henreux, si, après plus de trente années de service consacrées aux empereurs mon père et mon frère, de glorieuse mémoire, il m'est seu*lement permis de les conserver à Sa Majesté l'empereur Nicolas avec cette même et profonde vénération; avec cette même ardeur de zèle et de dévouement sans bornes qui m'ont animé dans toutes les occasions et qnt m^ani* meront jusqu'à la fin de mes jours.

» Après avoir ainsi exprimé mes sentiments aussi vrais qu'Inébranlables, je mets aux pieds de Votre Majesté Impériale, en la priant très-humblement de l'homorer d'un bienveillant accueil, la présente lettré, et de m'accorder la grâce d'en faire notifier le contenu à qui il appartient pour être mis à exécution , ce qui réalisera dans toute sa force et dans toute son étendue la volonté de Sa Majesté l'Empereur mon défunt souverain et bienfeiteur,' ainsi que l'assentiment de Votre Majesté Impériale. Je prends

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