CHAPITRE DSiXliliE
la liberté de lui soumettre ci-joint la copie de la lettre que j'adresse simultaoément avee la présente à Sa Majesté Teropereur Nicolas.
9 Je suis avec la plus profonde vénération , très-gracieuse souveraine et très-chère mère, de Votre Majesté Impériale le plus humble et le plus soumis 61s,
» Signé Gonstantiv.
» Varsovie, le i6 novembre 1S25. t
La seconde lettre était conçne en ces termes :
r) TaÈS-CHER FRÈRE,
9 C'est avec une inexprimable affliction de cœur que j'ai reçu hier, à sept heures du soir, la douloureuse nouvelle du décès de notre adoré souverain, de mon bienfaiteur, l'empereur Alexandre.
» En me hâtant de vous témoigner les sentiments dont me pénètre le cruel malheur qui nous a frappés , je me fais un devoir de vous informer qu'avec la présente j'ai adressé à Sa Majesté l'Impératrice, notre mère bienaimée, une lettre qui lui annonce qu'en verlu d'un rescrit autographe que j'ai reçu de feu l'Empereur, le 2 février 1822, en réponse à la leltre que je lui avais écrite pour renoncer à la succession au trône impérial , lettre qui avait été présentée à notre mère et honorée de sa part d'un assentiment qu'elle a daigné me confirmer elle-même, ma résolution irrévocable est de vous céder mes droits à la succession au trône de toutes les Russies.
n Je prie en même temps notre mère bien-aimée de faire connaître à qui il appartient mon inébranlable volonté à cet égard, afin qu'elle soit dûment mise à exécution.
» Après cette déclaration, je regarde comme un devoir
«fr HISTOIKE BB L'BIIPRIEU'R NICOLAS.
6àeréde prier trè^-bÉmUemettt Votre Majesté Imfteiale qu'elle daigne acoepler de moi, Umi le premier, mon
serment de sujétion et de fidélité, et me permeUre de lot exf^ser qoe n'élevant mes vœux ver» aucune houvelle dignité ni aucun titre nouveau , je déaire ooneerver seulement celui de Césarblvitscli dont j'ai été honoré pour mes servicjBS par feu notre père.
» Mon unique bonheur sera toujours que Votre Majesté Impériale daigne agréer les seotiments de ma plus profonde vénération et de mon dévouement sans bornes^ dévouement dont j'offre pour gage plus de trente années d'un service fidèle et du zèle le plus pur qui m'a animé envers Leurs Majestés les empereurs mon père et mon frère, de glorieuse mémoire. C'est avec ces mêmes sentiments que je ne cesserai, jusqu'à la fin de mes jours, de servir Votre Majesté Impériale et ses descendants dans mes fonctions et ma place actuelles.
» Je suis, avec la plus profonde vénération, Siré, de Votre Majesté Impériale le plus fidèle sujet,
» Signé Constantin.
« Varsovie , le 26 novembre i8t5. >
Enfermé dans son cabinet, le Césarowitsch travaiHa jusqu*à cinq beures du matin. Alors il fit appeler le grand-duc Micbel, et lui remettant les deux plis cachetés, il lui intima l'ordre de les porter sur-le-champ à l'Empereur et à l'Impératrice mère. Michel partit le jour même, 25 novembre, pour Saint-Pétersbourg.
Pendant que ces choses avaient lieu à Varsovie , que se passait-il dans la capitale de la Russie ? Dans la soirée du 25 novembre, le grand-duc jouait avec ses enfants sous les yeux de leur mère, en son palais du pont d'Anitschkoff, lorsque vers ks six heures on lui annonça la visite du
ClArms DBUXlèHK. «5
gOBveTnenr général de Saiol-Pélersbaorg^ k cèrate lliioraàovite^ célèbre générai d'avant-garde qoele prioce llttT«t atait fins d'dae fois admiré pèndanC k caoipagae de 1812, et avec lequel il était lié d'amiUé.
« Que peat-il me voôioir à eette heure? » s'écria Nicolas; el, êomrant à sa reocoairey il le trouva fendant en lanMsa et marchant à pas précipités dans k pièce qui précédait le salon.
« Qu'«vez*¥ous donc, mon général? » lai demanda le gr»id-dac inquiet à k vue de sa physionomie hoidèveraèe.
Le comte ne prononça que ces mois : u Nous venons de recevoir une affreose nouvelle, v Nicoks k prenant par k hras k condaisît aussitôt dans son cahinet, et ce Cal k qn'éckUnI en sanglots, le général lui conmmniqua une lettre qui lui avait été adressée de Taganrog par le prince Wolkonsky et par le chef d'éiat-major de rErapereur, le général DiebitselL...
«Comme nous k voyez , oMuseigiieiir, i^nfia-t-il, rfimpereur se meurt; il n'y a plus qa'un fiuble espoir« » Le grand-duc Nicolas désespéré, Énak faisant ynolence à sa doukur, vola chez sa mère l'impératrice Marie pour la préparer au coup terrible qui k menaçait. U reocootra en chemin une estafette qui venait le chercher de la part de cette auguste princesse, préveaoe déjà de k fetaJe nouvelle....
0 k trouva dans un désespoir tdl, qu'il ne put se décider à k qoitten il passa tonte la nuit près d'elle dans sa chambre, n'ayant pour consoktion que son espérance en Dieu, et pour témoin que son aide de camp, le comte Wahkmar d'ildkrherg... Durant cette kngue nnit d'angmssea, nuit pleine de krmes et de sanglots , l'impéiatrice Marie courbée sur son prie-Dku , reaseanhlait à
96 HISTOIM DE UBlfPERBUII NICOLAS,
l'ange de la mort penché sur on sépulcre^... Le grandduc Nicolas resta longtemps agenouillé près d'elle devant le général d'Adlerberg, qui debout, les bras croisés sur sa poitrine, admirait en silence cette scène de sombre désespoir et de muette résignation.
A quatre heures, le grand-duedit à son aide de camp : «Si, comme nous devons nous y attendre, nous recevons demain la fatale nouvelle que tout est fini en ce monde pour Tempereur Alexandre , il n'y aura pas un instant à perdre; nous devrons aussitôt prêter et faire prêter serment au grand-duc Constantin comme à noire seul et légitime souverain. i>
Cependant, contre ses prévisions, un courrier venant de Taganrog apporta à sept heures du matin la dépêche suivante, expédiée par Timpératrice Elisabeth elle-même : « Il y a du mieux , mais l'Empereur est toujours trèsfaible.... »
Si vagues que fussent les espérances que l'on pouvait baser sur une pareille dépêche, l'Impératrice et le grandduc Nicolas, les rapportant à Celui-là seul qui pouvait les réaliser, donnèrent des ordres pour qu'un Te Dewn fût immédiatement chanté dans la chapelle du palais d'hiver. La cour tout entière y assista.
Vers la fin de ce cantique, lorsque les voix des chanteurs s'élevaient avec des flots d'encens dans une sainte et suave harmonie vers le ciel , le grand-duc Nicolas fut prévenu qu'un courrier arrivé à l'instant même de la Crimée, venait de remettre ses dépêches au gouverneur général qui l'attendait dans la sacristie. Il s'y rendit aussitôt.
Le comte Miloradowitsch, ne lui donnant pas le temps de le questionner, fit le signe de la croix et lui dit : a C'est fini, monseigneur, c'est fini, le calice est bu jus-